Le festival "Elles tournent" met les réalisatrices en lumière

Le festival "Elles tournent" met les réalisatrices dans la lumière
Le festival "Elles tournent" met les réalisatrices dans la lumière - © Tous droits réservés

Pouvez-vous citer le nom de 3 réalisatrices belges ? Connaissez-vous des réalisatrices françaises, américaines ou chinoises ?

Il n’est à priori pas étonnant d’avoir du mal à en trouver : les réalisatrices sont largement invisibilisées et ne sont pas souvent mises en avant dans les programmations des cinémas et autres rétrospectives. C’est le constat de l'autre collectif belge "Elles font des films" qui rassemble plus de 200 membres; autant de femmes actives dans le monde du cinéma bien décidées à questionner le sexisme du milieu et, notamment, le sous-financement des réalisatrices. Entre 2010 et 2015, le Centre du Cinéma a par exemple soutenu 100 productions de longs métrages portés par des hommes et seulement 25 par des femmes. Les étudiantes sont pourtant majoritaires dans les écoles de cinéma en Belgique. "Ce que les gens ignorent, c’est que nous avons un cinéma d’Etat dans notre pays qui vit grâce aux subventions. Cette invisibilisation des femmes est donc aussi une question d’argent public, à qui est-ce qu’on le donne. C’est pareil en France et c’est donc également sur cet aspect que se sont concentrées certaines critiques du dernier film de Polanski : il a été financé avec de l’argent public", souligne Marie Vermeiren, réalisatrice, membre du collectif et directrice du festival Elles Tournent.

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Aucune femme n’est présente dans la liste des nommés dans la catégorie "Meilleur réalisateur". Des internautes ont également critiqué le manque de diversité des nommé.e.s sous le hashtag #BAFTAsSoWhite

 

" Et la femme créa Hollywood "

Dernière polémique en date : le 13 janvier, les Oscars dévoilaient la liste des nommé.e.s pour leur édition 2020 pour la cérémonie. Aucune femme n’est présente dans la liste des nommés dans la catégorie "Meilleur réalisateur". Des internautes ont également critiqué le manque de diversité des nommé.e.s sous le hashtag #OscarsSoWhite. Il y a une semaine, c'était les British Academy Film Awards (BAFTA) qui étaient critiqués pour exactement ces deux mêmes raisons. Des critiques déjà adressées aux Golden Globes ces dernières années. Ce n’est d’ailleurs que récemment que Les Magritte du cinéma ont remplacé la catégorie "Meilleur réalisateur" par "Meilleure réalisation".

Un oubli qui remonte à loin comme le montrent les réalisatrices, Clara Kuperberg et Julia Kuperberg, dans leur documentaire "Et la femme créa Hollywood". Elles y rappellent les noms des pionnières du cinéma oubliées de l’Histoire et de notre mémoire collective parmi lesquelles Alice Guy, réalisatrice du premier film parlant, et Lois Weber qui a réalisé plus de 300 films en dix ans dont le tout premier film en couleurs.

12ème édition du festival Elles Tournent

Déjà 12 ans que le festival Elles Tournent a été créé en Belgique pour sortir de l’ombre le travail des réalisatrices. Cette année encore, la programmation présente un grand nombre de fictions, documentaires et courts métrages inédits axés sur le droit des femmes à prendre leur place dans la société et sur la quête d’identité. Une vingtaine de réalisatrices issues des quatre coins du monde feront le déplacement pour rencontrer le public.


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Pour la séance d’ouverture, qui aura lieu au Bozar ce 23 janvier, l’équipe a fait le choix audacieux de présenter le film " Muidhond " de la réalisatrice belge Patrice Toy, un film sans concession, ni tabou, sur la pédophilie qui viendra marquer durablement les esprits des spectatrices et spectateurs alors que l’affaire Matzneff a rappelé l’urgence de traiter cette question collectivement pour toutes les victimes.

"Rule Number One", une comédie de la réalisatrice nigériane Lyndsey Efejuku, promet quelques éclats de rire dans la salle le vendredi 24 janvier.

 

Face au regard masculin omniprésent dans le cinéma actuel, le festival Elles Tournent répond par son mot d’ordre : "Regarder le monde par les yeux des femmes, c'est élargir son champ de vision de 180 degrés

Autre moment fort du festival, la séance " Et après, on va où ? " du samedi 25 janvier, consacrée aux cours métrages sur la migration. On pourra notamment voir "À l'usage des vivants" de Pauline Fonsny sur l’assassinat de Semira Adamu, ainsi que " Le choix de Danielle " de Safia Kessas.

Les artistes femmes seront mises à l’honneur le dimanche 26 janvier avec deux documentaires : "A Red Carpet to Asta Nielsen" d’Eva Tind sur la vie de l’actrice Asta Nielsen qui a été l’égale de Charlie Chaplin avant d’être oubliée et "The Rest I Make Up" de Michelle Memran, un portrait de Maria Irène Fornès, référence de l’underground théâtral new-yorkais dans les années 60-70. De belles découvertes en perspective.

Face au regard masculin omniprésent dans le cinéma actuel, le festival Elles Tournent répond par son mot d’ordre : "Regarder le monde par les yeux des femmes, c'est élargir son champ de vision de 180 degrés".

Festival Elles Tournent, du 23 au 26 janvier 2020, séance d’ouverture le 23 janvier au Bozar, le reste de la programmation a lieu au Vendôme

 

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