Le rôle des femmes n'est pas de rester belles durant le confinement

Dans la série Mad Men, Betty Draper incarne la femme au foyer tirée à quatre épingles et... dépressive!
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Dans la série Mad Men, Betty Draper incarne la femme au foyer tirée à quatre épingles et... dépressive! - © Tous droits réservés

Elles sont infirmières, doctoresses, aides-soignantes, aides-familiales ou à domicile, techniciennes de surface, caissières, éducatrices ou encore institutrices. Elles assurent des métiers essentiels et souvent dévalorisés qui nous permettent de continuer à vivre. Les femmes, en première ligne sur le front du coronavirus, n’échappent pas au sexisme qui se répand presqu’aussi vite que le virus. Sur les réseaux sociaux, les blagues sexistes pullulent. Quant aux magazines féminins, ils multiplient les diktats esthétiques. Une femme doit rester à son avantage en toutes circonstances.

"Il faut rester belles, quoi qu’il arrive, comme si notre fonction première était d’être désirable", explique Sophie Barel, doctorante à l'Université Rennes 2, paraphrasant Simone de Beauvoir. Dans son essai "Le Deuxième sexe", la philosophe féministe avance : "La suprême nécessité pour la femme, c'est de charmer un cœur masculin. Même intrépides, aventureuses, [...] c'est la récompense à laquelle toutes les héroïnes aspirent et le plus souvent il ne leur est demandé d'autre vertu que leur beauté."

Avec le coronavirus, on pensait qu’on nous ficherait un peu la paix avec notre apparence. Qu’on lèverait le pied avec ces injonctions. Apparemment, même confinée, une femme se doit de rester séduisante.

Face à la crise du Covid-19, doit-on encore se soucier de la couleur de notre teint pour paraître plus présentable devant nos collègues ?

Florilège de quelques articles, qui apparaissent de plus en plus déconnectés de la réalité : "Racines, frange, pointes… Nos conseils et astuces pour entretenir sa coupe de cheveux toute seule à la maison", "Confinement : manucure, soins, tri… 7 activités beauté faciles à faire à la maison", "3 erreurs qui enlaidissent lors d’une conversation vidéo".

Ainsi, on peut lire, concernant celles qui renoncent désormais à leur séance de maquillage quotidienne : "Si ce choix est totalement compréhensif et bon pour prendre soin de sa peau, rien de vous empêche de ressortir votre trousse à maquillage pour vous préparer à un appel vidéo". Face à la crise du Covid-19, doit-on encore se soucier de la couleur de notre teint pour paraître plus présentable devant nos collègues ?

Autre article : "Coronavirus : comment ne pas prendre de kilos pendant la crise". "Il faudra, précise le magazine féminin, prouver que votre volonté est parée à toute épreuve." Ah, le marronnier des régimes, ça faisait longtemps. Ben oui, même si les vacances risquent bien de passer à la trappe, il faut s’atteler à façonner un corps de déesse avant l’été. On ne sait jamais

Mais au fait, en quoi prendre quelques kilos est grave pour notre santé? Car la santé, c’est bien la priorité du moment non? En plus d’être grossophobe, cette injonction à rester mince est hyper culpabilisante. Les femmes doivent prouver qu’elles ont de la volonté.

Alors que les femmes sont en première ligne pour combattre la pandémie, les blagues sexistes ne passent plus.

Sur les réseaux sociaux aussi les injonctions à rester belle et mince se répandent en mode "LOL". Alors qu’un tiers de l’humanité se bat contre une pandémie, la question qui préoccupe est de savoir à quoi ressembleront les femmes à la fin du confinement.

La charge esthétique, cette autre charge mentale des femmes

S’épiler les gambettes, camoufler ses cernes, se limer les ongles, colorer ses repousses grises, porter un soutien-gorge pour arrondir et remonter sa poitrine, rentrer le ventre pour enfiler un jeans moulant. Les femmes dépensent tous les jours beaucoup de temps, d’énergie et d’argent pour se rendre belles et désirables. On appelle cela la charge esthétique.

" Le pire, c’est qu’on essaye et on arrive souvent, à nous faire croire que ces impératifs répondent à nos besoins profonds, qu’ils sont une chance pour s’épanouir et non un poids pour alourdir nos journées", résume très bien Titiou Lecoq dans son essai " Libérées, le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale ". L’autrice et journaliste féministe précise : "S’épiler ou se faire un gommage n’est pas délassant".

 

S’épiler ou se faire un gommage n’est pas délassant

 

Le mantra de Freud est bien connu : "Les hommes désirent, les femmes désirent être désirées". Les hommes sont les sujets du désir, les femmes sont les objets du désir. On nous l’apprend dès le plus jeune âge. Les femmes ont intériorisé le fait d’être constamment regardées, observées, scrutées, critiquées. La société attend d’elles qu’elles ne soient ni trop maigres, ni trop fortes, ni trop grandes, ni trop petites, ni trop ceci, ni trop cela.

Les canons de la beauté sont tellement stricts qu’ils en deviennent inatteignables, entraînant chez les femmes "une dévalorisation systématique de leur physique, l’anxiété et l’insatisfaction permanente de leur corps", déplore Mona Chollet dans son essai "Beauté fatale – Les nouveaux visages d’une aliénation féminine".

Confinement oblige, le laisser-aller jadis réservé au week-end s’est étendu à la semaine

Profitons donc de l’arrivée dans notre quotidien du Covid-19 pour changer la donne. Au fil des jours, la nonchalance a gagné du terrain. Et c’est très bien comme cela.

Le confinement n’est pas une retraite spirituelle pour perdre du poids, rester belle ou essayer de nouveaux vernis. Et oui, le jogging est plus confortable qu’un jeans cintré. Oui, les femmes ont mieux à faire que s’enfermer dans la salle de bain pour faire un gommage quand elles ont vingt minutes de temps libre. Oui, manger est aussi une source de réconfort en cette période particulièrement anxiogène.

 

 

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Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.