Rire gras et la culture du viol

Rire gras et la culture du viol
Rire gras et la culture du viol - © Tous droits réservés

En Belgique, on estime qu’il y a 100 viols par jour. Loin de l’image encore fort répandue du violeur qui agresse ses victimes dans la rue, la plupart des viols ont lieu derrière des fenêtres et des portes closes, dans les lieux de vie de femmes, là où elles devraient être le plus en sécurité. Les violeurs sont des pères, des frères, des cousins, des oncles, des petits copains, des collègues, des chefs, les hommes en qui elles devraient pouvoir avoir le plus confiance. Et si ce chiffre n’est qu’une estimation, c’est parce que très peu des victimes de viol portent plainte. Les quelque 3000 plaintes pour viol par an dans notre pays ne sont qu’une infime partie des cas. Le sommet de l’iceberg.

Sidération et déni

Une victime de viol passe par plusieurs états, notamment la sidération et le déni. Il lui faut rassembler tout son courage pour oser porter plainte. Et bien souvent, comme l’a montré une étude de Vie Féminine en 2018, le policier ou la policière qui la reçoit n’a pas une réponse adaptée. « […] le jour du viol, j’ai porté plainte. Quand je suis allée voir l’inspecteur et que j’ai expliqué tout ce qu’il s’est passé […], il a dit : « Ce n’est pas possible qu’il vous ait violée, vous êtes en couple ! » […] Puis ils ont appelé le procureur du Roi pour expliquer et le procureur a dit non. La seule chose qu’on m’a dite c’est : 'N’allez plus chez lui, éloignez-vous de lui et faites votre vie. Que lui fasse sa vie et vous la vôtre' », raconte une femme dans l’étude publiée par l’association, qui rappelle que le viol, même dans le cadre conjugal, est bien un crime condamné depuis 1989.

Juste pour rire

On appelle « culture du viol » cet ensemble de comportements qui participent à la banalisation des violences sexuelles. Dire à une femme que ce qui lui est arrivé est de sa faute à cause des vêtements qu’elle portait ou parce qu’elle avait bu, par exemple. Ou mimer un viol particulièrement violent, mais juste pour rire, à une heure de grande écoute à la télé comme l’« humoriste » Jean-Marie Bigard en février dernier. Plus de 1500 signalements ont été faits au CSA suite à cette séquence, d’autres le soutiennent publiquement au nom de la liberté d’expression. Une liberté d’expression que l’humoriste a utilisée récemment pour aller pleurer sur les plateaux télé et s’estimer « détruit ». Tout ça pour une « simple » blague ? Le rire gras du dominant, c’était aussi l’excuse des membres de la Ligue du LOL, qui semblaient pourtant être les seuls à rire dans cette affaire. Si on veut que les victimes de viol soient enfin bien reçues quand elles parlent et souhaitent porter plainte, il faut alors commencer par ne pas rire de ce qui leur est arrivé.

Aujourd’hui, je pense à toutes celles qui ont été détruites par un viol. Celles qui se sont « fait claquer sur le bureau », celles à qui on « a attrapé le chignon » de force. Celles qui ont souffert en silence pendant des années et qui en souffrent encore. Celles qui ne rigolent pas quand des humoristes banalisent les violences qu’elles ont vécues. Vous n’êtes pas seules, nous sommes des milliers. Et nous ne rions pas non plus. Contact SOS Viols 0800/98100

 

Camille Wernaers est chargée de projet au sein de l’asbl Amazone et journaliste féministe

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