Sur internet, le harcèlement s'accentue aussi avec le confinement

Sur internet, le harcèlement s’accentue aussi avec le confinement
Sur internet, le harcèlement s’accentue aussi avec le confinement - © Getty Images

Si le harcèlement de rue ne s’arrête pas avec le confinement, il semble que ce soit également le cas du harcèlement en ligne et plus particulièrement du “revenge porn”, c’est-à-dire la diffusion de contenus intimes sans consentement.

En France, les comptes Snapchat nommés “fisha” ou “ficha” (une expression qui vient du verbe “afficher” et qui signifie “mettre la honte”) pullulent. Des femmes, souvent mineures, racontent comment les hommes en qui elles avaient confiance transmettent aux gestionnaires de ces comptes des photos ou des vidéos d’elles nues ou dénudées, des nudes, pour qu’elles soient largement diffusées.


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Les photos sont accompagnées d’éléments qui permettent d’identifier les jeunes femmes: leur prénom, la ville où elles habitent, leur établissement scolaire. Un harcèlement en ligne massif suit la publication de ces contenus.

Des gestes graves qui ont des conséquences

J’ai beaucoup pleuré, j’ai même pris des médicaments. Je ne voulais plus me réveiller. Je ne sais pas comment l’expliquer. Je ne voulais pas mourir, mais je voulais être inconsciente. Pour ne plus avoir à vivre tout ça”, explique Sonia au site StreetPress.

Au Havre, une jeune fille de 16 ans est morte après s’être défenestrée ce mercredi 1er avril. “Elle a été victime de harcèlement sur YouTube, Snapchat et TikTok, j’en suis certaine. Des photos ont circulé. Je sais bien qu’elle n’est pas la seule à avoir vécu ça. C’est tombé sur nous”, a expliqué la maman de l’adolescente au site local d’infos Actu76.

Pour les victimes, le confinement n’aide certainement pas

Selon une étude de 2017 portant sur 66 victimes de revenge porn, 22% des victimes déclarent que leurs performances au travail ont été altérées; 12% ont changé d’emploi et 5% ont été licenciées ou rétrogradées; pour 38% les relations avec la famille et les amis se sont détériorées; 65% des personnes ont déclaré souffrir de nervosité et d’anxiété; 40% d’entre elles ont eu des troubles du sommeil.


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Concernant les actions entreprises, 10% d’entre elles ont signalé leur cas à la police; 33% ont modifié leur comportement sur les réseaux sociaux; 33% ont changé leur numéro de téléphone; 10% ont contacté l’agresseur pour lui demander de mettre fin au harcèlement et 8% ont changé d’apparence pour ne pas être reconnues.

Ennui et sexisme

Le revenge porn existait avant le confinement, mais le fait que nous passions plus de temps sur nos ordinateurs le favoriserait  “Nous avons très nettement vu cette thématique resurgir depuis le confinement. Malheureusement, quand les gens s’ennuient, ça les occupe beaucoup de nuire aux autres”, a précisé au journal Le Monde Justine Atlan, directrice générale de l’association française e-Enfance qui gère la plateforme anonyme et gratuite d’aide aux victimes de harcèlement Netécoute.

65% des victimes de revenge porn ont déclaré souffrir de nervosité et d’anxiété; 40% d’entre elles ont eu des troubles du sommeil

Pour les victimes, le confinement n’aide certainement pas. L’avocate française Rachel-Flore Pardo, qui accompagne bénévolement les femmes victimes de violences durant le confinement, identifie un triple effet amplificateur de cyber-harcèlement: “Plus d’images sont diffusées, plus d’audience sur internet et des victimes isolées”, résume-t-elle.  

Le sexisme entre également en jeu car il s’agit essentiellement de “mettre la honte aux femmes”, jugées “trop faciles”. Une critique de la sexualité féminine qui n’a pas d’équivalent pour les hommes hétérosexuels. “Ce qui me dérange le plus, c’est que les réseaux sociaux soient utilisés comme des outils de domination par les garçons et les hommes en cette période de confinement”, souligne Shanley qui traque les comptes fisha pour les faire fermer.

“Gardez une preuve de chaque insulte”

Selon Amnesty International, une femme sur quatre a déjà été victime de violences, intimidations ou manipulations de données sur internet. “Sécurisez vos comptes et communications : changez maintenant vos mots de passe qui comprennent votre nom et date de naissance ! Pour plus de facilité, utilisez un gestionnaire de mot de passe comme LastPass. Evitez le revenge porn : si vous envoyez des sextos ou autre, utilisez des applications comme Disckreet (où votre partenaire aura besoin de votre autorisation pour voir la photo) ou Confide (qui empêche de prendre des captures d'écran). Gardez une preuve de chaque insulte, chaque intimidation”, explique Manon Brulard, spécialiste des nouvelles technologies et membre de l’association Open Knowledge Belgium.

En Belgique, une loi contre le revenge porn

En Belgique, une proposition de loi qui sanctionne le renvenge porn a été adopté à l’unanimité ce jeudi 16 avril. Une circonstance aggravante est prévue quand il y a diffusion de telles images pour une intention méchante ou un intérêt économique. L'auteur risque une peine d'emprisonnement de six mois à cinq ans et une peine d'amende de 200 à 15.000 euros.

La proposition prévoit une procédure de retrait ou de masquage des images par un référé en extrême urgence devant le président du tribunal de première instance. Six heures seraient alors laissées à l'auteur des images, le diffuseur ou l'opérateur télécom pour retirer ou masquer le contenu. Une autre procédure passerait par le procureur du roi qui peut déjà requérir le retrait d'images à caractère terroriste ou pédopornographique.

L’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes sera un élément central dans la lutte contre le "revenge-porn", selon la loi. “L’Institut se réjouit de cette nouvelle compétence. Elle lui donne plus d’options pour combattre le phénomène de revenge-porn et pour soutenir les victimes”, se félicite Michel Pasteel, le directeur de l’Institut dans un communiqué. Il précise : “Le revenge porn est une violence genrée. Il affecte surtout les femmes qui représentent 80 à 90 % des victimes de ce phénomène. Les conséquences pour les victimes sont souvent désastreuses”.

Adoption de la loi sur le revenge porn, JT 17 avril


Les plus jeunes aussi

Les plus jeunes ne sont pas épargné.e.s par la problématique du harcèlement en ligne. “Des millions d’enfants sont exposés à des risques accrus alors que leur vie se déroule de plus en plus sur Internet en raison du confinement imposé dans le cadre de la pandémie de COVID-19. […] L’accroissement du temps passé en ligne et l’absence de structuration de celui-ci peuvent les exposer à des contenus potentiellement néfastes et violents, ainsi qu’à un plus grand risque de cyber-harcèlement”, écrit ainsi l’Unicef.


 

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Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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