Seras-tu capable de te confronter à tes privilèges?

Emmanuel Macron et un sans domicile fixe. Photo ©️Soazig de la Moissonnière / Présidence de la République française
Emmanuel Macron et un sans domicile fixe. Photo ©️Soazig de la Moissonnière / Présidence de la République française - © Tous droits réservés

« Privilège masculin », « privilège blanc », « privilège hétéro », la notion de privilège est au cœur de la pensée et des luttes féministes. Mais de quoi parle-t-on exactement ?

Qu’est-ce qu’un privilège social ?

Les privilèges sociaux peuvent se définir comme un ensemble d’avantages, tangibles et intangibles, plus ou moins institutionnalisés, dont jouirait un groupe social donné – hommes, « blanc.h.es », hétérosexuel.l.e.s,… – à l’exclusion de tous les autres groupes. Il est important de noter que le privilège social n’est pas le fait d’un.e individu.e en particulier mais est un effet systémique et structurel. Par exemple, indépendamment de leur identité propre, un homme ou une personne blanche auront statistiquement plus de chance de décrocher un job qu’une femme ou qu’une personne racisée grâce aux seuls effets de leur genre ou de leur couleur de peau qui agissent comme des privilèges à l’échelle de la société toute entière.

La cécité aux privilèges

En théorie, la majorité des gens souscrivent à l’idée qu’il n’est pas acceptable de maintenir un système de privilèges octroyant des droits aux un.e.s et discriminant les autres (Dovidio & Gaertner, 1991). Pourtant, en pratique, ces systèmes de privilèges perdurent et, très souvent, à l’insu des bénéficiaires, même sensibilisé.e.s. Comment expliquer cette cécité aux privilèges de la part de ceux et celles qui se déclarent – voire militent – contre les discriminations ?

Les études de psychologie sociale nous fournissent quelques pistes intéressantes dont spécifiquement les théories des « conduites inconscientes ». En matière de privilèges, celles-ci consisteraient en des formes d’irrationalité intériorisées par les privilégié.e.s, ces dernier.e.s feraient face aux discriminations de manière « routinisée » et reproduiraient, pour la plupart d’entre eux/elles, les systèmes de privilèges de manière inconsciente et involontaire. Ainsi, dans l’exemple du recrutement professionnel, les DRH privilégieront un homme ou une personne blanche en établissant inconsciemment une liste de critères de sélection défavorables aux femmes et aux personnes racisées quitte à intégrer des éléments sans rapport avec les tâches à effectuer.

Comment recouvrer la vue ?

Pas de panique, malgré ces forces inconscientes qui nous poussent à reproduire les systèmes de privilèges malgré nous, il est possible d’en sortir et de devenir un.e allié.e adéquat.e en deux étapes :

  • Étape n°1 : oser se confronter à ses privilèges et prendre conscience de la place qu’on occupe réellement dans divers systèmes sociaux d’oppression notamment par le biais d’outils de conscientisation.
  • Étape n°2 : poser des actes concrets visant à atteindre plus de justice sociale quitte à perdre certains de ses privilèges. Par exemple, une piste concrète serait de systématiquement verbaliser ta désapprobation lorsqu’une personne fait devant toi une remarque ou blague sexistes, racistes, homophobes, etc. Une récente étude de l’ULB démontre, d’ailleurs, que la confrontation est la méthode la plus efficace pour modifier des comportements sexistes (Melotte, 2018).

Prêt.e à ouvrir les yeux ?

Maintenant que tu es mieux outillé.e, passons à l’action avec un test* te permettant de mesurer à quel point tu es privilégié.e !

*Crée à partir des catégories discriminatoires de la "matrice de domination" (Hill-Collins, 1990).

 

Hassina Semah est sociologue et psychologue clinicienne, spécialisée dans les violences conjugales et interculturelles. Elle est major de la première promotion du master francophone de spécialisation en études de genre. Elle est également membre des collectifs féministes « Resisters » et « Collecti.e.f 8 maars ».

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