Meurtre de Julie Van Espen : l'exemple espagnol pour lutter contre les violences « machistes »

A la veille des élections du 26 mai, 36 associations qui luttent contre les violences faites aux femmes veulent faire pression sur le monde politique. Dans une carte blanche, elles demandent que meurtre de Julie Van Espen marque un tournant chez nous, à l’instar de l’Espagne.

L’émoi est encore vivace dans la population belge. 1600 personnes étaient présentes aux funérailles de la jeune femme.

Les associations dans ce texte, pointent la désinvolture avec laquelle les institutions et les pouvoirs publics traitent les violences faites aux femmes. Pour rappel : les taux de classement sans suite sont élevés (70% pour les violences conjugales et 53% pour les viols) pour des plaintes déjà rares en comparaison des faits. Les associations demandent aux politiques une adaptation des lois et des procédures. Cependant, elles ne réclament pas que des mesures répressives, mais elles insistent sur la prévention et l'accompagnement.

La mort de Julie Van Espen un tournant possible?

C’est peut-être, l'électrochoc belge, comme ce fut le cas en Espagne avec l’histoire d’Ana Orantes. En 1997 cette femme de 60 ans raconte ses quarante années de calvaire, de sévices, de violences infligées par son ex-mari. A la télévision, elle évoque les quinze plaintes restées sans suite, son divorce qui est finalement prononcé, mais décision hallucinante, le juge l’oblige à partager sa maison avec son ex-conjoint. Quelques jours plus tard, ne supportant pas la parole publique d’Ana, son ex l’asperge d’essence et la brûle vive dans le jardin. Cet épisode tragique marque un tournant dans la lutte contre les violences de genre en Esp. Conséquence directe, le Code pénal est réformé en 1999. Il permet que des mesures d’éloignement soient mises en place pour protéger les femmes victimes d’abus notamment. Tous les médias espagnols s’engagent aussi en rapportant avec soin chaque nouveau meurtre de femme, presse écrite, radio et télévision font le décompte annuel de ces « crimes machistes ».

En 2004, le gouvernement espagnol va plus loin et devient pionnier

Il édicte une loi organique contre les « violences machistes », terme consacré en Espagne : des bureaux d’aide aux victimes sont mis en place, des tribunaux spécialisés sont créés, dotés de compétences civiles et pénales, qui ne jugent que les affaires de violences faites aux femmes par leur conjoint ou ex-conjoint. Même si la victime ne porte pas plainte, l’État espagnol peut le faire à sa place et peut prononcer des mesures d’éloignement ou une détention provisoire. La rapidité des procédures n’a rien à voir avec ce qui se passe chez nous, il faut parfois attendre des mois alors qu’il faut 72 heures maximum pour une instruction en Espagne, 15 jours pour un procès dit « rapide ». Si les gouvernements successifs se sont emparés de cette question, c’est aussi parce que le nombre d’associations qui dénoncent ces violences grossit chaque année et obtient des engagements concrets. 

Les associations belges à leur tour, ont décidé de se faire entendre et réclament un budget spécifique à hauteur de 2% du PIB pour la lutte contre l’ensemble des violences faites aux femmes. Enfin, notons que cet arsenal de mesure a permis à l’Espagne de réduire le nombre de féminicides conjugaux, avec 47 victimes en 2018, contre 71 en 2003. Même sans parvenir à endiguer ce fléau, l’Espagne reste un exemple à suivre.

@safiakessas

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