Nouvelles technologies: à la recherche des programmeuses de la sororité

Nouvelles technologies: à la recherche des programmeuses de la sororité
Nouvelles technologies: à la recherche des programmeuses de la sororité - © Sean Gallup - Getty Images

Cette chronique a été écrite pour l'émission radio "Les Grenades, série d'été", à retrouver chaque samedi de l'été sur La Première, de 9h à 10h.

Episode 7 : Les femmes et la tech, le nouvel eldorado

L’informatique semble être une affaire d’homme, et c’est le moins qu’on puisse dire. Avec 18% de main d’œuvre féminine dans le secteur, la Belgique se place tout juste 1% au dessus de la moyenne Européenne. Pourtant, cela n'a pas toujours été le cas.

Il faut rappeler que c’est une science très jeune - le premier ordinateur n’ayant été créé qu’après la Deuxième Guerre Mondiale - et que l’ancêtre de l’ordinateur n’est autre que la machine à écrire, celle utilisée par les secrétaires, un métier féminin car il demandait “minutie, patience et précision” - qui sont, c’est bien connu, des caractéristiques "féminines" (sic)…

A la naissance de l’informatique, il y avait un tas de femmes informaticiennes. Le premier ordinateur entièrement électronique créé en 1945 a, par exemple, été en partie programmé par des femmes.


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Qu'est-ce qui a changé ?

Dans son livre “L’informatique a-t-elle un sexe”, la sociologue Isabelle Collet explique que jusqu’en 1980, le nombre de diplômées d’étude informatique n’a cessé d'augmenter de manière constante, allant jusqu’à 50% dans des grandes universités.

A partir de l’apparition des micro-ordinateurs, c’est à dire les ordinateurs comme on les connaît aujourd’hui, le nombre de femmes inscrites s’est stabilisé alors que le nombre d’homme a complètement explosé.

A son arrivée dans les années 70, le micro-ordinateur s’est très vite popularisé chez les adolescents et dans les clubs de technophiles. C’est à ce moment que l’imaginaire collectif a changé : quand on entend le terme "informaticien", on imagine l’homme geek ou nerd - vous savez - cet intello de service, l’informaticien boutonneux qui manque cruellement de capacités sociales.

L’informatique est perçue à la confluence des mathématiques et de la technique, des compétences  qui sont encore vues comme masculines

Après avoir passé leurs week-ends à programmer dans leur garage, capuche sur la tête, ces nerds-là ont commencé des études d’informatique et sont devenus des modèles types de l’informaticien, comme Bill Gates ou Steve Wozniak, un des cofondateurs d’Apple.

Des métiers techniques

L’informatique est perçue à la confluence des mathématiques et de la technique, des compétences  qui sont encore vues comme masculines.

Pour innover, il faut penser “out of the box” et pour ça il faut de la diversité dans les équipes de travail. Des équipes 100% masculines amènent à développer des technologies d’un point de vue masculin, souvent à destination des hommes

Le problème commence en réalité très tôt, dès l’école primaire où les enfants sont socialisés différemment. Les petits garçons jouent aux lego et construisent des avions pendant que les petites filles apprennent à devenir maman en jouant à la poupée. Pourtant, des études ont montrés que les choix et envies professionnelles commençaient déjà à se dessiner à ce moment-là.


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Les représentations genrées des métiers influencent très fort les petites filles dans leur choix, qui se tourneront plus tard souvent vers des métiers dits “féminins”, de communication, du care - comme nous avons récemment vu avec la crise - ou dans le marketing...

Conséquences de la sous-représentation des femmes dans l’informatique

L’informatique - ou le secteur des technologies dans son ensemble - se définit par la capacité d’innover. Pour innover, il faut penser “out of the box” et pour ça il faut de la diversité dans les équipes de travail. Des équipes 100% masculines amènent à développer des technologies d’un point de vue masculin, souvent à destination des hommes.


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Je ne peux pas m’empêcher d’imaginer quel internet nous aurions aujourd’hui si Facebook ou Twitter avait été développé par des femmes. Est-ce que les discours de haine, de sexisme et de racisme serait-il autant omniprésent ?

Je ne peux pas m'empêcher de rêver que, bientôt, la célèbre abréviation de brogrammer - cette abréviation de brother et de programmeur qui définit malheureusement si bien la sous-culture masculine du métier - deviendra sisgrammer, ou l’abréviation de sister et programmeuse, les programmeuses de la sororité.

Des programmeuses qui développeront des technologies pour toutes les femmes - des applications qui lutteront contre les violences faites aux femmes, qui nous protégerons des raids de haine sur Twitter, qui nous aideront à mieux connaître notre corps… des femmes programmeuses qui créeront, enfin, un internet plus inclusif.

Les femmes et la tech, le nouvel eldorado

 

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Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d'actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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