"Scandale", un film sur le harcèlement sexuel dans les médias

"Scandale", un film sur le harcèlement sexuel dans les médias
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"Scandale", un film sur le harcèlement sexuel dans les médias - © Tous droits réservés

2016, alors que l’affaire Weinstein et le mouvement MeToo sont encore loin, Gretchen Carlson (Nicole Kidman), présentatrice phare de Fox News, accuse de harcèlement sexuel le puissant président de la chaîne, Roger Ailes. Basés sur des faits réels, "Scandale" du réalisateur Jay Roach raconte dans les détails la chute de cet homme jusque-là intouchable. Suite aux révélations de la présentatrice, des dizaines des journalistes vont commencer à parler, dont Megyn Kelly, autre visage de la chaîne interprété par Charlize Theron. L’intrigue suit en parallèle le parcours de Kayla Pospisil (Margot Robbie) qui tente d’avancer dans sa carrière et qui sera elle aussi harcelée sexuellement par Roger Ailes (John Lithgow) lors d’une scène particulièrement éprouvante. 

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Agresser des femmes en toute impunité 

Son obsession pour les jambes féminines a poussé durant des années, le patron de Fox News à interdire aux femmes de la chaîne de porter des pantalons. Il a créé et soutenu une culture d’entreprise sexiste qui lui a permis d’agresser des femmes en toute impunité. La force du film est de se placer au moment même où ces agissements sortent du silence. Il dépeint sans concession la solidarité, notamment masculine, qui se met en place.

Roger Ailes finira par démissionner une fois le scandale médiatique devenu trop important après avoir reçu 40 millions de dollars, en plein milieu de la campagne électorale pour la présidence des Etats-Unis qui fera gagner un certain Donald Trump, dont on a pu entendre qu’il touchait des femmes sans leur consentement. En filigrane, le film pose donc la question de tous les autres, ceux qui restent largement impunis, ceux pour lesquels il n’y a pas eu de scandale.

D’autres hommes de la chaine ont participé activement à ces faits de harcèlement dans un climat propice aux remarques et aux insultes sexistes  En cela, le propos du film se rapproche de celui de la série "The Morning Show" portée par Jenifer Aniston, Reese Whiterspoon et Steve Carell. Cette série décortique également le système qui permet au présentateur d’une matinale, d’agresser sexuellement plusieurs femmes au fil des années. Les victimes se taisent par culpabilité, les agresseurs se soutiennent et beaucoup savent mais se taisent.

 

Cette solidarité entre femmes est encore à construire dans un monde médiatique qui exacerbe les rivalités entre elles et qui estime qu’une femme, passé un certain âge, n’a plus rien à faire à l’antenne.

Une grande partie du film "Scandale" se passe dans une rédaction, les premières minutes s’attachent à décrire avec pédagogie le fonctionnement du système médiatique américain, notamment la présence bien ancrée des grands groupes industriels qui détiennent les médias. L’affaire qui a inspiré le film, se passe dans un média conservateur qui soigne par exemple ses liens avec Donald Trump, dans lequel les femmes passent leur temps à se prémunir de toute accusation de féminisme. Le film ne montre pas une sororité ou une solidarité factice entre les trois femmes que l’on suit. Elles s’adressent d’ailleurs à peine la parole. Cette solidarité entre femmes est encore à construire dans un monde médiatique qui exacerbe les rivalités entre elles et qui estime qu’une femme, passé un certain âge, n’a plus rien à faire à l’antenne.

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Une "loi du silence" aussi en Belgique 

Dans notre pays, l’Association des Journalistes professionnels (AJP) a sorti une étude fin 2018 intitulée "Être femme et journaliste en Belgique francophone". Selon l’AJP, les femmes sont plus nombreuses que les hommes à déclarer avoir été confrontées à du harcèlement ou à une agression. 40,5% d’entre elles ont indiqué avoir subi du harcèlement moral contre 25% des hommes. L’AJP constate également le silence qui entoure ces pratiques. 

 

Dans une rédaction belge: au cours d’une réunion de rédaction, j’ai vu des collègues masculins discréditer des collègues femmes car elles avaient une opinion professionnelle différente en leur disant : "t’as tes règles ou quoi?

Des femmes y témoignent de façon anonyme: "Commentaires sexistes et paternalistes, diminution de mon travail et de mes compétences, affichage de photos privées dans la rédaction… Avis général: si je me plaignais, c’est que je "n’avais pas d’humour". J’ai depuis (fort heureusement) quitté cette rédaction et n’ai jamais vécu ça que dans la presse quotidienne, pas magazine.", "Au cours d’une réunion de rédaction, j’ai vu des collègues masculins discréditer des collègues femmes car elles avaient une opinion professionnelle différente en leur disant : "t’as tes règles ou quoi?". (…) J’ai entendu un collègue photographe insulter une de ses consœurs qui avait reçu un prix en criant "suceuse!", "On a demandé à ma collègue, alors enceinte, de ne plus revenir après son congé de maternité. Oralement, de sorte qu’elle n’ait aucune preuve de ce que notre rédac chef lui a dit.", "L’ancien directeur a dit un jour en réunion à une de mes collègues qu’elle ne le faisait pas bander. Je lui ai proposé mon aide et mon témoignage si elle portait plainte.", "Une ambiance très sexiste et machiste ("tu fais rien ? Ben, montre nous tes seins, alors!") et plusieurs cas de collègues harcelées moralement par des supérieurs…". 

Autre enseignement de l’étude de l’AJP : la Belgique connaît une situation particulière puisqu’il y a moins de femmes journalistes dans notre pays, 35%, que dans les pays limitrophes, comme la France. 

Au-delà de 55 ans, on ne compte plus que 20% de femmes. 

"Scandale", sortie le 29 janvier.

Ce jour-là, Safia Kessas et Camille Wernaers, journalistes pour Les Grenades, participeront à un débat qui suivra la projection spéciale du film à Namur, au Cinéma Caméo et Caféo à l’invitation des Grignoux et de Vie Féminine.  

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