Les femmes risquent de disparaître du marché de l'emploi à cause de la pandémie

Pourquoi les femmes risquent de disparaître du marché de l'emploi à cause de la pandémie
Pourquoi les femmes risquent de disparaître du marché de l'emploi à cause de la pandémie - © Maskot - Getty Images/Maskot

Alors que de nombreuses femmes étaient en première ligne durant cette crise du Covid, leur place sur le marché de l’emploi est aujourd’hui menacée. Selon Isabella Lenarduzzi, fondatrice de JUMP, une entreprise sociale qui vise à renforcer l’égalité entre les femmes et les hommes dans le monde du travail, on pourrait retourner à une situation proche des années 1950 si on n’y prend pas gare.

"Les femmes disparaissent de l'emploi à cause de la pandémie !", alerte Isabella Lenarduzzi. "En Italie, sur les 400.000 pertes d’emploi de l’année 2020, 300.000 concernent des femmes. Au mois de décembre de cette année, elles représentent 98% des 100.000 personnes qui ont disparu du marché du travail. Il faut que la Belgique fasse les mêmes calculs."

Si on ne sait pas exactement combien de femmes ont effectivement arrêté de travailler à cause de la pandémie en Belgique, les quelques chiffres collectés nous indiquent déjà qu’elles ont été bien plus sujettes à une diminution du temps de travail. 75% des congés parentaux corona ont été demandés par des femmes, selon une étude de l’ONEM. Et d’après un rapport des Nations Unies, la charge domestique – qui était déjà trois fois plus importante pour les femmes que pour les hommes avant la pandémie – a légèrement augmenté pour les hommes, alors qu’elle a explosé chez les femmes. Cette augmentation laisse supposer une baisse de productivité pour les travailleuses confinées.


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Un emploi déjà précaire

Mis à part la charge du ménage et des enfants qui les pousse souvent à réduire leur temps de travail, les femmes sont également davantage touchées par les répercussions économiques de la crise à cause des spécificités de leur emploi. "Il est évident que les femmes ne traversent pas la crise de la même façon que les hommes", continue Isabella Lenarduzzi. "Elles n’ont pas la même place dans la société. Elles sont plus pauvres, ont des contrats beaucoup plus précaires. Elles sont par exemple bien plus représentées dans les emplois avec des contrats à durée déterminée qui, avec la crise, n’ont souvent pas été renouvelés."

Elles occupent également une grande partie des emplois à temps partiel, 49% des salariées travaillant dans ce type d’emploi selon l’Institut pour l’Égalité entre les Femmes et les Hommes. Si celles qui ont dû cesser de travailler à causes des mesures sanitaires ont reçu une allocation de chômage temporaire comme les autres travailleurs et travailleuses, la réduction de 30% d’un salaire de temps partiel est plus désavantageuse que quand il s’agit d’un temps plein. Les femmes étant également à la tête de 90% des familles monoparentales, elles sont bien plus à risque de se retrouver dans une situation précaire et une détresse psychologique.

Il est évident que les femmes ne traversent pas la crise de la même façon que les hommes

"Il est indispensable d’avoir des statistiques genrées", martèle Isabella Lenarduzzi. "S’il n’y en a pas, ça veut dire qu’on ne compte pas. Et si on ne vous compte pas, vous ne comptez pas. Sans connaître l’amplitude réelle des problèmes, on est incapables de trouver des solutions efficaces."


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Une relance sans les femmes ?

Les fiches du plan de facilité à la relance et à la résilience (RRF) ont été envoyées à la Commission européenne le vendredi 5 février. Les ministres attendent aujourd’hui les retours de l’instance européenne avant d’affiner les projets proposés qui représentent 6 milliards d’euros injectés dans l’économie belge. Les secteurs les plus soutenus sont ceux du numérique, de la construction et de l’énergie. "Encore des secteurs majoritairement masculins !" déplore Isabella Lenarduzzi. "Que faut-il de plus qu’une pandémie pour qu’on revalorise les métiers féminins ?".

Sarah Schlitz (Ecolo) et Willy Borsus (MR), respectivement secrétaire d’État fédérale à l’Égalité des Genres et ministre wallon de l’Économie, du Numérique et du Commerce extérieur, tempèrent. Le plan de relance européen obligeait les États-membres à investir massivement dans la transition écologique et numérique. "Tout ne peut pas rentrer dans le plan de relance. Le cadre européen était fixe", explique Sarah Schlitz.

"Par contre, nous pouvons choisir quels emplois nous voulons financer à l’intérieur de ces secteurs, en valorisant les femmes dans ces métiers dits masculins." "Il est évident que si l’on ne fait rien, les évolutions ne vont pas se produire naturellement", continue le libéral. "Les pouvoirs publics doivent être à la manœuvre en encourageant les femmes à se former dans ces secteurs et en démystifiant certains métiers."

Une loi ressuscitée

Depuis 2007 pour le fédéral et 2016 pour les entités fédérées, les lois doivent passer un test de genre avant d’être mise en application, qui a pour ambition de vérifier qu’elles n’influenceront pas négativement l’égalité des genres. C’est la loi du gendermainstreaming. "Cette loi n’a jamais été appliquée", s’agace Isabella Lenarduzzi. "C’est comme la loi sur les quotas. Elle a été votée, il y a des sanctions qui sont prévues, mais comme personne ne contrôle son application, personne n’en a rien à faire. Si on ne les rend pas efficientes, ces lois ne servent à rien."

L’égalité des genres, c’est comme une voiture sur une pente ascendante. Si on n’avance pas, on recule

Un nouveau vent pourrait souffler cependant dans la politique belge. C’est en tout cas l’ambition de la secrétaire d’État Sarah Schlitz. L’écologiste a obtenu de faire passer un test de genre à toutes les fiches du plan de relance et veut que les prochains grands projets de réforme tels que la réforme des pensions et  celle des congés fassent l’objet d’une analyse de genre poussée.  Sarah Schlitz poursuit: "J’ai obtenu une enveloppe de 3millions € pour développer des projets visant à soutenir l’emploi des femmes les plus vulnérables. Tous les ministres des différents gouvernements belges doivent intégrer cet objectif d’égalité entre les femmes et les hommes sur le marché de l’emploi dans leur fiches. L’Europe a fixé un cadre : le  PRR doit booster la durabilité et la digitalisation des sociétés européennes. Mais il prévoit aussi explicitement que l’égalité des genres soit prise en compte. Ne pas le faire, c’est prendre le risque de voir notre plan recalé. Ce ne sont donc pas 3 millions mais 6 milliards € qui doivent contribuer à l’égalité entre les femmes et les hommes".


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"Nous sommes à un moment de basculement", prévient Isabella Lenarduzzi. "Et tout moment de basculement est une opportunité. Si on ne la saisit pas, non seulement ce sera une chance gâchée, mais on risque de revenir à une situation proche des années 1950 pour ce qui est de la place des femmes sur le marché de l’emploi. L’égalité des genres, c’est comme une voiture sur une pente ascendante. Si on n’avance pas, on recule."
 

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Cet article a été écrit dans le cadre d'un stage au sein de la rédaction des Grenades.

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