Qu'est-ce que ce "con" qui désigne le sexe des femmes?

Musée du vagin à Londres
Musée du vagin à Londres - © Isabel Infantes/AFP

Une chronique de Rosanne Mathot

A l’origine planqué entre les jambes des femmes, le con est devenu, dans la bouche des hommes, un mot vulgaire et surtout un des mots les plus usités de la langue française. Tantôt insulte, interjection ou adjectif, tantôt amicale salutation dans le Midi, le con est partout. Désignant, à la base, le sexe féminin, le con a sa petite histoire qui mérite bien davantage que notre pudique indifférence.

Il y a peu, par un matin de grand vent, sur le port de Marseille, une poissonnière à qui une mienne amie faisait remarquer la force du mistral, rétorqua tout de go, avec son truculent accent de soleil :

 

 M’en parlez pas ... j’en ai le con qui siffle !

L’expression est éminemment pittoresque. Elle a de quoi laisser à quai plus d’un.e Nordiste, désespérément empatouillé.e dans un mystérieux écueil stylistique et culturel. En Belgique, il ne viendrait pas spontanément à l’idée de beaucoup de femmes (poissonnières ou non, d’ailleurs, là n’est pas la question) d’évoquer leur sexe, en le traitant de con. « Docteur, j’ai le con qui chatouille » pourrait ainsi grandement surprendre le/la gynécologue à qui s’adresse la patiente, sauf si le/la toubib est versé.e dans la littérature que l’on dit lue à une main. Idem, à l’institut de beauté. On voit mal une cliente réclamer la tonsure brésilienne de son con. L’esthéticienne demanderait probablement "Heuuu… Mais il est où Monsieur ?", tant il peu commun, chez nous, d’associer "con" et "sexe féminin".

Le con et la littérature

Et pourtant. Laissez donc refluer les reproches qui pourraient venir affluer à vos lèvres. Depuis le XVe siècle, au moins, "con" est utilisé pour décrire l’appareil génital externe de la femme. Ceux qui lisent Esparbec ou qui sont des habitués de Sade ou de n’importe quel bouquin édité par La Musardine, notamment, le savent bien. De grands auteurs (Mérimée, Stendhal), pas franchement renommés pour leur style olé-olé, l’utilisent également. Ainsi, de Goncourt, en 1885, écrit-il : "Ces mégères révolutionnaires, qui pissent à con béant sur les cadavres des gens qu'elles ont égorgés". On comprend bien que le con béant qui pisse ici n'est pas un quelconque abruti malencontreusement pris dans certains jupons, mais bien un sexe féminin urinatoire.

Il y aurait eu un glissement sémantique entre le mot latin "conin" ou "conil" (qui désignait, en ancien français, un lapin) et le sexe de la femme

Quand le con fait le coup du lapin

Mais d’où donc qu’il vient, ce con-là? De ce que le très honorable professeur de linguistique Thomas Gergely m'enseigna à l'ULB, il y aurait eu un glissement sémantique entre le mot latin "conin" ou "conil" (qui désignait, en ancien français, un lapin) et le sexe de la femme. Une explication plus que plausible, puisque le mot latin "conin" dérive du grec ancien κόνικλος koniklos (qui signifie, tout à la fois, un lapin, une galerie de mine et le sexe de la femme).

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Tout lapin qui se respecte étant doté d’une abondante fourrure (suivez le cheminement lubrique de ma pensée), on aurait donc glissé, et glissé encore, sémantiquement, pour ne pas avoir à nommer clairement ce qui se cache sous la toison que les femmes ont, en bas du ventre. Ainsi, jusqu’au XVIIIe siècle, conin (ou "conil") fut-il employé, pour parler de ce dont on ne parle pas. En débroussaillant un chouïa, on serait donc parvenu au plus concis "con". Dans son passionnant ouvrage "La puce à l’oreille", l’historien du langage, Claude Dunneton assure, lui aussi, que le mot "con" vient bien du latin "cuniculum". D’aucun.es y verront, en filigrane, le mot "cunnilingus".

Tirer un fourreau de son chapeau

L’idée est tentante, mais fait pourtant bouillir d’irritation les exégètes de la langue qui nous disent – en substance – qu’il faut tout de même être sacrément con, pour ne pas voir qu’il y a deux "N" à "cunnilingus", là où il n’y en a qu’un seul au lapinesque " cuniculum ". Et pour cause, nous explique le pape des linguistes, Ferdinand de Saussure : le mot con ne vient pas du tout du lapin !

 

"con" ne viendrait pas du tout de "cuniculum" (lapin) mais du latin classique "cunnus" (avec 2 "N"), qui signifie, lui, "gaine", fourreau" et – par extension – le sexe féminin

Rien à voir. Circulez, bande de cons. Rangez vos luges. Cessez de glisser. Même sémantiquement. Bon. On cesse. La luge est rangée. Mais alors, quoi ? Alors, il y a que, d'après le Trésor de la langue française, " con " ne viendrait pas du tout de " cuniculum " (lapin) mais du latin classique "cunnus" (avec 2 "N"), qui signifie, lui, "gaine", fourreau" et – par extension – le sexe féminin. Avec cette étymologie-là, le cunnilingus retombe sur ses pattes, sans avoir besoin d’un quelconque coup du lapin.

Si le lien avec le vagin se tient effectivement, qu’il nous explique, alors, de Saussure, pourquoi, en italien et en espagnol, c’est pourtant (encore aujourd’hui) le mot "lapin", qui désigne le sexe féminin, respectivement avec "coniglio" et "coño" ! Qu’il nous éclaire aussi sur le pourquoi du comment l’écrivain français Nicolas Edme Restif de La Bretonne, utilise, au XVIIIe siècle, le terme "conin" (lapin), pour parler du sexe féminin : "Pourvu que je foutisse un jeune con, que m’importait ?... J'allai nu au lit ; je trouvai des tétons naissants, un conin qui tressaillait. Je dépucelai…".

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Qu’il est lâche, ce con !

Quoi qu’il en soit, malgré la brouille étymologique à la con qui divise les spécialistes, une chose est établie : qu’il émane du lapin ou du fourreau, le mot " con " désigne bien le sexe féminin. Pas de bol, pour les nanas, il est aussi utilisé pour parler d’un imbécile, d’un crétin, d’un lâche et d’un idiot. Pourquoi ? Claude Dunneton y voit l’idée selon laquelle la femme (et – par extension – son sexe) est passive, lors du coït, là où le mâle est éminemment besogneux. Les partisans de l’étymologie liée au lapin, enfoncent le clou, en assénant que le mignon rongeur poilu est pleutre et s’enfuit au moindre danger.

Con... comme une bite ?

Que les femmes ne prennent pas ombrage de cet usage péjoratif du terme qui désigne leur entre-jambe : plus prosaïquement, on constate, en effet, qu’en italien, par exemple, ce n’est pas le sexe féminin, mais bien le sexe masculin ("cazzo", bite) qui constitue l’insulte la plus usitée. Peut-être parce que, qu’il soit féminin ou masculin, le sexe, finalement, n’est pas l’organe d’où émanent les pensées les plus brillantes dont est capable un être humain, tout prêt qu’il est, ledit sexe, sur un coup de désir même fugace, de fusionner avec un autre, sans penser particulièrement à la cohorte d’éventuelles conséquences malheureuses qui peuvent découler de cette brûlante et spontanée union : infections sexuellement transmissibles, adultère, drames familiaux divers et variés, comprenant séparations et grossesses indésirées. Tout comme le cœur, le sexe a ses raisons que la raison (ou l’étymologie) ne connaît pas. Le con…

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