"Nous sommes la Belgique aussi" : le mal logement des personnes sans-papiers

"Nous sommes la Belgique aussi" : Henriette, une maman en lutte
"Nous sommes la Belgique aussi" : Henriette, une maman en lutte - © VIRGINIE LEFOUR - BELGA

Depuis quelques jours, la campagne de sensibilisation #WeAreBelgiumToo souhaite insister sur le fait que les personnes sans-papiers “sont aussi la Belgique”, sous la forme d'une lettre ouverte des personnes sans-papiers adressée à leur voisinage et aux autorités belges :

Régulièrement, nous nous croisons. Vous nous connaissez comme la mère d’un.e camarade de classe de votre enfant, comme l’épicier du coin de la rue, la personne qui fait le ménage dans vos bureaux ou qui dépanne votre chaudière. Comme vous, nous travaillons, nous payons un loyer, nous trions nos déchets, …

La campagne rappelle, dans ces revendications, l’importance du "respect des droits humains et en particulier celui des enfants sans-papiers, au même titre que ceux de tous les enfants. À commencer par un accès effectif et égal à l’éducation, à la vie familiale et à un niveau de vie décent".  

Les oublié.es de la pandémie

Véronique Oruba, membre de la campagne, militante syndicaliste belge et secrétaire nationale du Mouvement Ouvrier Chrétien, explique : "Les personnes sans-papiers sont invisibilisées. Cette campagne nationale qui a démarré le 10 mars 2021 a avant tout pour but de solidariser la population avec les sans-papiers".


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Depuis le début de la crise sanitaire, en mars 2020, "on demande aux politiques la régularisation, que la situation des personnes sans-papiers devienne une priorité. On sait très bien que cela doit se faire dans la transparence, de façon individuelle sur base de critères précis". Parmi ces critères, il y a l’ancrage durable, être en Belgique depuis minimum cinq ans, avoir des enfants qui vont à l’école, etc. "Nos revendications ne sont pas excessives et correspondent à des situations de personnes qui sont ici depuis des années sans identité", continue Véronique.

"Avec le Covid, c’est qu’on aurait pu au moins leur accorder un titre de séjour pour qu’ils et elles puissent se faire tester et vacciner. C’est vraiment nier qu’il y a 150.000 personnes qui restent dans des situations sanitaires inhumaines et qui continuent à travailler dans la clandestinité", souligne-t-elle. 

Femme et sans-papier : double peine

Henriette a une trentaine d’année et est d’origine congolaise. Elle lutte pour obtenir des papiers et vivre en toute légalité en Belgique. Elle est engagée au sein du collectif Voix des Sans Papiers (VSP) qui travaille collectivement sur la régularisation mais aussi sur l'occupation de bâtiments par les personnes sans-papiers. 90 femmes, hommes et enfants de différentes nationalités occupent des bâtiments vides depuis 2014 et ont déjà déménagé quinze fois. Véronique Oruba précise : "Les citoyen.nes, quand ils et elles voient une occupation, sont toujours un peu sceptiques au début, ensuite ils et elles s’habituent et deviennent solidaires car tout se passe bien".

Véronique observe qu'il n’est pas facile pour les femmes de s’exprimer. "Dans les occupations de bâtiments vides, parfois les femmes sont mises de côté, elles doivent être vigilantes, il faut surtout les soutenir".

Énormément de femmes sans-papiers travaillent comme garde d’enfants, femme d’ouvrage, voire les deux en même temps. Elles forment un groupe particulièrement vulnérable au vu des discriminations qu’elles vivent au quotidien en tant que "femmes" et "sans-papiers". La ligue des travailleuses domestiques de la CSC-MOC Bruxelles visibilise leur combat pour leurs droits.


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Les enfants sans-papiers, des enfants comme les autres

La coordination des sans papiers, l'un des collectifs qui participe à la campagne, explique dans ses revendications en ligne que "beaucoup d’enfants de sans-papiers sont nés en Belgique ou dans d’autres pays européens. Et s’ils ont moins de trois ans, ils n’ont pas le droit de s’inscrire à une garderie ou à la crèche."

Henriette a surtout peur pour les enfants qui sont les premiers à subir les conséquences des expulsions. "On oublie qu’il y a des personnes, des enfants notamment, qui ont besoin de stabilité et que pour pouvoir entamer des procédures administratives, il faut pouvoir démontrer un certain ancrage qu’on a dans un lieu donné."  En Belgique, c’est effectivement un des critères pour obtenir une régularisation. Elle ajoute, à propos des occupations et des expulsions, que "pour les enfants c’est particulièrement difficile de trouver un endroit, de le faire sien, de s’y projeter et ensuite de devoir partir comme ça."


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Précarité de vie

Henriette a commencé à habiter en octobre dans un bâtiment inoccupé où sont logées 30 personnes en demande de régularisation, comprenant onze enfants dont deux nouveau-nés. Un procès est en cours et le risque, c’est l’expulsion, ce qui serait compliqué pour Henriette car son fils, âgé de sept ans, va en à l’école à dix minutes à pied de l’occupation et changer de foyer pourrait le chambouler, lui qui affirme adorer aller l’école. Cette situation est stressante pour la maman qui a pour rôle dans l'occupation du bâtiment de s’assurer que tout se déroule au mieux et que tous les occupant.es aient un endroit où dormir.

Au début de l’occupation, il y avait des fuites d’eau partout, des problèmes de chauffage et d’électricité. Les occupant.es ont toutes et tous mis la main à la patte pour remettre le bâtiment aux normes, stabiliser le lieu et montrer leur bonne foi. "Heureusement, on a pu bénéficier du soutien de techniciens solidaires mais si on avait dû passer par le système régulier, cela aurait été des dépenses énormes."


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C’était un des arguments pour entamer une collaboration auprès de la commune et des propriétaires. "Le bourgmestre prend régulièrement la température dans le voisinage, la crainte était également que l’occupation ne soit pas adaptée parce qu’il y a tous ces clichés sur les sans-papiers, tout le monde s’est imaginé que c’était des migrants, des bandits et des illégaux", explique Henriette.

Henriette explique qu’en s’installant ici, les occupant.es de la Voix des Sans Papiers pensaient avoir au moins un an de logement. "C’est le minimum nécessaire pour pouvoir se projeter, entamer ou poursuivre des procédures administratives. Et là, ça fait cinq mois qui sont quasiment perdus."

Henriette continue de s'interroger : "Combien de temps cela va-t-il durer ? Qu’est-ce qu’il faut pour faire prendre conscience de la difficulté de la situation ? Qu’est-ce qu’on doit y laisser ?" 

 

 

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Cet article a été écrit dans le cadre d'un stage au sein de la rédaction des Grenades.

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