"Les cent culottes": l'expo qui en a dans le pantalon

"Les cent culottes": l'expo inclusive qui en a dans le pantalon
"Les cent culottes": l'expo inclusive qui en a dans le pantalon - © Tous droits réservés

Militantes, esthétiques, brodées ou customisées : 100 culottes composent une exposition itinérante à Bruxelles. Le but ? Modifier des culottes et slips pour libérer la parole sur les violences de genre. Immersion dans le sous-vêtement à la fois le plus inclusif et le plus intime au monde.

Tout a commencé en septembre 2019, dans le cadre du festival "Ramène ta culotte" revendiquant plus d’égalité de genre dans l’espace public, intime et domestique organisé par l'association Toestand. A cette occasion, une première exposition d’une septantaine de culottes et slips customisés a eu lieu chez Pierre Papier Ciseaux à Saint-Gilles. Cette année, elles sont 100.

Créées lors des ateliers " Culottes parlottes ", un projet artistique participatif tout public lancé par la tisseuse de liens Valérie Provost, " Les Cent Culottes " sont aujourd’hui exposées jusqu’au 4 octobre à la Maison du Livre à Saint-Gilles dans le cadre du Parcours d’Artistes.

Poilues, sexys, laineuses, tue l’amour, militantes ou purement esthétiques, ces customisations libèrent la parole. Elles évoquent les violences de genre, les menstruations ou encore la sexualité. Nouvel objectif poursuivi : être le plus inclusif/ve possible : "Les pièces ont été réalisées par les personnes qui ont assisté aux ateliers que j’ai organisés mais aussi par des personnes qui n’ont pas participé à ces ateliers. Pour moi, c’était un souhait d’emblée car je voulais que le projet soit complètement inclusif", explique Valérie Provost, art-thérapeute. 

L’inclusion et la diversité comme maître-mots

Aujourd’hui, derrière ces 100 culottes, il y a environ 60 personnes âgées entre 7 et 91 ans. Et si certaines culottes sont un support de revendications féministes d’autres ont abouti à des fins d’expression personnelle, comme espace intime et poétique  : "Ce sont des personnes très engagées d’un point de vue militant et féministe mais aussi des personnes pas forcément concernées par la cause. Ceci dit, je n’aurais pas accepté des pièces masculinistes ou haineuses. C’est cette variété des différents messages qui ressort le plus".

"Et comme la culotte est un objet intime, même si les personnes, de base, ne veulent pas partager leur intimité, très vite, des sujets très intimes surgissent. C’est pour ça que parmi les thématiques, il y a des pièces qui sont très esthétiques, qui n’évoquent rien sur le plan militant et puis à côté de ça, il y a de tout : des pièces qui parlent de la maladie, du handicap, des féminicides, des mutilations génitales, d’endométriose, etc.", poursuit la psychologue.

Des violences de genre jusque dans nos culottes

En effet, qu’elles soient perlées, tissées, dessinées ou sculptées, beaucoup de ces culottes nous plongent dans l’intimité de leurs créateurs.trices et font directement référence aux violences de genre et au féminisme. Au fil de l’exposition, on aperçoit la culotte customisée d’une dame atteinte d’une maladie gynécologique rare qui souffre du manque de reconnaissance, à côté, on en repère une blanche immaculée de lettres rouges sang : les noms de toutes les femmes victimes de féminicides en Belgique en 2019.


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Plus loin, on peut lire ceux des trois sœurs Mirabal assassinées en République Dominicaine un certain 25 novembre 1960 (le 25 novembre est depuis devenu Journée internationale de lutte pour les droits des femmes)… En face, un enfant dessiné, tête vers le bas pour faire référence à l’avortement.

La question de la pilosité est aussi traitée par le biais de Barbie, devenue poilue assise dans un coin de la pièce. L’homme à la base de cette customisation écrit : "Le poil est un plaisir et doit le rester". D’autres slogans trônent aussi fièrement sur les bouts de tissus : Girl Power, Metiss-âge, Leçon n° 1 : non, c’est non !

Comme la culotte est un objet intime, même si les personnes ne veulent pas partager leur intimité, très vite, des sujets très intimes surgissent

"Je pense que c’est un projet qui vise la simplicité, l’inclusion où chacun peut s’exprimer et en même temps, l’ensemble est particulièrement touchant. Chaque culotte est unique. Au-delà du propos ça a aussi un aspect très inspirant et poétique car on y voit toute une diversité, la diversité de la vie. Toutes les culottes sont égales, aussi au niveau de l’installation, c’était très important pour moi" soulève Valérie Provost.

Les culottes, une histoire de femmes ?

La culotte n’a pas toujours été typiquement " féminine ", elle était même interdite aux femmes. En effet, dans un premier temps et jusqu’au XIXème siècle, la culotte était un vêtement masculin. Encore loin de la culotte moderne, il s’agissait d’un pantacourt porté par des hommes de l’Ancien Régime. Et contrairement aux idées reçues, la bienséance de l’époque voulait que les femmes dites "vertueuses" ne portent plus de culottes à partir de 14 ans (avant cet âge, elle avait le droit de porter une protection en coton).

Le sous-vêtement était donc relégué aux vieilles dames, aux malades, aux servantes et aux femmes dites "de mœurs légères". En d’autres termes : du Moyen Âge jusqu’au XIX siècle les femmes étaient nues sous leurs jupons, interdiction formelle de porter une quelconque culotte. Les raisons ? La pseudo bienséance, la pseudo-hygiène et surtout le pseudo aspect "pratique" pour les rapports sexuels (qui dit nudité, dit plus d’accessibilité car moins de contraintes pour déshabiller).


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Vers la fin du XIXème et au début du XXème, la culotte se porte plus large, avec une ceinture boutonnée et descend jusqu’aux genoux. Les femmes ont le droit d’en porter, mais toujours en se distinguant de celle de ces messieurs (par un volant brodé ou orné de dentelle).

Dans un premier temps et jusqu’au XIXème siècle, la culotte était un vêtement masculin

A partir de 1910, les robes sont plus moulantes et plus courtes : la mode change, tout comme les culottes, qui sont raccourcies jusqu’aux cuisses (c’est l’ancêtre du short actuel). Peu à peu, les culottes féminines se raccourcissent encore et deviennent plus pratiques. Les femmes et les hommes portent enfin le même modèle de caleçon, souvent en laine.

Et c’est un monsieur, créateur d’une marque bien connue (Petit-Bateau) qui a imaginé et commercialisé la petite culotte que l’on connait aujourd’hui : Pierre Valton. En 1918, il crée la culotte sans jambe et sans bouton. Mais là encore, les stéréotypes de genre ont la vie dure : elles sont uniquement disponibles en rose et blanc (le noir étant réservé aux femmes "peu respectables" jusque 1940).

Enfin, c’est à partir des années 60 que la culotte se démocratise et se féminise sous différentes formes : slips, tangas, strings ou encore boxers. Bref, l’Histoire montre que la question vestimentaire chez les femmes est discriminatoire et genrée, y compris pour le sous-vêtement.


Infos pratiques

L’exposition itinérante " Les Cent Culottes " se déroule jusqu’au 4 octobre à la Maison du Livre à Saint-Gilles (Bruxelles). La prochaine exposition aura lieu du 25 novembre au 6 janvier au centre culturel de Schaerbeek.

L’idée c’est que l’exposition est itinérante mais aussi évolutive. C’est-à-dire que toutes les pièces exposées seront là et d’autres s’ajouteront à la liste.

Pour participer à un des ateliers "Culottes Parlottes" ou plus pour d’infos : rendez-vous sur la page Facebook de Pierre Papier Ciseaux ou sur le site de Valérie Provost.


 

Si vous souhaitez contacter l’équipe des Grenades, vous pouvez envoyer un mail à lesgrenades@rtbf.be. 

Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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