Les Mères montent au front pour un monde plus vert et plus égalitaire

Les Mères montent au front pour un monde plus vert et plus égalitaire
Les Mères montent au front pour un monde plus vert et plus égalitaire - © Vesnaandjic - Getty Images

Elles sont mères, grands-mères, jeunes femmes. Elles n’en peuvent plus du système capitaliste, patriarcale et destructeur de l’environnement. "Ça suffit", clament-elles de Montréal à Bruxelles. Nous avons rencontré Caroline Lesire, initiatrice de la branche belge du mouvement Mères au front.

Pendant des mois, les jeunes de Youth for climate ont marché aux quatre coins du monde pour le climat, c’est maintenant au tour des mères de faire entendre leur voix. Créé à l’aube du confinement, le collectif Mères au front rêve d’un monde d’après plus juste, plus écologique, plus social. A sa base, des femmes, des mères, des grands-mères qui en ont marre et qui le font savoir.

La transition comme solution

C'est au Québec que tout a commencé sous l'impulsion de l’autrice et éco-sociologue Laure Waridel. Dans son ouvrage intitulé "La transition, c'est maintenant", elle interroge les mécanismes pour mettre l’économie au service du bien commun.

On monte au front. On est en colère, on le dit "ça suffit"

Caroline Lesire, elle, a lancé la branche belge du mouvement, elle explique : "J’ai rencontré Laure l’année dernière, lors de journées émergences qu’on avait organisé au Québec [NDLR : Caroline Lesire a fondé Emergences avec son compagnon]. Elle est venue donner une conférence en février de cette année à Bruxelles où je lui ai fait rencontrer d’autres femmes. En rentrant, elle a lancé Les Mères au front au Québec et on a embrayé le pas en Belgique en mars."

Naissance en temps de pandémie

"On a commencé à se réunir puis, il y a eu le confinement." Un contexte de crise sanitaire qui, rappelons-le, a été gérée par de nombreuses femmes !


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Ça a vraiment du sens d'allier les causes. Il faut déconstruire tout ce que le patriarcat a créé comme problèmes

Par ailleurs, cette période douloureuse a mis en évidences toutes les failles du système. Les dysfonctionnements sociaux et écologiques ont été visibilisés. Les femmes ont été plus vulnérabilisées que jamais : la précarité a explosé, les violences conjugales ont augmenté, la charge mentale est devenue ingérable…

Pour envisager un demain viable, les Mères au front font converger les luttes et se positionnent autour de questions environnementales et féministes. "Ça a vraiment du sens d'allier les causes. Il faut déconstruire tout ce que le patriarcat a créé comme problèmes."


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L’inclusivité pour lutter

"Nous somme un collectif d’inspiration écoféministe créé par des mères mais on s’adresse à toutes les personnes qui se sentent concernées par la vie sur terre. Il n'est pas nécessaire d’avoir des enfants pour en faire partie. On compte aussi des hommes alliés parmi nous", éclaire Caroline Lesire. Pas d'injonctions à la maternité, ou d'essentialisme qui sous-entendraient que seules les femmes peuvent prendre soin.

Ce qui lie les membres néanmoins, c’est la colère face aux enjeux écologiques et sociaux. "On monte au front. On est en colère, on le dit "ça suffit".


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Militantes mais respectueuses de chacun.e, ici, le soin des autres commence par le soin de soi. "On vient avec nos limites. La transition commence à l'intérieur. On a été dans d’autres collectifs, on a toutes connu des problèmes de pouvoir. On voulait trouver une manière d’être membre tout en proposant un engagement multimodal."
 

Prendre le temps de s’arrêter pour penser dans un monde qui nous empêche de réfléchir c’est déjà de la résistance
 

Par ailleurs, les Mères au front souhaitent s'allier aux mouvements de transition écologique et sociale qui existent, tout en faisant entendre la voix de personnes qui, parfois, ne se sentent pas légitimes. "Nous sommes une voix de plus. Comme l’ont démontré les chercheuses Erica Chenoweth et Maria J. Stephan, il suffit de mobiliser 3,5% d’une population pour que d’une résistance non violente naisse le changement."


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Des actions civiques et symboliques

Les membres ont choisi le jour de la fête des mères pour mener leur première action. Pour elles, pas question de chocolats ou de fleurs. "On a lancé une action civique mais on a dû s'adapter avec le confinement. On a demandé aux personnes d'inscrire les rêves de leurs enfants dans un cœur vert [NDLR : le cœur vert équarri est le symbole du mouvement]. C'est important de pouvoir rêver en famille."

Il suffit de mobiliser 3,5% d’une population pour que d’une résistance non violente naisse le changement

Comme la question du genre est au cœur de leur démarche, à l'occasion de la fête des pères, c'est la masculinité qui a été interrogée. "On a mené une action "dégenrante" en interrogeant les hommes pour qu’ils partagent un moment où ils s’étaient sentis eux-mêmes sans leur rôle d’homme ou de papa."

L’imaginaire pour ouvrir les horizons

Pour provoquer l’émergence d’un autre système, Caroline Lesire et les autres invitent à se connecter au rêve, à faire appel à l’imagination. C’est d’ailleurs ce que propose Rob Hopkins, l’un des précurseurs du mouvement de la transition. A travers ses ouvrages et ses conférences, il insiste sur la nécessité de raconter des histoires où le futur va bien pour mobiliser les gens, des histoires pour imaginer le futur que l’on veut.

"Prendre le temps de s’arrêter pour penser dans un monde qui nous empêche de réfléchir c’est déjà de la résistance", confie-t-elle.

La déconstruction du patriarcat plutôt que la destruction de l’écosystème, plus qu’un rêve, une réalité inévitable pour notre survie à tou.te.s.


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Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d'actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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