Portrait de la jeune fille en feu, Céline Sciamma et le regard féminin

Portrait de la jeune fille en feu, Céline Sciamma et le regard féminin
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Portrait de la jeune fille en feu, Céline Sciamma et le regard féminin - © Tous droits réservés

Dans son nouveau film, qui sort le 2 octobre en Belgique et qui a reçu le prix du scénario à Cannes, la réalisatrice Céline Sciamma (Tomboy, Bande de Filles) nous parle de feu. Celui qui brûle les robes d’époque et les tableaux mais surtout le feu qui brûle à l’intérieur des femmes, sous l’impulsion de la colère ou du désir. Portrait de la jeune fille en feu est un film d’émotions. Et d’amour d’égale à égale.

En 1770, Marianne (Noémie Merlant) est peintre et doit réaliser le portrait de mariage d'Héloïse (Adèle Haenel), une jeune femme qui vient de quitter le couvent. Le tableau étant réalisé pour son futur époux, Héloïse résiste à son destin en refusant de poser. Marianne va devoir la peindre en secret. Elle est introduite auprès d'elle en tant que dame de compagnie.

Egalité de regard

Le film montre des femmes qui regardent et se regardent. Héloïse pourrait n’être qu’un objet pour Marianne, celui de son tableau, mais le regard que la peintre pose sur elle lui laisse toujours sa possibilité de sujet. D’autant qu’Héloïse regarde aussi. Ce regard d’égalité transformateur que les femmes peuvent poser sur elles est l’un des thèmes du film. Il n’est d’ailleurs pas étonnant que l’une des actrices principales, Adèle Haenel, ait critiqué le " male gaze ", ce regard masculin sur les femmes dans les films et dans la culture en général, un regard qui ne laisse bien souvent aux femmes que la place d’objet (qui est étudié depuis les années 1970 et n’est pas une lubie).

Dans cette histoire d’amour lesbien, Marianne et Héloïse ne font pas que se regarder, elles se parlent aussi, elles débattent, elles échangent des idées avec d’autres femmes. Sciamma nous crée une galerie de personnages féminins complexes. L’avortement est également traité comme un événement important qui arrive à de vraies personnes. C’est assez rare pour être remarqué. Malgré les événements violents qui arrivent à ces femmes, le film ne sombre jamais dans la violence, ni dans le voyeurisme d’un Kechiche (La Vie d’Adèle). C’est un film d’une très grande douceur.  

Présente à l’avant-première à Bruxelles, Céline Sciamma a donné quelques clés d’interprétation de son film. Elle a notamment expliqué que ses actrices avaient la même taille, ce qui est important au cinéma " sinon, on ne mettrait pas des messieurs sur des cubes pour qu’ils dépassent les actrices ". Elle a aussi parlé des femmes peintres et des critiques d’art féministes du 18ème siècle qui déjà devaient se battre contre les idées conservatrices. Citons entre autres Angelica Kaufmann, Adelaïde Labille-Guiard et Constance Marie Charpentier.

L’un des tours de force du film est de représenter des hommes à la périphérie et non au centre de l’intrigue. Ils ont en tout et pour tout quatre lignes de texte, de quoi voir sous un nouveau jour la manière dont le cinéma des hommes traite les personnages féminins depuis pas mal de temps.

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