Pourquoi écrire "AOC" pour Alexandria Ocasio-Cortez n'est ni sexiste, ni réducteur

 Pourquoi écrire "AOC" pour Alexandria Ocasio-Cortez n'est ni sexiste, ni réducteur
Pourquoi écrire "AOC" pour Alexandria Ocasio-Cortez n'est ni sexiste, ni réducteur - © Chip Somodevilla - Getty Images

Remarque nous a été faite qu’user de l’acronyme "AOC" pour évoquer la femme politique américaine Alexandria Ocasio-Cortez, dans notre article "USA: Alexandria Ocasio-Cortez, ou l'allumette craquée dans la grotte", était "réducteur", "chosifiant" voire "inapproprié".

Ce faisant, d’aucuns ont établi un état des lieux aussi succinct qu’inexact, estimant que – même dans une chronique féministe – les femmes restent toujours à la queue, réduites à la trop simple expression d’un acronyme, chétive suite de majuscules qui les réduit à une "chose" ou à un "concept". Rien ne saurait être moins pertinent, en ce qui concerne la 2e personnalité politique dont l’Amérique parle le plus, après le Président Trump.

"L’acronyme remonte à la plus haute Antiquité"

L’usage de l’acronyme, comme pourrait le dire le merveilleux écrivain Alexandre Vialatte, précurseur historique de la chronique de presse, "remonte à la plus haute Antiquité" et n’a jamais eu pour vocation de sentir la haine, la méchanceté ou le combat de rats dans une poubelle. De fait, le plus ancien acronyme connu est "INRI", acronyme dit "titulus crucis" qui émane de la formule latine "Iesvs Nazarenvs, Rex Ivdæorvm", le plus souvent traduit par : "Jésus le Nazaréen, Roi des Juifs". Sa première trace archéologique date du IVe siècle, avec une inscription à la basilique Sainte-Croix-de-Jérusalem, à Rome.


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"I’m a bitch, I’m a boss" ("Je suis une salope, je suis une boss")

S’il est vrai que résumer quelqu’un.e à ses initiales peut parfois être perçu comme une familiarité excessive, voire comme la marque d’un certain manque de respect, force est de constater que c’est loin d’être le cas, en ce qui concerne "AOC". De fait, la députée américaine Alexandria Ocasio-Cortez use elle-même volontiers de cet acronyme qui constitue d’ailleurs son pseudo sur Twitter.

Depuis bientôt deux ans, que ce soit dans la culture populaire américaine, dans les médias ou encore dans le milieu politique, gauche, droite et centre usent tous de ce même acronyme, sans que ce dernier ne soit porteur de la moindre trace de moquerie, de sexisme ou de quoi que ce soit de négatif

Très présente sur les réseaux sociaux, la femme politique démocrate retweete ainsi elle-même des messages comportant le hashtag #AOC, mot-dièse qui domine très souvent les tendances nationales américaines sur Twitter.

Le 21 juillet dernier, sur son compte Instagram, elle a tenu à répondre à l’insulte de "fucking bitch" ("putain de salope") émanant de son confrère républicain Ted Yoho, par cette story, sur laquelle elle se filme sur la musique de la rappeuse Doja Cat, “Bitch Boss” ("Salope Boss "), un post repris sur Twitter par le profil @itsbecrose et likée plus de 266 000 fois.

Depuis bientôt deux ans, que ce soit dans la culture populaire américaine, dans les médias ou encore dans le milieu politique, gauche, droite et centre usent tous de ce même acronyme, sans que ce dernier ne soit porteur de la moindre trace de moquerie, de sexisme ou de quoi que ce soit de négatif.

JFK, BHL, PPDA & Co. :  tous  "chosifiés" ?

Viendrait-il à l’esprit de quelqu’un.e de dire que l’on "chosifie" le président Kennedy en l’appelant JFK ? Quid alors de PPDA, de BHL, NKM, VGE ou encore de MAM ? En général, lorsqu’un acronyme désigne une personne, c’est que ladite personne est dotée d’une grande notoriété et que l’acronyme qui lui est associé est agréable à l’oreille ou encore qu’il constitue une référence positive fortuite avec un acronyme existant.

De fait, jusqu’à l’arrivée de l’ouragan politique Alexandria Ocasio-Cortez, l’acronyme "AOC", aux États-Unis (extrêmement laudatif) devait se comprendre comme "Architect Of the Capitol" (Architecte du Capitole). Nommé.es par le Président des États-Unis, confirmé.es par le Sénat, il n’y a eu que onze architectes du Capitole dans l’histoire des États-Unis. L’on comprend aisément qu’Alexandria Ocasio-Cortez n’en ait pas pris ombrage. Bien au contraire.

De tout temps, les reines et les rois, les empereurs et hommes d'Eglise ont usé d’acronymes pour armer leur blason ou sceller leurs édits. L’on retrouve ainsi le "CM" (Carolus Magnus) de Charlemagne ou encore le  "EIIR" (Elizabeth II Regina) d'Elizabeth Windsor.

L’acronyme dans le champ journalistique

Par ailleurs, dans le cadre du champ journalistique, l’acronyme a indiscutablement une utilité dans le procédé narratif. Il permet de donner du rythme à un récit, d’en alléger le poids. Si les articles de presse recourent aux acronymes "UE", "OTAN" ou encore "FBI" ou "OMS", c’est à des fins de confort de lecture. Ni plus, ni moins.

L’article de presse qui a fait l’objet de critiques cite bien le nom de la députée, in extenso, dès son titre, dès sa première phrase, et elle le reprend, plusieurs fois, dans le corps même de son texte. S’il existe des gens qui fourbent pour le plaisir de fourber, d’insulter pour le plaisir d’insulter, de chosifier pour le plaisir de chosifier, les journalistes de l’équipe des Grenades n’en font et n’en feront - par essence - jamais partie.

Alexandria Ocasio-Cortez, la tornade du monde politique américain

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Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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