La Sister's House déménage pour continuer à héberger les femmes migrantes

La Sister's House déménage pour continuer à héberger les femmes migrantes
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La Sister's House déménage pour continuer à héberger les femmes migrantes - © Tous droits réservés

Une photo sur laquelle une femme tient fermement une clé. C’est comme cela que la Sister’s House communiquait avoir trouvé début novembre un nouveau bâtiment pour le projet, à une adresse tenue secrète. Ce dispositif d’accueil, d’orientation et d’accompagnement en non-mixité a été créé par et pour les femmes par la Plateforme Citoyenne de Soutien aux Réfugiés.

Au départ, la Plateforme citoyenne était présente au Parc Maximilien pour organiser l’hébergement des migrants dans des familles, explique Adriana Costa Santos qui a participé à la création de la Sister’s House. “On a vite découvert que les femmes migrantes n’osaient pas faire appel à nous pour être hébergées, de crainte d’être agressées sexuellement chez les personnes qui hébergent, et qu’elles n’osaient pas non plus faire appel à toutes nos associations partenaires qui proposent un suivi psycho-médico-social, Médecins du monde, Médecins sans frontières et la Croix-Rouge. Elles avaient peur de se mettre en danger”.

Un parcours de violences

Un danger qu’elles ont vécu de plein fouet. Si le parcours migratoire est d’une grande violence pour nombre de migrant.es, les femmes subissent quant à elles des violences bien spécifiques sur leur chemin.

Leur parcours commence déjà par des mariages forcés, des mutilations génitales ou d’autres dominations dans leur pays d’origine. Il y a une maltraitance générale parce qu’elles sont des femmes, parfois elles fuient pour cette raison. Ensuite, comme la traversée des frontières n’est pas sûre et légale pour elles, elles vont devoir trouver la protection de passeurs et des abus sexuels se produisent. Elles passent souvent par la Libye, on sait qu’il y a de l’esclavage sexuel dans ce pays”, précise Adriana Costa Santos.


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Des violences qui se poursuivent une fois arrivées en Belgique, certains hommes profitant de la situation de vulnérabilité des femmes migrantes. “Nous avons accompagné des femmes qui restaient à la Gare du Midi et à qui des hommes ont proposé un hébergement. Elles se sont retrouvées séquestrées et ont subi des abus de la part de ces hommes. Il est difficile pour elles de porter plainte et que la prise en charge de leurs agressions sexuelles se fasse au niveau juridique”, s’insurge-t-elle.

On a vite découvert que les femmes migrantes n’osaient pas faire appel à nous pour être hébergées, de crainte d’être agressées sexuellement

Au niveau de l’accompagnement psycho-médical, c’est compliqué aussi car elles pensent que nous faisons partie du même État qui envoie la police et lâche les chiens lors des rafles, qui les enferme en centre fermé”, continue-t-elle.

Déménagements et confinement

La création de la Sister’s House permet de restaurer une certaine confiance. Elle s’ouvre en novembre 2018, d’abord grâce à deux appartements mis à disposition par la commune d’Ixelles via un contrat d’occupation précaire. En janvier 2020, le contrat arrive à sa fin. Une lettre d’interpellation auprès des communes bruxelloises et des propriétaires privés est signée par 8000 personnes en trois jours. Un propriétaire privé propose une maison médicale, les femmes hébergées y trouvent refuge tout juste avant le début du premier confinement en mars.

Nous sommes restées confinées avec 40 d’entre elles durant 62 jours sans avoir aucun cas positif de coronavirus. Le plus difficile était de maintenir leur santé mentale, surtout parce qu’il y a des problématiques de stress post-traumatique. Heureusement, nous avons pu compter sur 60 nouvelles bénévoles qui ont proposé énormément d’activités à faire : du sport, des projets artistiques, des cours de langues, etc.”, relate Adriana Costa Santos.


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Le projet était à la recherche d’un autre bâtiment et vient de le trouver, grâce à un nouveau propriétaire privé. Ce bâtiment permet la création de 80 places, soit le double de l’ancien. L’emménagement aura lieu le 17 novembre.

Il est important de dire que si la Sister’s House pouvait offrir 26 places au début du projet, on pouvait compter tout un réseau de citoyennes qui étaient informées sur les spécificités de l’accueil de femmes migrantes. Cela nous a permis, l’hiver passé, d’héberger jusqu’à 171 femmes. En moyenne, nous accueillons environ 70 femmes chaque soir”, souligne l’activiste. Les places que permettent le nouveau bâtiment sont donc plus que bienvenues, d’autant que cela permet de mieux respecter la distanciation sociale.

Cela a eu un impact assez visible dès les premiers mois de la Sister’s House où on voyait de plus en plus de femmes marcher ensemble

Au Parc Maximilien, les femmes étaient toujours isolées dans des groupes d’hommes, on en connaissait une vingtaine. Dès le départ de la Sister’s House, le mot a commencé à circuler qu’il existait un lieu en non-mixité, géré par des femmes bénévoles qui pouvait les héberger avec leurs enfants, qui offraient un encadrement, de quoi se nourrir, se laver, trouver des produits de première nécessité. On a alors rencontré plus de 60 femmes. Elles se cachaient dans la ville pour se protéger, elles étaient invisibles mais elles étaient en Belgique depuis déjà longtemps, 6 mois pour certaines”, poursuit-elle.


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Sororité

Au sein de la Sister’s House, et contre cet isolement des femmes, l’aspect collectif est encouragé. “Les femmes hébergées participent à accueillir les nouvelles et à les aiguiller vers les services si besoin, à traduire pour les autres dans la maison ou en-dehors. Cela a eu un impact assez visible dès les premiers mois de la Sister’s House où on voyait de plus en plus de femmes marcher ensemble vers là où elles devaient aller. Elles nous ont raconté aussi qu’elles faisaient des tours de garde quand elles dormaient dehors, l’une d’entre elles reste réveillée pour surveiller les autres. Les règles de la vie dans la maison sont également décidées collectivement”, soutient-elle.

Ce dispositif d’urgence ne reçoit pas de soutien des pouvoirs publics pour l’instant. Il est entièrement géré par une équipe de bénévoles grâce à des dons privés, et ce malgré que la Belgique soit signataire de la Convention d’Istanbul qui reconnait la vulnérabilité des femmes migrantes et demandeuses d’asile et exige que l’État en tienne compte.

Pas d’aide structurelle 

Pourtant, dans son chapitre sur la migration, l’accord du gouvernement fédéral ne cite pas une seule fois le mot “femme”. Interrogée par axelle magazine, Fabienne Richard, directrice du Groupe pour l’abolition des mutilations génitales (GAMS) et fine observatrice de la politique migratoire belge critique l’utilisation de ce discours neutre : “C’est comme si on avait peur d’utiliser les bons mots […] Elles subissent des violences genrées. Il est très difficile de le faire reconnaître comme un motif d’asile valable une fois en Belgique”.

Reste l’accord de coalition du gouvernement bruxellois qui prévoyait en 2019 l’ouverture d’un centre pour femmes migrantes, célibataires ou accompagnées de mineures. “On attend une aide plus structurelle, surtout à l’approche de l’hiver”, termine Adriana Costa Santos.


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Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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