LGBTQIA+ : pourquoi le choix des mots est important dans les médias

LGBTQIA+ : pourquoi le choix des mots est important dans les médias
LGBTQIA+ : pourquoi le choix des mots est important dans les médias - © Mixmike - Getty Images

Lesbienne, Gay, Bisexuel·le, Transgenre, Queer, Intersexe, Asexuel·le. Ces termes forment ensemble le sigle LGBTQIA, le + incluant toutes les personnes qui ne se retrouvent pas dans ces définitions. Ces mots sont parfois malmenés et confondus.

Les Grenades se penchent sur leur signification et les raisons pour lesquelles il est essentiel de les différencier. Un lexique vous est également proposé en fin d’article.

"Mal nommer les gens, c’est nier la complexité de la société. Ça équivaut à ne pas reconnaître l’autre comme étant une personne comme soi et qui a, comme soi, droit au respect. Ça contribue à renforcer les mécanismes d’invisibilisation, les mécanismes de stigmatisation", observe Renaud Maes, sociologue, spécialisé dans les sexualités et professeur à l’Université Libre de Bruxelles et à l’Université de Saint-Louis. Cependant, des articles et des émissions journalistiques mélangent encore les notions qui balisent les communautés LGBTQIA+, comme l’identité de genre et l’orientation sexuelle. 

Ces confusions sont vécues comme des violences par les communautés concernées, comme l’explique Tom Devroye, coordinateur·rice à Arc-en-Ciel Wallonie. "En ne nommant pas correctement les personnes LGBTQIA+, il y a d’abord un manque de respect à leur égard, car on ne reconnaît pas leur autodétermination et leur autodéfinition. Mais surtout, on dit que ces personnes n’existent pas ! Et que si elles existent, elles ne sont pas sur le même pied d’égalité. C’est extrêmement violent".

Avoir un vocabulaire approximatif les invisibilise donc, nie leur identité et délégitime également toute une partie de la population. "Si une personne s’identifie comme agenre et aromantique, ça lui appartient. Elle est tout aussi légitime qu’une personne qui ne l’est pas", continue Tom Devroye. 


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Un manque de connaissances

Une des raisons qui expliquent les mauvaises utilisations de vocabulaire est le manque de formation dans les études de journalisme notamment. Peu nombreux·ses sont celles et ceux qui ont eu des cours d’études de genre. "Et c’est particulièrement vrai pour les journalistes plus âgé·es", souligne Renaud Maes.

Mal nommer les gens, c’est nier la complexité de la société

Pour la·e responsable d’Arc-en-Ciel Wallonie, il y a également une question de désintérêt des journalistes : "Dans certains articles, des journalistes parlent encore d’identité sexuelle. Mais ce mot est vide de sens ! Voulait-il ou elle parler d’identité de genre ? D’orientation sexuelle ? D’expression de genre ? Des caractéristiques sexuelles ? Ces quatre termes ont des significations complètement différentes ! On ne peut pas s’attendre à réaliser un article ou une émission de qualité, si la base n’est pas maîtrisée".

La formation aux questions de genre semble aujourd’hui indispensable. "Nous avons des projets de formations pour les professionnel·les, y compris les journalistes. Je suis persuadé·e que si un travail en amont était fait avec une sensibilisation et une formation auprès des journalistes, le traitement médiatique serait cent fois meilleur. Cette question est primordiale à nos yeux", explique la·e responsable d’Arc-en-Ciel Wallonie. 

Un autre problème soulevé est le rythme effréné de la production médiatique qui ne laisse pas le temps aux journalistes d’approfondir la question. Or ces sujets restent complexes et il est nécessaire de se documenter pour en parler de façon pertinente. "Les journalistes doivent arrêter de croire qu’ils et elles peuvent parler de tout, avec tout le monde, sans aucune recherche préalable", dénonce Tom Devroye. " Par pitié, renseignez-vous et contacter les bonnes personnes et associations !"

Les dangers de la notion infondée " d’effet de mode "

Ce que dénoncent certaines associations LGTBQIA+, c’est également le recours récurrent à des psychiatres quand on aborde ces questions. "Ça a une logique historique", contextualise Renaud Maes. "La psychiatrie a été la première à s’intéresser aux questions de genre et d’identité. Mais elle les abordait surtout dans une optique de traitement et de retour à la normale, avec l’héritage de la médecine hygiéniste. On sait aujourd’hui qu’on faisait fausse route. Mais une série de pseudo-experts continuent de déguiser leur avis en expertise, notamment en examinant la question sous l’angle de “l’effet de mode”." On ne "choisit" pas son identité de genre ou son orientation sexuelle comme on choisit de s’habiller le matin.

 On ne peut pas traiter à la légère les questions d’orientations sexuelle et les questions d’identité de genre quand il est encore possible aujourd’hui de forcer un·e jeune à être quelqu’un qui n’est pas 

"Cette idée renvoie à la croyance absolument monstrueuse en psychiatrie que fondamentalement, la norme est l’hétérosexualité. Et que tout ce qui s’en éloigne est un passage dont on peut guérir", développe le sociologue. Cette croyance pourrait nourrir la communication des thérapies de conversion, des camps qui promettent de remettre les jeunes LGBTQIA+ "sur le droit chemin" en utilisant des techniques de tortures physiques et psychologiques. Ces centres ne sont plus autorisés en Belgique, mais d’autres en Europe restent accessibles. 

"Parler d’effet de mode", soutient Renaud Maes, "c’est accréditer le fonctionnement de ces centres. C’est faire une pression énorme sur les jeunes qui viennent de se déclarer.  On ne peut pas traiter à la légère les questions d’orientations sexuelle et les questions d’identité de genre quand il est encore possible aujourd’hui de forcer un·e jeune à être quelqu’un qui n’est pas", souligne le sociologue.

De plus, les rapports entre les personnes LGTBQIA+ et les psychiatres ont toujours été compliqués, ils et elles n’utilisent pas toujours les bonnes définitions et ont parfois une vision biaisée de la réalité des personnes concernées. "Nous, en tant qu’associations de terrain, nous avons un contact direct avec les jeunes. Nous voyons leur réalités au quotidien. Nous les voyons se questionner sur la bisexualité, la pansexualité, l’identité de genre", défend Tom Devroye.

Quelques pistes pour mieux aborder ces questions

Pour éviter ces écueils et la levée de boucliers qui les accompagnent, le mieux est de s’informer auprès des premiers et premières concerné·es. "Les communautés LGBTQIA+ sont encore invisibilisées aujourd’hui. Ce manque de visibilité amène forcément un déficit de connaissances", explique Renaud Maes. Cependant, il ne s’agit pas de trouver le premier·ère homosexuel·le ou gender fluide venu·e pour représenter toute la communauté. "Les associations LGBTQIA+ sont là pour aider les journalistes et les guider ", affirme Tom Devroye. " C’est tout à fait logique que les journalistes ne soient pas expert·es en tout, mais il faut qu’ils et elles viennent vers nous".

En France, l’Association des Journalistes LGBT a écrit une charte à l’intention des journalistes contre l’homophobie. Si aucune charte n’existe dans notre pays, la jeune association Media & Diversity in Action entend bien renforcer la représentation et la visibilité des minorités, en ce compris  dans les médias belges.

Mais pour Renaud Maes, une charte non-contraignante n’est pas suffisante. Le sociologue plaide pour l’intégration d’un cadre réglementaire concernant le traitement des questions LGBTQIA+ au sein même des déontologies. "Pour moi, c’est en mettant un cadre contraignant, qu’on favorisera le fait de parler pertinemment des choses". 


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Lexique* 

 

  • Agenre : une personne ne s’identifiant pas à un genre en particulier ou s’identifiant à aucune identité de genre. Une personne agenre s’identifie ou non comme une personne transgenre. 

  • Asexuel·le : personne qui ne ressent pas ou peu d’attirance sexuelle pour d’autres personnes. 

  •  Autodéfinition : façon dont une personne définit son identité de genre ou orientation sexuelle.  

  • Binarité des genres : catégorisation des identités de genre en deux genres opposés et distincts. 

  • Biphobie : Rejet, peur et préjugés envers les personnes bisexuelles et la bisexualité. 

  • Bisexuel.le : personne qui ressent de l’attirance pour les personnes du même genre et du genre opposé. " Quasiment ignorée, la bisexualité est souvent vue dans la presse comme une tendance ou un effet de mode, une sexualité ambivalente et instable alors que c'est une sexualité à part entière. "  

  • Cisgenre, cis : personne qui s’identifie à l’identité de genre assignée à la naissance, qui n’est pas transgenre. 

  • Cisnormativité : système de pensée faisant des personnes cisgenres la norme identitaire établie. Elle marginalise les personnes transgenres et les invisibilise.  

  • Coming out : Révéler (pas avouer !) son identité de genre ou orientation sexuelle. 

  • Dysphorie de genre: Diagnostique clinique qui confirme une discordance entre le genre assigné à la naissance et l’identité de genre d’une personne. 

  • Embyphobie : Rejet, peur et préjugés envers les personnes non-binaires. 

  • Expression de genre : Manière dont une personne exprime son identité de genre. 

  • Gay : personne du genre masculin attirée par les personnes du même genre. 

  • Genre : construction socioculturelle qui ne se limite pas au féminin/masculin. 

  • Genre fluide : personne dont l’identité de genre n’est pas fixe, varie, évolue. 

  • Genre non-binaire : personne dont l’identité de genre sort da la binarité féminin/masculin. Parfois, ces personnes préfèrent qu’on utilise des pronoms neutres pour les désigner. 

  • Hétérosexuel·le: Personne attirée sexuellement ou amoureusement par des individus de l'autre genre. 

  • Hétéronormativité : système de pensée faisant de l’hétérosexualité la norme en termes de sexualité et d’orientation sexuelle. 

  • Homosexuel·le : personne attirée sexuellement ou amoureusement par des individus du même genre.  

  • Homophobie : Rejet, peur et préjugés envers les personnes homosexuelles et l’homosexualité. 

  • Identité de genre : manière dont une personne définit le genre auquel elle s’identifie, il peut être différent du genre assigné à la naissance (transgenres) ou correspondre à celui-ci (cisgenre). L’identité de genre n’a rien à voir avec l’orientation sexuelle. Par exemple, une personne transgenre peut être hétérosexuelle, comme une personne bisexuelle peut être cisgenre. 

  • Intersexe : personne dont les caractéristiques sexuelles ne correspondent pas aux catégories femelle/mâle. (1 à 2% dans le monde) 

  • Lesbienne : personne du genre féminin attirée par les personnes du même genre. 

  • Lesbophobie : Rejet, peur et préjugés envers les lesbiennes. " La lesbophobie est différente de la gayphobie car elle attaque les lesbiennes sur deux fronts : le fait d’être lesbienne et le fait d’être une femme. La lesbophobie est donc une combinaison d’homophobie et de sexisme. " 

  • Minorité sexuelle : personnes dont l’identité de genre, l’orientation sexuelle ou les caractéristiques sexuelles différent du modèle dominant. 

  • Orientation sexuelle : Attirance (ou absence) sexuelle, affective ou émotionnelle envers une personne. 

  • Pansexuel·le : personne attirée sexuellement, physiquement ou affectivement sans préférence au niveau du genre. 

  • Transgenre  : personne ne s’identifiant pas au genre assigné à la naissance. Les personnes transgenres et cisgenres peuvent être hétérosexuelles, bisexuelles ou homosexuelles. L’identité de genre est différente de l’orientation sexuelle. " Les citoyen.ne.s transgenres peuvent décider d’effectuer différentes formes de transitions, physiques ou pas, pour rejoindre leur point de confort, c’est-à-dire l’expression, la manière de vivre leur identité de genre qui leur correspond le plus. " De nombreux membres de la communauté trans préfèrent  l'utilisation du terme "transgenre" à celui de "transsexuel", qui renvoie à une vision pathologique de cette identité, même si de rares membres choisissent encore de l'utiliser.  

  • Transphobie : Rejet, peur et préjugés envers les personnes transgenres. 

*Sources : le lexique LGBT sur la diversité sexuelle et de genre en milieu de travail de la Chambre de commerce gaie du Québec ainsi que le glossaire de la Rainbowhouse Bruxelles.


Si vous souhaitez contacter l’équipe des Grenades, vous pouvez envoyer un mail à lesgrenades@rtbf.be.

Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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