Sans-papiers en grève de la faim et de la soif : “Il faut que ça s’arrête”

Edit du jeudi 22 juillet : les sans-papiers qui étaient dans l’église du Béguinage à Bruxelles ont décidé de suspendre pour le moment leur action de grève de la faim. Le mouvement ne s’arrête pas pour autant mais les grévistes de la faim estiment qu’il y a une main tendue de la part du gouvernement. "On a reçu des éléments de clarification qui donnent de bons espoirs", explique Ahmed, porte-parole des sans-papiers du Béguinage.

La situation est “vraiment critique”, alertait ce dimanche l’ONG Médecins du monde à propos des 476 personnes sans-papiers qui occupent l’église du Béguinage, en plein centre de Bruxelles, ainsi que des locaux de l'ULB et de la VUB. Depuis le 23 mai, elles sont en grève de la faim pour demander un titre de séjour. Ce vendredi, la majorité d’entre elles, soit 300 personnes, a également entamé une grève de la soif, aux conséquences encore plus dangereuses. "Les grévistes sont de plus en plus faibles, certains commencent à présenter des atteintes neurologiques", a constaté Michel Genet, directeur de Médecins du Monde.

En non-mixité

Parmi ces grévistes de la faim et de la soif, il y a, selon nos informations, des femmes qui ont fui leur pays suite à de violences masculines pour commencer une nouvelle vie en Belgique. A l’intérieur de l’église, elles se sont organisées entre femmes, en non-mixité. Un espace a été créé dans l’une des nefs latérales, séparé par une couverture en guise de cloison. “Elles sont très solidaires entre elles et elles sont respectées, les hommes n’y rentrent pas, sauf quand il y a des visiteurs comme le rapporteur de l’ONU Olivier de Schutter, alors on demande l’autorisation”, nous décrit Marianne Stasse, une citoyenne solidaire de 74 ans, traductrice à la retraite, qui a passé de nombreuses heures en soutien dans l’église, déjà bien avant le début de la grève de la faim.

A côté de moi, une femme soudanaise qui va tous les jours à l’église a commencé à hurler. Là, je n’ai pas pu retenir mes larmes

Je pense à l’une d’entre elles en particulier, avec qui je me suis liée d’amitié. Oui, elle a fui le Maroc à cause des violences de son mari, qui est en plus policier. Elle a compris qu’elle devait partir. Son fils l’a ensuite rejointe en Belgique, il a 17 ans aujourd’hui. Il est scolarisé ici. Il ne savait pas que sa mère faisait partie des grévistes de la soif. Lui qui était si optimiste jusque là, je vois bien que cela lui a fait quelque chose”, regrette Marianne Stasse.


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Laisser sortir ses larmes

J’ai une telle colère en moi, je suis furieuse”, continue-t-elle. “J’avais l’impression d’être insensible parce que je ne pleurais pas, mais tout est sorti lors de l’action de ce samedi. Une des femmes qui organisait nous a demandé de faire ce qu’on voulait avec notre corps. A côté de moi, une femme soudanaise qui va tous les jours à l’église a commencé à hurler. Là, je n’ai pas pu retenir mes larmes.”


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De nombreuses actions sont organisées par la population en solidarité avec les personnes sans-papiers en grève de la faim et de la soif. Ces manifestant·es sont inquièt·es de l’état de santé des grévistes. Le jeudi 15 juillet, une septantaine d’entre eux et elles se couchaient par terre au carrefour Art-Loi.

Ce samedi 17 juillet, des citoyennes, Coline Billen, Brenda Odimba et Cécile de Blic, NÏly Nubïa, Sarah Graetz et Marianne Stasse, rassemblaient plusieurs centaines de personnes sur la place de l’Europe, à la Gare centrale. “On s’est battues pour que cela reste un cri citoyen. On ne voulait pas de prise de parole d’associations, etc., des personnes qu’on avait déjà entendues. C’était un moment très fort parce que nous avons terminé avec le chant “We Shall Overcome”, raconte Marianne Stasse.

Des femmes en première ligne

Tout comme les hébergeuses de migrant·es de la Plateforme de soutien aux réfugiés et la solidarité en temps de pandémie, les femmes sont là aussi en première ligne pour pallier les manquements de nos sociétés. “Il y a aussi des hommes solidaires bien sûr, mais il y a beaucoup d’aidantes et les femmes vont penser à amener des serviettes hygiéniques par exemple”, explique Marianne Stasse qui continue : “Il faut que ça s’arrête. On dit toujours qu’il risque d’y avoir un mort, mais il n’y a pas que la mort, il y a déjà des personnes qui ont des conséquences graves sur leur santé. Je n’en peux plus non plus d’entendre qu’il s’agirait d’un chantage. Ces gens ont tout fait pour être entendus. On ne les a jamais écoutés.”


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J’estime que la Belgique les a négligés à cause de lois infâmes. Il faut les revoir, les mettre à jour en fonction de l’actualité internationale et économique. Pour l’instant, elles permettent de s’assoir de ses positions et de répéter “La loi, c’est la loi”. L’article 9bis sur la régularisation, c’est le fait du Prince ! C’est du cas par cas ! On pourrait s’inspirer de la France, même si ce n’est pas non plus un modèle parfait, mais au moins les critères de régularisation sont clairs”, souligne-t-elle avant de conclure : “Un humain ne vaut pas un autre. C’est le déni de leur humanité.

"Pour la défense de leurs droits"

Le 13 juillet, l'Union des sans papiers pour la Régularisation a reçu le prix de la fierté civique de la part du Forum civique européen. Le député européen Pietro Bartolo s’est rendu à l’église à cette occasion. Ce prix “vise à mettre en lumière l’urgence de soutenir les personnes sans-papiers, dont la situation se détériore rapidement, et pour la défense de leurs droits“, annonce le forum civique européen dans un communiqué de presse. “L’histoire des sans-papiers à Bruxelles est un symbole de la façon dont les communautés sous-représentées et marginalisées n’ont pas accès à l’espace civique. Nous sommes indignés par l’absence de réponses appropriées aux demandes adressées aux autorités belges dans cette situation désespérée“, déclare Alexandrina Najmowicz, secrétaire général du Forum civique européen.      

Un humain ne vaut pas un autre. C’est le déni de leur humanité         

Le secrétaire d'État à l'Asile et la Migration, Sammy Mahdi (CD&V), a désigné un envoyé spécial qui servira de relais pour orienter les grévistes de la faim vers les procédures existantes. Il est depuis passé à l'église. Dans un communiqué publié ce lundi, le secrétaire d'État dit prendre toutes les mesures possibles pour mettre fin à cette grève de la faim. "Il n’y aura pas de régularisation collective. L’occupation et la grève de la faim ne changeront pas les règles. Les sans-papiers sont invités à venir se renseigner individuellement sur leur dossier personnel", expliquait-il il y a quelques jours.


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Le vice-Premier ministre et ministre de l’Economie et du Travail Pierre-Yves Dermagne (PS) a quant à lui  informé le Premier ministre Alexander De Croo (Open Vld) et les autres vice-Premiers que les membres socialistes du gouvernement démissionneront "dans l’heure" si un·e des grévistes de la faim décède. C’est également le cas d’Ecolo. Des démissions qui feraient vaciller l’exécutif.

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