Sororasie, unies pour dénoncer l'invisibilisation et la stigmatisation des femmes asiatiques

Sororasie est un collectif qui lutte contre le racisme et pour une meilleure représentation des femmes asiatiques dans nos sociétés. L’objectif ? Mettre un terme à l’invisibilisation et aux violences sexistes et racistes.

Depuis le début de l’année 2020, la peur du virus a exacerbé le racisme anti-asiatique dans l'espace public et médiatique. C’est dans ce climat qu’Amanda* a créé, en France, "Sororasie", en plein milieu du premier confinement. "J’avais du temps à la maison, du coup, j’ai lancé le compte Instagram. Je venais de vivre du racisme au travail où on m’avait demandé de manière insidieuse si j’avais le covid, alors que je n’étais pas du tout malade… Aussi, dans les transports, je m’étais sentie très mal à l’aise", confie-t-elle.

Son tout premier post indiquait ceci : "As-tu déjà̀ tapé ‘Réseau de femmes asiatiques’ dans la barre de recherche Google...?! On y trouve des articles sur des réseaux de prostitutions et des sites de rencontres principalement ... Changeons cela en partageant CE réseau de femmes et minorités de genre asiatiques."

Très vite, elle a été rejointe par d’autres et Sororasie est devenu un projet collectif, une véritable plateforme anti-clichés et un webzine. Parmi les abonné·e·s de ce compte qui démonte les stéréotypes, Sung Shim Courier, 35 ans, journaliste bruxelloise.

Asio-féminisme

Pendant longtemps, Sung, d’origine coréenne explique s’être sentie "Belge avec une tête asiatique". C’est au fil des rencontres et des discussions qu’elle a commencé à s’intéresser à l’asio-féminisme. "Je suis en train de réaliser un documentaire qui parle de mon histoire personnelle d’adoption. Je rencontre différents profils, la question sous-jacente de mon travail, c’est ‘comment on peut être belge quand on a été coupé·e de ses racines’. Le docu modifie la manière dont j’appréhende mon identité de femme asiatique."

Il y a un an, en mars 2020, elle assistait à l’enregistrement du podcast Kiffe Ta Race * Les Grenades au Parlement Bruxellois. "J’ai trouvé ça incroyable. On se demande souvent où est la jeunesse, où sont les femmes, les minorités visibles ? Elles étaient là ! Je trouvais ça super ce public qui avait envie d’être représenté."


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Lors de l’événement, elle a fait la rencontre de Grace Ly, autrice et co-animatrice du podcast avec Rokhaya Diallo. "Je lui ai parlé du phénomène de la banane, le fait de se sentir blanche alors que je suis jaune. Je jouais de cet humour, mais en discutant avec elle, j’ai réalisé qu’il y avait quelque chose de péjoratif, même en me réappropriant cet humour colonial."

Je venais de vivre du racisme au travail où on m’avait demandé de manière insidieuse si j’avais le covid, alors que je n’étais pas du tout malade…

Par la suite, Sung a continué d’écouter le podcast Kiffe Ta Race et commencé à suivre des militantes sur les réseaux sociaux. C’est comme ça qu’elle a découvert le compte Sororasie d’Amanda. "Elle avait un discours politique, structuré et engagé qui expliquait le malaise que j’avais ressenti gamine. Par exemple, quand j’étais petite dans les rues, les enfants qui me croisaient disaient ‘oh une chinoise’ en se tirant les yeux."

Asidentités, célébrer ses racines

Au déconfinement, Sororasie est passé à la vitesse supérieure, en lançant sur Instagram, un appel pour faire des portraits de femmes et minorités de genre asiatiques à Paris. En découvrant le post, Sung a pris son courage à deux mains et a décidé de se rendre en France pour rejoindre l’événement. "J’étais hyper stressée, mais ça s’est super bien passé. Il y avait des nanas de partout. On était dans le ‘body positive’ à fond. L’idée, c’était vraiment de s’accepter dans sa féminité comme dans ses racines."

Dans ce projet, intitulé Asidentités, la question de la représentation est cruciale, l’objectif est de mettre en avant la diversité des identités asiatiques. "Plus de 170 personnes ont répondu présentes. On est toutes et tous un corps politique", explique Amanda. "L’Asie c’est 48 pays, pas que la Chine", insiste Sung.

Toujours dans cet esprit de sororité, le shooting de ces mannequins d’un jour a été réalisé par une équipe de femmes photographes asiatiques. "La convergence de talents féminins issus de différents corps artistiques étaie en-soi un symbole pour créer une œuvre originale qui tente de s'émanciper du ‘male gaze", a publié le collectif dans un communiqué.

Dans un second temps, toutes les femmes ont ensuite posté leur photo le même jour sur les réseaux sociaux. Une mise en avant qui est loin d’être dans les habitudes de Sung, et pourtant, elle s’est prêtée au jeu. "J’ai envie d’être fière de mes racines, tout en étant Belge. Je suis fière d’avoir des traits asiatiques, je me dis juste que c’est dommage de mal connaitre la Corée… Si un jour, j’ai des enfants, j’aimerais qu’ils découvrent ce pays, ça fait partie de moi, ça fera partie d’eux."

Une campagne a été réalisée pour collecter les fonds et créer une expo. Et ce weekend, alors que quelques membres du collectif s’étaient rassemblées pour fêter la fin de cette campagne, elles ont été victimes d’une agression sexiste et raciste.

En finir avec cette idée de minorité modèle

"Nous ne tolérons plus d’être perçues de façon stéréotypée, d’être fétichisé·es, hypersexualisé·es et rangé·es dans le spectre de la minorité modèle. Ce mythe a été créé par les politiques coloniales et racistes et s’est ancré dans nos sociétés occidentales. Il a notamment façonné la perception des personnes asiatiques dans l’imaginaire collectif comme des individus dociles, afin de les catégoriser comme de ‘bonnes personnes racisées’, et ainsi créer une division au sein des minorités racisées", a écrit le collectif Sororasie dans une tribune

Des propos qui résonnent particulièrement chez Sung qui a eu affaire à des remarques fétichistes plusieurs fois… "Un jour, un mec m’a abordé en me disant ‘Alors, tu es une dominatrice au lit et une soumise dans la vie ?’", confie-t-elle en levant les yeux au ciel. 

Comme le rappelle Sororasie, les oppressions liées à la fétichisation, l'hypersexualisation, le manque de représentations peuvent créer un sentiment d'invisibilité et d'exclusion.

Ce mythe a été créé par les politiques coloniales et racistes et s’est ancré dans nos sociétés occidentales. Il a notamment façonné la perception des personnes asiatiques dans l’imaginaire collectif comme des individus dociles

Amanda et Sung insistent sur l’invisibilisation des personnes asiatiques à l’écran. Media Animation en 2019 a publié une étude sur le sujet : "Victimes de whitewashing dans certains films, de racisme anti-asiatique normalisé et d’une sous-estimation de leur jeu d’acteur.rice.s, les comédien.ne.s asiatiques rencontrent beaucoup de difficultés dans leur métier." Encore une fois, Sung ne peut qu’appuyer cette idée. Au milieu des années 2000, avant d’étudier le journalisme, elle a commencé le conservatoire. "Le prof m’a dit que je devrais me faire débrider les yeux si je voulais un jour des rôles classiques..."

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Sororasie, unies pour dénoncer l'invisibilisation et la stigmatisation des femmes asiatiques © Tous droits réservés

Le racisme ne s’est pas arrêté à la fin de ses études de théâtre. Engagée comme journaliste dans une télé nationale, son chef a prétendu ne pas pouvoir retenir son prénom. "Il m’appelait ‘sunsun’ ou ‘tchin tchan tchoun’." Des discriminations qui se sont aussi cachées derrière de la fausse bienveillance sous couvert de quotas. "Par rapport à une offre d’emploi comme journaliste présentatrice de JT, des amis journalistes dans cette chaîne me disaient ‘Comme, tu es issue de ma minorité visible et que la chaine est très en demande de ça, tu as toutes tes chances.’ J’ai trouvé ça très violent parce que quand tu n’as pas confiance en toi, ce qui est mon cas, ça te donne un souci de légitimité."


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Elle conclut : "Quand tu es asiatique, il n’y a pas un délit de faciès comme pour d’autres discriminations, mais régulièrement, il y a une espèce de rappel que ‘tu n’es pas d’ici’ et que tu dois montrer patte blanche. Je ne veux plus, aujourd’hui, minimiser la discrimination quand je ne me sens pas respectée dans mes origines."

Pour suivre Sororasie, c’est par ici, Amanda anime aussi le podcast Asiattitudes par .

*Amanda préfère ne pas diffuser son nom de famille


La pandémie a exacerbé le racisme anti-asiatique

Donald Trump, a dès le début de l'épidémie, utilisé, les expressions "virus chinois", "virus de Wuhan" ou encore "kung flu". Le 8 mai 2020, le Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, a déclaré que "la pandémie continuait à déclencher un raz-de-marée de haine et de xénophobie, de recherche de boucs émissaires et d’alarmisme". Ce 16 mars 2021, un homme de 21 ans, Robert Aaron Long, a attaqué trois salons de massages d'Atlanta et sa banlieue. Huit personnes sont mortes et parmi elles sept femmes, dont six d'origine asiatique.


Racisme anti-asiatique renforcé par la pandémie - JT

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Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d'actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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