Les femmes lésées dans le monde scientifique à cause d'un stéréotype bien ancré

Image d'illustration dans un laboratoire.
Image d'illustration dans un laboratoire. - © barande_jeremy - Barande Jrmy /EP.

Ce sont des spécialistes du comportement français qui le pointent : les femmes sont sous-représentées dans la recherche scientifique. Et c’est dû aux stéréotypes implicites présents chez les scientifiques : qu’ils soient hommes ou femmes, ils associent " science " à " masculin ". L’étude a été publiée dans la revue Nature Human Behaviour ce lundi 26 août 2019 et a été menée par des chercheurs de plusieurs laboratoires (Laboratoire de psychologie sociale et cognitive (CNRS/Université de Clermont Auvergne), du Laboratoire de psychologie cognitive (CNRS/ Université d'Aix-Marseille) et de l’Université de Colombie-Britannique (Canada), avec le soutien de la Mission CNRS sur la place des femmes).

Au CNRS, il y a 35% de femmes parmi les chercheurs. Un pourcentage qui diminue encore quand le statut hiérarchique du chercheur augmente.

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Discrimination ou pas ?

Peut-on y voir une quelconque discrimination des femmes ? Pour mieux comprendre les raisons qui entraînent cette sous-représentation féminine, les chercheurs en psychologie sociale et cognitive ont étudié pendant deux ans, avec l’autorisation du CNRS, quarante comités chargés de désigner les directeurs de recherche. " C’est la première fois qu’on s’intéresse au fonctionnement de la prise de décision de jurys de concours, en situation réelle, explique Isabelle Régner, professeure en psychologie sociale à l’Université d’Aix-Marseille et coautrice de l’étude. Et on peut remercier le CNRS d’avoir accepté d’être passé au microscope au moment de décisions aussi importantes que la promotion d’hommes et femmes comme directeurs et directrices de recherche ".

Les scientifiques n’échappent pas aux stéréotypes sur les sciences

Il ressort de cette étude que la plupart des scientifiques associent " science " et " masculin " dans leur mémoire des concepts et des mots. " Ce que montre le test, c’est que les scientifiques qui ont participé à l’étude associent plus rapidement " hommes " et " sciences " que " femmes " et " sciences ". Ce sont des associations automatiques et qui sont stockées en mémoire. Et comme toute association automatique, cela peut affecter nos décisions. On connaissait déjà ce résultat dans la population générale, mais c’est la première fois que l’on montre que les scientifiques ont ce biais-là également ".

Ce stéréotype influence-t-il les décisions ?

Les chercheurs ont voulu savoir si ce stéréotype avait un impact sur les décisions prises par les comités qui désignent les directeurs de recherche. La réponse est oui, à certaines conditions. " C’est le cas pour un comité sur deux, soit les comités qui minimisent l’existence d’une discrimination de genres à l’encontre des femmes. Chez ces jurys-là, plus la stéréotypie implicite est élevée, moins ils vont promouvoir de femmes ". Autrement dit, quand un jury estime que la discrimination de genre n’existe pas, il a tendance à nommer moins de femmes à des postes de direction.

Au contraire, les jurys qui pensent que la discrimination est un problème potentiel réussissent à contrôler leurs stéréotypes et éviter qu’ils n’influencent leurs décisions.

" Cette étude n’a pas d’équivalent pour l’instant ailleurs, mais j’espère qu’elle sera répliquée dans d’autres instituts de recherche, d’autres institutions et ailleurs dans le monde ", conclut Isabelle Régner.

Pour la première fois, une étude indique donc l’existence de stéréotypes implicites de genre parmi les chercheurs et chercheuses dans toutes les disciplines, des stéréotypes qui peuvent nuire aux carrières de femmes scientifiques.

"Les Grenades-RTBF" est un projet soutenu par Alter-Egales (Fédération Wallonie Bruxelles) qui propose des contenus d'actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet cherche à donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

 

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