#MeToo: pourquoi ils soutiennent le mouvement?

Le mouvement #MeToo n’a pas seulement permis de mieux entendre les femmes. Une autre parole s’est libérée en réaction, celle des hommes qui critiquent le mouvement, estimant notamment qu’il va " trop loin ", parfois dans une certaine confusion entre agression sexuelle et drague. D’autres hommes ne partagent pas cet avis, Les Grenades leur ont donné la parole.

 

Je crois que la révolution ‘metoo’ est très loin d'être terminée, qu'elle sera longue, difficile et que son issue est incertaine. Je suis donc joyeux tout en étant inquiet

Thomas Gunzig, écrivain

" Quand on m’a demandé d’écrire un texte sur " les effets positifs de ‘metoo’ sur moi en tant qu’homme " (la demande était formulée de cette façon), j’ai un peu hésité parce que je ne savais pas trop quoi dire.

‘Metoo’ a commencé sans qu’on s’y attende, comme une sorte d’éruption venue d’un volcan dont tout le monde avait oublié l’existence et il s’est alors dit une telle quantité de choses que je ne voyais pas ce que je pouvais ajouter, sinon encore du bruit au bruit.

Mais j’ai relu la demande : " les effets de ‘metoo’ sur moi en tant qu’homme, " et c’est précisément en ces termes que j’ai essayé de réfléchir : ne pas essayer de donner mon avis sur ‘metoo’ mais expliquer ce que ‘metoo’ m'a fait, à moi.

À la base de cette réflexion, il faut que je signale que je n’ai jamais aimé le pouvoir. Je n’aime ni en être l’objet ni l’exercer. Le pouvoir, quel que soit le côté où l'on se trouve, m’a toujours mis profondément mal à l’aise. À l’égard des personnes cultivant le goût du pouvoir, j’éprouve un sentiment mêlé de craintes, de dégoût et d’incompréhension. C’est de cette façon que je suis convaincu que le pouvoir dans ses excès est la chose la plus dégoûtante et la plus brutale qui puisse exister dans les rapports humains.

Au moment de cette révolution qu’a été ‘metoo’, j’ai entendu beaucoup de garçons qui tombaient des nues en disant quelque chose comme " je ne me rendais pas compte que la réalité pouvait être comme ça ". Ça m’avait étonné. Bien entendu qu’on savait que c’était comme ça. Nous avons tous été témoins de dragues lourdes, de commentaires graveleux, on a tous en tête les récits sinistres rapportés par des copines. Moi, comme d’autres, on ne pouvait pas faire grand chose d’autre que de les écouter en rageant contre un " état de fait " qui semblait ne jamais pouvoir changer : pour les femmes, la réalité déjà compliquée du monde était encore plus compliquée parce qu'une des formes de pouvoir qui parcourt les relations humaines, c’est le pouvoir exercé, de toutes les façons possibles, par des hommes sur des femmes juste parce qu’ils sont des hommes et qu’elles sont des femmes. Il n’est pas question ici de " drague " ou de " galanterie ". Sur ces sujets-là, je n’ai carrément pas d’avis. Il s’agit ici purement et simplement de pouvoir.

Personnellement, cette histoire de pouvoir dont on abuse, en geste, en parole, en actes de toutes natures, ça me désolait et ça me désole toujours. Je ne crois pas être un exemple isolé. Ça désole pas mal de mecs.

Bref, quand ‘metoo’ a éclaté, quand j’ai vu les proportions que ça prenait, ça m’a vraiment réjoui. Ça m’a donné l’impression que ce qu’on pensait être une fatalité n'était peut-être pas si inéluctable que ça, que des choses pouvaient changer.

Évidemment, au milieu du vacarme, il se disait des choses avec lesquelles je n’étais pas d’accord : il y a eu de la confusion, des excès, des injustices. Mais c’est probablement le propre de toutes les révolutions de connaître des irruptions de radicalité et malgré tout, ça restait assez marginal.

Avec les filles et les femmes qui se trouvent autour de moi : enfants, ados, fiancée, copines, collègues, ça a donné lieu à mille conversations énervées, enthousiastes, rageuses, passionnées et finalement passionnantes. Il n'est pas si fréquent dans une vie d'avoir le sentiment d'être le témoin d'une insurrection pour une cause si universellement juste.

Finalement je reste assez peu sûr de moi quand aux effets que ‘metoo’ à eu sur moi. Assister à la mise en cause d'une forme de pouvoir particulièrement pernicieuse, d’une forme de violence si habituelle qu’on lui a donné le nom de " systémique " je l'ai vécu, je crois, comme une sorte de grande fête. À aucun moment je n'ai eu l'impression " qu'on ne pouvait plus rien dire " (j'ai au contraire l'impression qu'on dit de plus en plus de choses), à aucun moment je ne me suis senti " menacé ", à aucun moment je n'ai eu l'impression de devoir faire " attention " en changeant de comportement et à aucun moment je n'ai eu l'impression que je ne pouvais plus être simplement le garçon que je suis. J’ai eu simplement l’impression que le monde franchissait un tout petit échelon dans la direction de l’égalité et de la justice et que ça le rendait meilleur à vivre pour tout le monde.

Évidemment, je ne crois pas que ‘metoo’ ait réglé le problème du pouvoir exercé sur les femmes par certains hommes, de la violence, des abus, de la misogynie et de ses différentes déclinaisons, on ne débarrasse pas la société de ses mauvais réflexes en quelques mois, je me doute qu'il existera encore longtemps des paroles, des gestes, des situations qui se situeront un peu partout sur le spectre de l'insupportable.

Je crois que la révolution ‘metoo’ est très loin d'être terminée, qu'elle sera longue, difficile et que son issue est incertaine. Je suis donc joyeux tout en étant inquiet.

Mais joyeux.

Mais inquiet.

 


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Le retournement des hommes qui dénoncent la libération de la parole des victimes témoigne d'une stratégie de défense des privilèges masculins.

Patric Jean, réalisateur

On pourrait penser que "Metoo" n'a changé que la vie des hommes qui avaient des choses à se reprocher. Que craindre en effet de la révélation des agressions sexuelles et des harcèlements, si l'on n'est pas soi-même un agresseur?

Le retournement des hommes qui dénoncent la libération de la parole des victimes témoigne d'une stratégie de défense des privilèges masculins. Car vivre dans un monde où les femmes  vivent dans la crainte consolide le pouvoir de chaque homme, y compris le mien, même s'il ne figure pas parmi les agresseurs. Nous sommes les patrons. Qu'elles tremblent !

Comme le pseudo "racisme anti-blancs", le retournement de situation permet de postuler une égalité des souffrances pour faire taire les opprimé.e.s.

Que des hommes, craignant une accusation mensongère, se plaignent de devoir laisser ouverte la porte de leur bureau, quand ils y sont avec une femme, est simplement indécent. Ils n'ont pas imaginé une seconde que ce sont elles qui auraient souvent rêvé qu'ils le fassent plus tôt. Parce que oui, les statistiques le prouvent, se retrouver seule avec un homme est parfois dangereux ou simplement inquiétant pour une femme.

Plutôt que de dénoncer la révélation de cette situation, nous devrions nous aussi travailler à la changer. En commençant par nous-mêmes...

 

Cela a commencé par la prise de connaissance des concepts de " manterrupting " et de " mansplaining "

Grégor Chapelle, directeur général d’Actiris

Est-ce vraiment le mouvement #Metoo ou bien le mouvement profond des féministes motivées et fières de l’être qui a eu le plus d’influence sur moi ? Toujours est-il que cette mobilisation m’a transformé en me faisant prendre un peu plus encore conscience de mes privilèges d’homme blanc, universitaire, hétérosexuel, agnostique et en bonne santé.

Cela a commencé par la prise de connaissance des concepts de " manterrupting " (l’interruption systématique des femmes par les hommes en réunion) et de " mansplaining " (le comportement par lequel un homme explique d’un ton condescendant à une femme ce qu’elle connaît en réalité mieux que lui). Hum. La lucidité, c’est bien, mais le changement de comportement n’est pas simple...

Cela s’est poursuivi par l’identification dans ma pratique professionnelle de " l’intersection des discriminations ", ce phénomène complexe qui voit certaines personnes cumuler les caractéristiques qui nourrissent chez les autres stéréotypes, préjugés et in fine discriminations. " Quand je suis jeune, je suis discriminé à l’emploi. Quand je suis femme je suis discriminée à l’emploi. Quand je suis noir je suis discriminé à l’emploi. Qu’en est-il alors quand je suis une jeune femme noire ?"

Alors, oui, je fais partie d’une minorité de privilégiés. Je suis l’héritier de millénaires de domination masculine. Je suis aussi l’héritier de siècles de domination des blancs sur les personnes de couleur. Alors que puis-je faire de cette identité ? Pas la transformer. Mais je peux au moins nommer cette réalité. La rendre visible afin de m’inviter, moi et mes semblables, à un tout petit peu plus d’humilité :-). Et puis aussi afin de me permettre d’affirmer sereinement que je suis pro-féministe. Oh, ce n’est pas une position facile à assumer. Comment défendre les droits des femmes en étant un homme ? Peut-être comme ceci : en essayant d’être, là où je suis, l’allié des femmes qui se mobilisent... pour défendre les droits des femmes. Et puis aussi en évitant de les interrompre pour leur expliquer d’un ton condescendant comment elles doivent mener leur combat.

Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par Ater-Egales (Fédération Wallonie-Bruxelles) qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

 

 

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