"La santé en lutte" donne la parole à celles qui soignent

La santé en lutte, masqué.e.s mais pas muselé.e.s
La santé en lutte, masqué.e.s mais pas muselé.e.s - © La santé en lutte

Tous les jours depuis le début de la crise sanitaire, sur les réseaux sociaux, La santé en lutte, réveille les consciences. Ce mouvement qui appelle au refinancement du système de santé tire la sonnette d’alarme depuis plusieurs mois. Aujourd’hui, face à la situation dramatique, leur message résonne plus que jamais…

La crise sanitaire que nous sommes en train de traverser met en lumière les failles de notre système de santé. Manque de moyens, personnel épuisé, précarité, les professionnels du secteur dénoncent depuis des années les politiques budgétaires des autorités en matière de santé. Une colère exprimée à travers les Mardis des blouses blanches, des articles d’opinions ou encore le collectif belge La santé en lutte. Si aujourd’hui, tous sont sur "le pont", les professionnels de la santé appellent la population à ne pas oublier pour préparer l’après…

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Quand elles s’arrêtent, tout s’arrête

Malika est médecin à l’hôpital St Pierre et membre de la santé en lutte : "Tout a commencé lors de la première grève féministe le 8 mars 2019, lorsque les infirmières de Brugmann ont décidé de faire grève pour la première fois depuis des années. A la suite de leur action, plusieurs hôpitaux ont suivi. Le mouvement a, petit à petit, pris de l’ampleur. Un réseau s’est constitué, plusieurs rassemblements ont été organisés et une pétition a été lancée."

Lors d’une grande Assemblée Générale le 13 septembre 2019, une liste de revendications a été votée. "Nous luttons entre autres contre la précarité des conditions de travail, la flexibilisation laborale, le manque de moyens. Le réseau de La Santé en lutte a la volonté de centraliser des soignant.e.s des hôpitaux mais aussi de tout le secteur de la santé", continue la médecin.

Si au niveau des médecins, la parité hommes femmes est plus ou moins atteinte, la plupart des autres métiers sont largement dominés par des femmes

Un secteur particulièrement féminisé. Si au niveau des médecins, la parité hommes femmes est plus ou moins atteinte, la plupart des autres métiers sont largement dominés par des femmes. Selon Statbel en 2019, 98% des aides-soignants à domicile, 91,8% du personnel infirmier (niveau intermédiaire), 86,6% des cadres infirmiers et 91,1% des aides-soignants en institution étaient des femmes. Le mouvement La santé en lutte, compte d’ailleurs (et naturellement) une majorité de femmes. "Elles sont les premières à souffrir de la précarité des métiers de la santé. On est toujours appelables. La majorité des contrats sont à temps partiels. Nous voulons visibiliser la précarité de cette situation dans tous les secteurs de soin." Quelques chiffres pour mettre en lumière le travail des soignantes : en Belgique, 47% du personnel soignant travaille à temps partiel et 18% travaille la nuit. Ce personnel soignant est composé à 80% de femmes.

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Les femmes en première ligne

La photo de l’infirmière, Élena Pagliarini, endormie sur un bureau a fait le tour des réseaux sociaux. L’italienne est devenue symbole de ces femmes qui partout dans le monde sont en première ligne pour soigner les malades.  "La pandémie de COVID-19 n'est pas seulement un problème de santé. C'est un choc profond pour nos sociétés et nos économies, et les femmes sont au cœur des efforts de soins et d'intervention en cours. En tant que répondantes de première ligne, professionnelles de la santé, volontaires communautaires, responsables des transports et de la logistique, scientifiques et plus encore, les femmes apportent une contribution essentielle pour lutter contre l'épidémie chaque jour", explique l’ONU Femmes.

Le magazine scientifique britannique The Lancet a publié une enquête menée par trois chercheuses dans laquelle, il est rappelé l’importance d'intégrer une analyse de genre dans les impacts causés par les épidémies, y compris le Covid-19. The Lancet souligne d’ailleurs un paradoxe remarqué partout à travers le monde : les femmes sont majoritairement exposées aux épidémies parce qu’elles prennent soin des malades mais elles sont sous-représentées dans les organes de prise de décisions de lutte et de stratégies contre les pandémies, tant d’un point de vue national que mondial.

Nous ne sommes pas des héros

Ce personnel soignant que la population applaudit chaque soir à 20h, sont donc des soignantes pour la plupart. Ce mot "héros" répété sans cesse contribue à l’invisibilité des femmes, même si bien-sûr de nombreux hommes travaillent à leurs côtés. Par ailleurs, le champ lexical de la guerre largement utilisé tronque la réalité des travailleuses et travailleurs de terrain. "Nous ne sommes pas pour l’héroïsation utilisée par les autorités parce que le héros ne demande rien, nous, on veut un financement de la santé. Et cette crise que nous traversons montre les déficiences dues aux coupes budgétaires qui ont été réalisées", explique Malika.

Pour rappel, entre 2014 et 2018 (Gouvernement Michel), la croissance du budget des soins de santé était de "seulement" 1,5%, contre 4,5% sous la législature précédente. "Nous ne sommes pas des héros. L’héroïsation du personnel de la santé nous musèle. Un héros ou une héroïne, ça ne demande pas plus d’effectifs ou plus de matériel. Une héroïne, c’est exploitable à merci, un héros, ça se donne pour les autres, corps et âme ! (…) Ça suffit de laisser le petit peuple se crever à la tâche et servir de chair à canon pendant que la classe dirigeante reste bien au chaud à compter les sous", a publié le mouvement dans un message.

En tant que répondantes de première ligne, professionnelles de la santé, volontaires communautaires, responsables des transports et de la logistique, scientifiques et plus encore, les femmes apportent une contribution essentielle pour lutter contre l'épidémie chaque jour

Une situation catastrophique

"Sur le terrain, la situation varie d’un hôpital à l’autre. Ce qui est catastrophique, c’est qu’il n’y ait pas de stratégie nationale. Chaque hôpital s’organise comme il peut. Les masques, le matériel, les respirateurs varient selon les dons de la population, la solidarité et le degré de privatisation de l’institution. C’est très compliqué. Le personnel est épuisé. Les normes changent tous les jours. On doit porter un masque pendant deux-trois jours, ne pas retirer la blouse parce qu’il n’y a pas assez de bouse. Dans certains hôpitaux, ils doivent travailler en prenant beaucoup de risques. Chacun.e se débrouille comme il ou elle peut. On va vers un épuisement du personnel", alerte la médecin.

Ce qui est catastrophique, c’est qu’il n’y ait pas de stratégie nationale. Chaque hôpital s’organise comme il peut

En effet, sur les réseaux sociaux, à travers des tribunes dans les médias, le personnel de la santé multiplie les appels à l’aide, aux dons face à la pénurie. "L’Etat a failli et n’a pas produit et ne compte toujours pas fournir du matériel en suffisance pour protéger tout le personnel hospitalier ou extra hospitalier. Le résultat est alarmant : dans la plupart des unités de soins, le personnel ne dispose pas de matériel adéquat et en suffisance ! Pire, le personnel est mis sous pression pour NE PAS mettre les protections nécessaires, sous prétexte de gaspillage !", a relaté La santé en lutte. Les soignant.e.s, eux, sont de plus en plus nombreux à témoigner de la peur d’être porteuses et porteurs du Covid-19, elles et ils ne peuvent se confiner et donc courent le risque contaminer d’autres patients, d’autres soignant.e.s ou leurs proches

Appel à la mobilisation

Un grand rassemblement était prévu ce 29 mars, il a bien évidement été reporté. Au-delà des applaudissements, le mouvement invite la population à relayer leurs revendications en affichant leurs messages aux fenêtres. "Avec cette crise, beaucoup de personnes se rendent compte de l’importance de la santé. De l’importance d’un réseau solide d’hôpitaux publics. La solidarité de la population est importante, c’est super les applaudissements mais, on invite les citoyen.nes à nous rejoindre et à lutter pour un système de santé solide. Une fois que la crise sera terminée, on va mobiliser tout le secteur de la santé et de celles et ceux qui sont concerné.e.s."

Avec cette crise, beaucoup de personnes se rendent compte de l’importance de la santé

Après le Covid-19, la lutte sera loin d’être terminée. "Après la crise, il faudra continuer à travailler, et affronter la crise sociale et économique annoncée. Il faudra soigner les personnes qui auront subi des reports de soin, qui auront été très angoissées, mal logées. Un bon système de santé doit être une priorité."

Un jour, la pandémie prendra fin, mais, les soignantes, elles, seront toujours là.

 

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Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d'actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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