Les algorithmes seraient défavorables aux musiciennes

Les algorithmes défavorables aux femmes artistes, le jeunisme et la grossophobie plus que jamais présents, la critique musicale sexiste et la question de la place des femmes dans  le jazz et le métal. Tour d’horizon des dernières semaines.  

Pendant que certain·es se posent des questions existentielles comme "a sniffé" ou "n’a pas sniffé", l’industrie musicale elle continue gentiment dans l’ombre son travail de "déséquilibriste". 

Des chercheurs ont ainsi récemment démontré à quel point les algorithmes des plateformes de streaming étaient numériquement tronqués. En témoigne l’enquête réalisée sur des gros sites de musique en ligne comme Spotify ou Apple Music et qui démontre que les outils de recommandation (qui jouent un rôle de plus en plus central dans la consommation de musique) sont clairement défavorables aux artistes féminines.


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Les scientifiques ont aussi analysé les écoutes d’environ 330 000 utilisateurs pendant neuf ans et le résultat est sans appel : seuls 25 % des artistes streamés étaient des femmes.

Mi-mai, c’est à un déluge de tweets insultants que la chanteuse française Louane a dû faire face suite à sa prestation lors de la finale du télécrochet The Voice auquel elle avait participé il y a plusieurs années. Mais nullement question de musique ici, la jeune femme a essuyé une pluie de commentaires complètement déplacés sur son physique sur les réseaux sociaux. Une grossophobie à laquelle elle a répondu à son tour par un tout simple "Love myself tho" (Je m’aime quoi qu’il en soit) mais qui illustre bien le body shaming ambiant et le culte de la minceur à la télévision. 

C’est un peu dans le même ordre d’idée que la chanteuse belge Biche de Ville a sorti courant avril le titre "Rides" qui évoque, je cite, "un désir brûlant de voir les rides sur le devant de la scène et pour dénoncer notre société patriarcale où les injonctions faites aux femmes sont légions, où sexisme et âgisme font loi. Nous avons besoin de nouveaux modèles, de représentations des femmes quelque soit leur âge dans les médias, dans la culture, sur les réseaux, partout! Au culte du plastique, il est temps de passer à celui de l’authentique!".

Elle explique aussi dans une vidéo des Grenades les conseils qu’elle a pu en son temps recevoir sur le fait de plutôt proposer sa musique à des artistes plus bankable, plus jeunes ou plus jolies. Peu ou prou le même genre de remarque que pour la chanteuse Hoshi.


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Aucun genre musical n’est épargné

Sans entrer dans les clichés, on a souvent évoqué en ces lignes et sur notre page les nombreux travers de genres musicaux majeurs comme le hip-hop, le rock ou l’électro. Mais l’invisibilisation des femmes artistes n’est donc pas l’apanage d’un genre en particulier.

Ainsi, on apprend via cet excellent dossier des Grenades que malgré le fait que bon nombre de femmes ont fait swinguer le jazz, assez peu d’entre elles ont connu ne fut-ce qu’une gloire éphémère. La journaliste nous invite d’ailleurs pour illustrer ses propos à taper dans un célèbre moteur de recherche "artistes jazz" pour vérifier. Et nous confirmons… C’est assez éloquent !

Autre genre que l’on pensait (à tort) quelque peu épargné, celui du métal. Or, cette semaine, le site d’information français Médiapart a sorti une enquête assez accablante sur ce milieu "hyper masculin" qui cache une toxicité pour les femmes qui en font partie. Des témoignages édifiants de musiciennes, de spectatrices et de professionnelles du secteur qui démontrent que de nombreuses dérives y sont aussi présentes.   

On peine à trouver des femmes dans le milieu du journalisme musical, et toutes vos rédactions préférées sont loin d'être paritaires

Dans la critique musical

On termine enfin ce constat global assez sombre par un autre biais, celui de la critique musicale. Et on le fait via une question posée par le, comme souvent, très pertinent webzine belge Goûte Mes Disques dans un de ses nouveaux dossiers : "La critique musicale est-elle sexiste et raciste?"

Si l’on ne développera pas le second volet du titre en ces lignes, force est de constater qu’on abonde assez dans le sens de ce qui est écrit ici concernant le premier: "… la critique musicale est majoritairement et massivement le fruit de l'opinion des hommes. On peine à trouver des femmes dans le milieu du journalisme musical, et toutes vos rédactions préférées sont loin d'être paritaires – à commencer par la nôtre, à notre grand dam. La musique est un milieu d'hommes commenté par des hommes. Nécessairement donc, les biais sexistes dans l'expression de l'opinion sont légion dans la critique musicale telle qu'elle a été écrite ces trois derniers siècles. De fait, la critique musicale n'y est pas pour rien dans le processus d'invisibilisation des femmes et des " minorités " dans le paysage musical francophone – elle n'en est pas le seul facteur, évidemment, mais elle fait partie du " package".

Nous avons besoin de nouveaux modèles, de représentations des femmes quelque soit leur âge dans les médias, dans la culture, sur les réseaux, partout !

Pour contrecarrer un peu ce courant global, on invite donc tout un chacun.e à consulter le fanzine français Ventoline qui revendique sa critique musicale non-phallocrate. 32 pages, composées de textes, de dessins, et quelques photos et un tout autre prisme pour analyser la musique.


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Histoire de terminer sur des notes positives, on citera également quelques initiatives qui nous réjouissent comme celle lancée par le Brass, le centre culturel de Forest, nommée sidenci.elles pour mettre en avant des artistes locales en pleine pandémie ou encore la création de la newsletter "L’émoustille" par 4 amies qui proposera une fois par mois, de découvrir des artistes femmes qui les ont bouleversées. "On va présenter des œuvres qui nous émeuvent, nous questionnent, nous aident à nous déconstruire. Celles qu’on n’entend pas assez, qu’on ne voit pas assez. Des découvertes culturelles en tous genres et pour tous les goûts". On a hâte ! 

Les clips à retenir sortis ces dernières semaines

Celui de la chanteuse bruxelloise Lou K accompagnée par 3 musiciennes bien connues de la scène musicale belge pour une session dans laquelle on peut découvrir les titres "Monstre" et "Dormir". 

Et enfin, l’immense coup de cœur pour l’immense rappeuse anglaise Little Simz et son clip incroyable pour le titre "Introvert".


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David Salomonowicz est journaliste et créateur de la page En Musique Simone.

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Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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