Retour sur le terme "féminicide" après une tentative de meurtre

Pourquoi utiliser le terme "féminicide" ?
Pourquoi utiliser le terme "féminicide" ? - © Tous droits réservés

Ce jeudi 13 février, un homme a tenté de tuer son ex-compagne, l’athlète Fanny Appes, dans un train. Cet homme la harcelait depuis des mois, selon des témoignages. Il a pris la fuite. Hospitalisée, elle est à présent hors de danger. Il s'agit d'une tentative de féminicide.

De plus en plus utilisé dans les médias, le terme "féminicide" n'est pas accepté par tout le monde. Rejeté par l’Académie Française et absent de la plupart des dictionnaires, il figure depuis 2015 dans le Robert : "meurtre d'une femme, d'une fille, en raison de son sexe". (En 2020, au lieu du sexe, on parlerait sans doute de genre…). En Belgique, contrairement au parricide ou l’infanticide, le féminicide n’a pas de statut juridique à proprement parler. 

Pourtant il n’est pas exactement né d’hier : on retrouve sa trace au 19ème siècle, dans un premier temps en tant qu’adjectif, notamment dans des articles de presse (un corset, une loi ‘féminicides’). Un siècle plus tard, il est tristement popularisé dans des pays d’Amérique Latine à partir des années 60, période où la répression violente des différentes dictatures mises en place incluait des assassinats de femmes en masse. En conséquence, aujourd’hui, le féminicide est mentionné dans le code pénal de la Bolivie, de l'Argentine, du Chili, du Costa Rica, de la Colombie, du Salvador, du Guatemala, du Mexique et du Pérou. 

►►► Retrouvez en cliquant ici tous les articles des Grenades, le média de la RTBF qui dégoupille l’actualité d’un point de vue féministe

En Europe, il faudra attendre la fin des années ’70 pour que le mot soit mentionné pour la première fois publiquement. Ce sera au Tribunal international des crimes contre les femmes à Bruxelles grâce à un groupe de féministes souhaitant mettre en lumière ce fait social spécifique et trouver un mot pour le nommer. (Pour l’anecdote, le discours d’ouverture du Tribunal fut rédigé par nulle autre que… Simone de Beauvoir). L’Espagne est considérée comme un pays européen précurseur en la matière suite à des tristes cas qui ont secoué l’opinion publique. Mais le mot a encore du chemin à faire pour s’inscrire dans les consciences et dans la loi. Face à l’inaction des gouvernements, des initiatives spontanées ont surgi ces dernières années pour recenser et sensibiliser au phénomène, en Belgique, comme en France, en Italie, en Grèce, Espagne ou encore en Turquie.

Ce sont des violences qui permettent à un système inégalitaire de se maintenir

Céline Caudron travaille à Vie Féminine. Avec ses collègues, elle lutte pour la reconnaissance du terme. "Les difficultés à faire passer le terme féminicide sont liées, je pense, aux difficultés de faire comprendre à la société que les inégalités existent encore entre les hommes et les femmes. C’est pour ça aussi que les féminicides ne sont pas des crimes comme les autres. Ce sont des violences qui permettent à un système inégalitaire de se maintenir."

►►► Pour recevoir les informations des Grenades via notre newsletter, n'hésitez pas à vous inscrire ici

Pour mieux comprendre la spécificité du féminicide, on peut se rapporter à cette définition d’Anthropen, le dictionnaire d’anthropologie contemporaine. Le féminicide y est défini comme "le point d’aboutissement ultime d’un continuum de violence[s] […] s’exerçant spécifiquement à l’endroit des femmes. En d’autres termes, on peut parler de [féminicide] lorsque le viol, l’esclavage sexuel, l’inceste, l’hétérosexualité forcée, les mutilations génitales ou celles effectuées au nom de la beauté comme la chirurgie esthétique, provoquent la mort d’une femme."

En 2016, la Belgique s’est engagée à respecter la Convention d’Istanbul très contraignante en matière de violences faites aux femmes. Dans les faits, 80% des articles de cette convention sont peu, mal ou pas du tout appliqués. " En reconnaissant ce terme, on peut mettre en place des moyens de prévention pour faire en sorte que ça n’arrive pas. "

Concrètement, dans les médias, force est de constater que le terme est employé de plus en plus et son absence du droit belge commence à faire débat. Céline Caudron s’en réjouit : "C’est bien, c’est une façon de nommer une réalité. Et quand on nomme une réalité, on se rend compte qu’elle est là et on peut vraiment agir. Le fait qu’on utilise davantage le terme, ça fait que le débat se pose dans la société et c’est ça qui est important." Mais au-delà des beaux discours officiels, elle déplore que l’"on n’a pas encore […] des moyens de prévention mis en place pour éviter que les violences arrivent, et que ces assassinats arrivent aussi."

Si vous souhaitez contacter l’équipe des Grenades, vous pouvez envoyer un mail à lesgrenades@rtbf.be

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK