Sexisme en musique: "Quand ils voient la batterie, ils me demandent où est le batteur"

LAY THIS DRUM
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Quelle place pour les femmes dans le monde de la musique ? Invisibilité, stéréotypes, remarques sexistes : la réalité est loin d’être rose. Le spectacle "Lay This Drum !" questionne autant qu’il fait vibrer. Rencontre avec Gaëlle Swann, une batteuse engagée et talentueuse.

Spectacles annulés ou reportés, après des mois d’absence pour cause de crise sanitaire, les artistes reviennent petit à petit sur le devant de la scène. Une véritable libération pour notre plus grand bonheur.

De leur côté, les musiciennes de "Lay This Drum", elles aussi, se préparent pour leur rentrée bien rythmée. Nous avons rencontré Gaëlle Swann, créatrice de ce spectacle musical qui interroge la question du genre dans notre société.

"Cela faisait pas mal d’années qu’en tant que percussionniste pour différents projets pop, je m’étonnais de voir si peu de femmes aux postes rythmiques. En fait, le nombre de femmes derrière une batterie ou aux percussions sur le circuit professionnel belge se compte sur les doigts de la main", introduit-elle.

Elle a fait de ce constat, le leitmotiv de son spectacle en questionnant la place des femmes dans la société dans un véritable "show".


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La batterie, "un métier de mec"

"La percussion a toujours fait partie dans ma vie. J’ai commencé à 6 ou 7 ans. J’ai fait beaucoup de djembé quand j’étais enfant. Mes parents m’ont encouragée. C’était très spontané. J’ai fait plusieurs tournées. Vers 16 ans, j’en ai eu marre. Mon père étant comédien, je côtoyais beaucoup d’acteurs. Je me suis finalement inscrite au conservatoire, j’ai bossé pendant 10 ans en tant que comédienne en laissant la musique de côté."

Quand on me dit "trop cool la batteuse", je ne sais jamais comment l’interpréter

Gaëlle Swann reprend la percussion par hasard et, sur le tard, lui vient l’envie de commencer la batterie. De fil en aiguille, elle participe à plusieurs projets musicaux. En tant que batteuse, elle part en tournée avec Stella. "Ça a matché directement, ils sont devenus comme mes tontons. Mais c’est clair, que même si les batteuses sont à la mode, la batterie est encore perçue comme un métier de mec. Quand j’arrive quelque part, même quand les gars sont cools, ils sont étonnés de voir que j’ai une camionnette et que je sais m’en servir", confie-t-elle en levant les yeux au ciel.

"Quand des gars aperçoivent ma batterie, ils me demandent où est le batteur... Et franchement, quand on me dit "trop cool la batteuse", je ne sais jamais comment l’interpréter…"

Les meufs font des sandwichs, mais ne jouent pas

Et puis, arrive ce jour de prise de conscience : "J’étais à un événement avec 30 batteurs belges, les 29 autres batteurs étaient tous des hommes. Toute la journée, on m’a demandé "où étaient les toilettes" ou "si on avait prévu des sandwichs pour la pause". Je ne comprenais pas le pourquoi de ces questions, sur le coup, je n’ai pas pensé qu’on me demandait ça parce que je suis une femme, c’est seulement après que j’ai réalisé qu’ils ne pouvaient pas concevoir que j’étais batteuse."

L’idée d’un show de batterie 100 % féminin est née ce jour-là. "J’avais envie de faire une sorte de projet à la "Stomp" mais qu’avec des filles."  Sur scène, cinq batteuses donnent le tempo d’une société où les femmes ne sont pas invisibilisées.

S’il y a au moins une personne dans la salle qui se pose des questions sur la place des femmes, j’aurai tout gagné

Le titre du spectacle "Lay this drum!", qui pourrait être traduit en français par "dépose cette batterie!" est un pied de nez "à ces mises en doute par rapport à nos aptitudes à faire les choses aussi bien que les hommes". En plus de Gaëlle Swann, les batteuses de l’équipe sont Maïa Aboueleze, Olympia Boyle, Annebelle Dewitte, Aurélie Simenel.

Le résultat ? Un show festif et féministe, où sont entre autres diffusés des témoignages autour de la place des femmes dans notre société. "En voyant le spectacle, s’il y a au moins une personne dans la salle qui se pose des questions sur la place des femmes, j’aurai tout gagné."


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L’invisibilité des femmes dans la musique belge

Rappelons que le monde de la musique entretient une image plutôt "cool" mais le secteur n'est pas exempté de sexisme, que du contraire. Pour le dénoncer, le site Paye ta note compile toutes les paroles misogynes entendues dans le milieu.

En France, le magasin de musique en ligne lacartemusique.fr travaille avec une équipe 100% féminine. Elles expliquent : "Tous les jours des clients nous demandent des conseils et sont étonnés d'entendre une femme leur répondre. "Euuuh, j'ai besoin d'un conseil pour une guitare, vous pouvez me répondre, vous ?""

Ici, en Belgique, Elise Dutrieux a mené une recherche en 2016 sur la place des femmes dans la musique électronique. Résultats ? Énormément de musiciennes, mais la plupart sont invisibles. La chercheuse est aujourd’hui coordinatrice de SCIVIAS, une réunion de structures portée par 7 institutions actives dans le secteur musical. Le but ? Faire respecter une série d’accords pour une meilleure égalité entre les hommes et les femmes de l’industrie musicale en Belgique.

"En tant qu’institutions du secteur public en Fédération Wallonie-Bruxelles, nous affirmons l’existence de discriminations implicites et explicites des femmes ou se reconnaissant comme telles dans nos sociétés, avec des répercussions indiscutables dans le secteur musical. Le déséquilibre dans la représentation des hommes et des femmes est évident dans toutes les couches du secteur. On trouve moins de femmes sur scène, dans les métiers techniques, d’accompagnement ou occupant des postes à haute responsabilité. Il existe cependant peu de statistiques permettant de confirmer ou de documenter ces observations. Avec ce projet, nous cherchons à agir concrètement pour rendre ce phénomène visible, et contribuer à le résoudre.", peut-on lire sur le site.

Le déséquilibre dans la représentation des hommes et des femmes est évident dans toutes les couches du secteur

D’après les chiffres de l’association musicale shesaid.so, l’été dernier seul un artiste sur cinq programmé dans les festivals belges était une femme. Et pourtant, il y a vraiment moyen de faire autrement… En Espagne, le Primavera Sound a montré la voie en proposant une affiche au top avec une parité de genre.

Pour l’heure, pour battre le sexisme ordinaire, rendez-vous au spectacle Lay This Drum ! qui se jouera 26 septembre au Centre Culturel Gabrielle Bernard à Jemeppe-sur-Sambre, le 29 octobre 2020 à La Vénerie à Boitsfort et le 19 novembre à la Ferme du Biereau à Louvain-la-Neuve.

 

Si vous souhaitez contacter l’équipe des Grenades, vous pouvez envoyer un mail à lesgrenades@rtbf.be

Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d'actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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