Sarah Schlitz, un nouvel élan pour l'égalité au fédéral?

Avec Sarah Schlitz, un nouvel élan pour l'égalité au fédéral
Avec Sarah Schlitz, un nouvel élan pour l'égalité au fédéral - © THIERRY ROGE - BELGA

Le gouvernement Vivaldi compte dans ses rangs une secrétaire d’État à l’Égalité des Chances et, c’est une première, à l’Égalité des Genres : Sarah Schlitz (Ecolo) qui se définit comme féministe et a interpellé de nombreuses fois le précédent gouvernement à ce sujet lorsqu’elle était encore parlementaire.

La femme politique a désormais fait son entrée dans le gouvernement fédéral et a présenté sa note de politique générale ce 17 novembre en Commission Égalité des Chances de la Chambre, avec d’autres premières à la clé : une traduction simultanée de la présentation en langue des signes et une note rédigée en écriture inclusive, ce que le système informatique de la Chambre n’a pas apprécié, de même que certains membres de l’opposition. Les Grenades en ont profité pour lui poser quelques questions.

Comment avez-vous vécu la présentation de votre note de politique générale ?

C’est un moment important où on explique notre vision et la manière dont on envisage les choses pour les années à venir. Ce que nous avons déjà pu annoncer, c’est la création d’un plan d'action fédéral d’action contre les violences de genre et intrafamiliales et un plan de lutte contre le racisme. Ce sont des engagements concrets.

Evidemment, l’opposition a été compliquée du côté néerlandophone et c’est affligeant, je n’ai pas d’autres mots. Il est tout à fait possible d’être en désaccord sur des concepts, des mesures ou des objectifs. Mais, et cela est conforme à un certain climat depuis quelques mois au parlement, ce n’était pas le cas ici, il y avait un manque de respect des institutions et des personnes, on était presque au niveau des insultes.

J’ai envie d’avancer avec ceux et celles qui souhaitent construire, les partis d’opposition francophones ont par exemple estimé que la note n’allait pas assez loin, ce que je peux entendre, ou ont posé des questions mais ont dans l’ensemble trouvé qu’il y avait une belle ambition. C’est un signe de reconnaissance. Pour moi, il est essentiel que les parlementaires puissent s’exprimer, qu’il s’agisse d’un co-construction. Je vais d’ailleurs proposer une nouvelle version de la note et y intégrer des nouvelles choses. Je serai attentive à renforcer les liens de travail entre le gouvernement et le parlement car je regrettais que cela ne soit pas le cas quand j’étais parlementaire.


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Comment voyez-vous la suite avec l'opposition N-VA ?

La balle est dans leur camp. Je me suis montrée ouverte lors de ma présentation, je suis prête à entendre leurs questions, j’ai invité les parlementaires à m’en poser. J’ai aussi demandé comment nous pouvons faire pour rendre le parlement plus inclusif et constructif, je n’ai pas reçu de réponse. J’en prends acte.

Votre entrée en fonction se fait d’ailleurs dans un contexte particulier avec la crise sanitaire du coronavirus qui a impacté les personnes les plus vulnérables, ce n’est pas anodin, non ?

Tout à fait, en tant que parlementaire, j’ai beaucoup travaillé sur les violences faites aux femmes et les discriminations qui augmentent en temps de crise. Une de mes premières actions a été de travailler sur le plan d'action contre les violences de genre.

Avec la crise, il y a un appauvrissement général de la population, mais comme les femmes occupent déjà les postes les plus précaires, elles basculent plus vite dans la pauvreté. Je pense aussi aux familles monoparentales, gérées à 80% par des femmes seules et qui sont à 50% à risque de pauvreté. Il est certain qu’il faut prévenir ces types de danger et prévoir des mesures qui bénéficient à tout le monde. C’est aussi pour cela que j’ai souhaité adopter un plan de lutte contre les violences faites aux femmes dans l’urgence, dès mon entrée en fonction.

Je reste également dans une approche intersectionnelle et je fais attention aux discriminations croisées. Différents groupes ont été pris pour cible durant cette pandémie, il y eu la recherche de boucs émissaires. Je pense notamment au racisme anti-asiatique qui a augmenté au début de la crise, mais aussi à la stigmatisation de certains quartiers dans lesquels on disait que la population faisait plus circuler le virus. Il y a aussi eu de l’homophobie, les gens pensaient que les personnes homosexuelles se contaminaient plus souvent... j’ai alerté les autres membres du gouvernement à ce sujet et je veillerai à ce que cette situation ne s’aggrave pas.

Avec la crise, il y a un appauvrissement général de la population, mais comme les femmes occupent déjà les postes les plus précaires, elles basculent plus vite dans la pauvreté

Quand on adopte ce regard qui croise les discriminations, on se rend compte que certaines parties de la population vivent des discriminations très spécifiques, les femmes en situation de handicap qui sont plus pauvres que le reste de la population, par exemple. Lors du premier confinement, l’assistance pour prendre le train avait été supprimée, ce qui avait augmenté les difficultés, ce n’est plus le cas en ce moment alors que nous vivons un confinement partiel, il est important de le souligner. Il y a aussi la non-prise en compte des difficultés pour les personnes sourdes lorsque tout le monde porte un masque et qu’elles ne peuvent plus lire sur les lèvres, elles ont besoin des expressions sur les visages.”


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Comment vous positionnez-vous par rapport à la législature précédente ?

Je pense qu’en matière de lutte pour l’égalité des chances et des genres, il est primordial de sortir des fantasmes et de s’appuyer sur des chiffres et des faits. On ne fait pas de la politique à partir d’un fait divers lu dans un journal, cela m’affole quand je vois des partis le faire. Il est nécessaire de s’appuyer sur des données fiables. Je compte financer la recherche et soutenir la société civile, les acteurs et actrices de terrain.

Le contexte ambiant, c’est aussi nos vies qui se passent plus sur internet et le cyberharcèlement qui va avec, qu’avez-vous prévu à ce sujet ?

Le gouvernement a déjà pris la décision de réviser l’article 150 de la Constitution, relatif au discours de haine en ligne et hors ligne. Il y a une certaine impunité, toute une série d’actes ne sont pas poursuivis. Il faut instaurer une égalité de poursuite en la matière. Il est vrai que cela s’est empiré avec le confinement. Avec la ministre de l’Intérieur, Annelies Verlinden (CD&V), au sein du prochain plan national de sécurité, j’aimerais que ces délits soient une priorité et aussi que la police soit formée sur ces questions. Un pan de l’accord de gouvernement prévoit des formations pour les services de premières lignes.


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Vous évoquez l’importance d’avoir des données fiables dans ces matières. Le GREVIO, qui a analysé l’application de la Convention d’Istanbul dans notre pays, a précisément pointé du doigt le manque de données genrées facilement accessibles sur les violences. Comptez-vous y remédier ?

Le référencement est effectivement assez catastrophique et ne permet pas d’avoir une vision claire de ce qu’il se passe. Il faut travailler sur l’encodage au niveau de la police et de la justice, cela se passe par là aussi. Quand on porte plainte pour une agression, cela n’est pas référencé comme un acte sexiste. Je vais également commander de nouvelles études sur des sujets innovants, par exemple la question de l’inégalité dans le patrimoine qui impacte la vie des femmes, c’est une problématique méconnue. Il faut avancer en faisant preuve de pédagogie et en mesurant le phénomène. C’est notamment une question abordée dans le livre “Le Genre du Capital” [écrit par Céline Bessière et Sibylle Gollac, ndlr].

Différents groupes ont été pris pour cible durant cette pandémie, il y eu la recherche de boucs émissaires

Vous évoquez également les violences économiques dans votre note, c’est important de les visibiliser ?

Oui, il s’agit à nouveau de faire de la pédagogie, d’expliquer le processus de domination et d’emprise, ce n’est pas d’un simple conflit dans le couple, c’est souvent la confusion qui est faite. C’est de la domination et c’est un processus qui passe aussi par des violences économiques, notamment le contrôle de l’argent du foyer, et cela se renforce avec la digitalisation, il faut y être attentive.

Il y a aussi le volet socio-économique et de l’emploi, que prévoyez-vous à ce sujet ?

La question des quotas avance bien, il y a notamment une proposition de loi à la Chambre sur l’instauration de quotas dans les comités de direction des entreprises publiques. Le congé de naissance va aussi passer de 10 à 20 jours, pour que les père puissent s’impliquer dans la vie de famille, qu’ils y trouvent une place. Il faut le saluer, on a trop de mauvaises nouvelles en ce moment, c’est une évolution de la société, on n’aurait pas pu le faire il y a quelques années. C’est une victoire qui change des projections classiques sur la famille, qui illustre la bataille culturelle qui est gagnée sur ces dossiers-là et c’est notamment grâce aux combats des associations féministes.    

Sur l’écart salarial, j’ai envie de sortir des clichés. Je comprends que c’est un besoin de communication que de visibiliser un seul chiffre mais je pense que cette donnée a besoin d’être ventilée. Toutes les femmes ne sont pas égales, les femmes issues de l’immigration sont loin du marché de l’emploi, il y a de la discrimination à diplôme égal. Il faut travailler par groupe cible, c’est plus intéressant. Je m’intéresse aussi au concept de plancher collant.

Dans l’accord de gouvernement, les termes utilisés sont neutres, je pense notamment au chapitre sur la migration qui ne cite pas une seule fois le mot “femme” alors que la Convention d’Istanbul exige de prendre en compte les réalités de femmes migrantes. Qu’en pensez-vous ?

Il est certain que je veux associer l’ensemble de mes collègues sur les questions de genre qui sont transversales et qui doivent se retrouver dans toutes les matières. La Convention d’Istanbul est contraignante, il faut en tenir compte et c’est une avancée importante. On souhaite aussi mieux protéger les petites filles contres les mutilations génitales féminines.

Et par rapport au texte de loi dépénalisant l’IVG, qui a été renvoyé en Commission Justice de la Chambre suite à la formation du gouvernement ?

Il n’est pas mis au frigo, il est renvoyé au parlement, ce qui est bien sûr moins satisfaisant que de l’avoir voté. Il y a cependant une volonté d’avancer sur ce sujet, affaire à suivre donc.


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Le rapport du GREVIO pointe aussi la nécessité d’une coordination efficace entre les différents niveaux de pouvoir en Belgique sur ces matières, c’est prévu ?

Il est important de préciser que le plan fédéral de lutte contre les violences faites aux femmes est complémentaire aux plans adoptés par les entités fédérées. Je participerai à la Conférence interministérielle sur les droits des femmes, il n’y a pas encore eu de réunion pour l’instant mais je sais qu’il y a une forte attente de l’implication du fédéral et c’est normal avec des compétences comme la Justice ou l’Intérieur, c’est nécessaire pour lutter efficacement contre ces violences. Je salue l’ambition des entités fédérées sur le sujet.

Si vous souhaitez contacter l’équipe des Grenades, vous pouvez envoyer un mail à lesgrenades@rtbf.be

Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d'actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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