Le Matrimoine wallon mis à l’honneur à la Cité Miroir de Liège

C’est en plein cœur de Liège, dans les anciens bains et thermes de la Sauvenière que l’exposition itinérante “Matrimoine” a posé pour la première fois ses valises, jusqu’au 17 octobre. Présentée sous la forme d’un parcours photographique, elle nous fait voyager entre différents lieux emblématiques du matrimoine wallon.

Pourriez-vous me citer deux rues qui portent le nom d’une femme” commente Thomas Franck, chargé de projet et responsable de l’exposition. “C’est la question que je pose aux visiteurs, dès leur arrivée. Bien souvent, ils ne peuvent pas me répondre”. Une entrée en matière directe et concrète, pour questionner la place donnée à la femme dans l’espace public, transformer le regard et interroger le processus d’invisibilisation.

L’histoire ne va pas de soi. Elle a été transmise avec un certain point de vue, celui de ceux qui maîtrisent les outils de transmissions. Un passage de témoin historique biaisé qui aura été jusqu’à occulter le terme de matrimoine, que d’aucuns dénoncent être un néologisme vide de sens. Pourtant, du XIIe au XVIIe siècle le mot fût largement employé avant d’être abandonné au profit de “patrimoine”, comme pour témoigner d’une histoire teintée de domination masculine.

5 thématiques pour une histoire commune

L’exposition, qui rassemble 20 clichés de Valentin Bianchi, est articulée autour de 5 thématiques. L’architecture, les résistantes, les lieux de luttes sociales, l’écriture et l’occupation contemporaine de l’espace public. De Dinant à Liège en passant par Dour, les photographies parcourent le paysage matrimonial wallon sans préférence géographique, sociale ou historique. A travers ces images de lieux emblématiques, témoins de l’histoire passée ou contemporaine wallonne, l’exposition aborde de nombreuses thématiques chères aux féministes. Les grilles de lecture sont multiples, les luttes se recroisent.


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L’exemple de la passerelle dite “La Belle Liégeoise” à Liège : L’invisibilisation d’une femme et l’hommage raté ?

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© Valentin Bianchi

Cette voie piétonne passant au-dessus de la Meuse reliant le quartier des Guillemins au parc de la Boverie est bien connue des habitants de la cité Ardente. Ce que très peu d’entre eux savent, c’est que derrière cette dénomination se cache une femme, Anne-Josèphe Théroigne, une femme historique qui, en son temps, participa à la Révolution de 1789, à Paris. “Ce qui est paradoxal, c’est que ses contemporains ne l’ont jamais appelé "La Belle Liégeoise"”, glisse Thomas Franck. Le choix d’un nom féminin pour la Passerelle répond à une volonté politique de féminiser les dénominations dans l’espace public.

Peut-on imaginer un jour assister à l’inauguration d’une passerelle du “Beau Montois” ?

Cependant l’attribution de ce surnom est contre-productive. “Qu’un surnom posthume ait été préféré à son patronyme de naissance n’atteint pas l’objectif politique souhaité ; il est même en contradiction flagrante avec les intentions initiales proclamées, car il contribue plutôt à maintenir l’invisibilité persistante des femmes dans l’espace public”, explique Paul Delforge, directeur de recherche à l’Institut Destrée, dans le livre Matrimoine, quand les femmes occupent l’espace public, disponible sur le lieu de l’exposition.


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Autre fait interpellant, l’attribution d’un qualificatif stéréotypé au monument. “Peut-on imaginer un jour assister à l’inauguration d’une passerelle du “Beau Montois” par-dessus les voies de la gare du chef-lieu du Hainaut ? Jamais, sans doute ce que l’on se permet à l’égard des femmes ne se ferait avec des hommes”, embraye Paul Delforge.

La mise en lumière de la Citadelle de Namur pour un espace plus safe

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© Valentin Bianchi

D’autres thématiques, plus contemporaines cette fois, sont abordées dans l’exposition. “Par rapport à la Citadelle de Namur, mise en lumière par l’architecte-urbaniste Isabelle Corten, ce qui nous a intéressés, c’est d’expliquer en quoi il est important d’organiser l’espace public pour qu’il soit safe,” explique Franck Thomas. Pour la plupart des femmes, sortir seule le soir nécessite toute une série de précautions et une mise en place de stratégies pour éviter ce qu’elles considèrent comme dangereux.


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Les femmes et les hommes ont une façon différente d’appréhender l’espace public. “Le sentiment d’insécurité des femmes devrait systématiquement faire l’objet d’attentions particulières de la part des architectes urbanistes. Cette manière d’envisager les aménagements ne coûte pas plus cher et augmente le bien-être de tous et toutes, pas seulement des femmes jeunes et en bonne santé mais aussi des personnes âgées des deux sexes et des personnes à mobilité réduite.” écrit à ce propos Nicole Van Enis, du collectif Liégeois Barricade dans son étude La place des femmes dans l’espace public.

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Deux garçons jouent au football dans la cour du collège Léonie de Waha, à Liège © Valentin Bianchi

Informations pratiques

L’exposition, fruit d’un collectif de chercheuses et chercheurs wallons qui ont répondu à l’appel lancé par MNEMA asbl, restera à la Cité Miroir jusqu’au 17 octobre mais est destinée à voyager en Wallonie. Des extraits vidéos sont proposés tout au long du parcours, il est dès lors recommandé de vous munir d’écouteurs. Prix d’entrée : 1 euros.


Le shot des Grenades - Les journées du matrimoine

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Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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