La politologue américaine Joan Tronto en Belgique : pourquoi c’est un événement ?

Personne incontournable de la pensée féministe actuelle, Joan Tronto a permis, dans les années 90, de redéfinir la notion du "care" et de l’étendre au-delà de la sphère domestique : dans la sphère publique. C’est elle qui a défini le care comme une "activité caractéristique de l’espèce humaine, qui recouvre tout ce que nous faisons, dans le but de maintenir, de perpétuer et de réparer notre monde, afin que nous puissions y vivre aussi bien que possible".

Refusant l’individualisme, elle insiste dans tout son discours sur le souci de l’autre. Et critique le capitalisme, qui privilégie les désirs (bien souvent artificiels), au détriment des réels besoins, des écosystèmes et du réel bien-être des personnes. Inutile de préciser que Joan Tronto a inspiré nombre d’autres penseuses féministes, comme la philosophe française Genevieve Fraisse.


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Le care et le Covid

On a beaucoup parlé des métiers du care depuis que la pandémie de Covid a touché la planète. Occasionnant une surcharge de travail à peine supportable pour le personnel soignant du monde entier, avec une charge mentale et émotionnelle décuplées. La pandémie qui a pointé de manière évidente également la pénurie de mains (et de cœurs) pour prendre soin des malades.

L’épidémie a en outre remis à l’avant-plan le rôle de toutes ces personnes, le plus souvent des femmes, qui prennent soin des autres depuis toujours et tout au long de leurs journées.


►►► A écouter aussi : Les Grenades – Série d’été. L’impact du covid pour les aides ménagères.


Le care et le féminisme

Le care est donc remis à l’avant-plan, mais ça fait longtemps que la notion de soin aux autres s’invite sous plusieurs angles dans les discours et débats des pensées féministes.

En effet, et pour simplifier au maximum la réflexion, les différences hommes-femmes sont en parties basées sur le fait qu’on apprend aux petits garçons à être forts et à ravaler leurs émotions. Là où on apprend aux petites filles à être sensibles et à s’occuper des autres : de leurs poupées d’abord, ensuite de la maison et du reste de leur entourage.

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Le care et la planète

Le care s’invite aussi dans les débats sur l’écologie. Et dans les discours qui mêlent patriarcat, domination masculine et saccages de la planète. En effet, il est un courant appelé l’éco-féminisme, contraction entre les mots "écologie" et "féminisme", qui met en lien la manière dont l’homme dispose des femmes et dont il dispose de la Terre.

C’est donc en partant du principe que les femmes et la nature sont victimes de la domination masculine, que l’on peut lier les questions d’écologie et les inégalités hommes-femmes avec le care.

Une hypothèse étant que le réchauffement climatique pourra seulement commencer à être enrayé par les hommes quand ils prendront réellement conscience de la nécessité de prendre soin de la terre. En d’autres mots : c’est seulement si les populations deviennent plus "caring" qu’un changement radical est possible.

Et pour cela, il faut initier les hommes aussi, quand ils sont petits garçons, à se soucier des autres, de leur bien-être et de leurs émotions. En deux mots, il faut peut-être entre autres leur enseigner l’empathie.

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Le care et l’empathie

Et l’empathie est depuis 2019 au programme d’une école primaire bruxelloise. L’institutrice (car il s’agit bien sûr d’une femme) a à cœur d’apprendre à ses petits élèves de 2e primaire à nommer et reconnaître les émotions. Une manière de rester en contact avec son propre ressenti, de l’apprivoiser, et d’apprendre à prendre l’autre en compte, en tant que sujet. Et ce, de manière similaire pour les filles et les garçons.


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L’empathie n’est pas nécessairement innée et peut totalement être enseignée. La développer permettra à tout un·e chacun·e de mieux vivre en société. Enseigner l’empathie, c’est (évidemment) né dans les pays du Nord : le Danemark a été le premier pays à inscrire l’empathie dans son programme scolaire.

Joan Tronto, bientôt à L-L-N et à Bruxelles

La politologue américaine, qui est aussi professeure émérite des universités de New York et du Minnesota, et qui milite pour la prise en considération du sexe comme critère pertinent pour penser l’économie, se verra attribuer le titre de Docteure Honoris Causa par le secteur des sciences humaines de l’UCLouvain. La cérémonie se déroulera le mardi 26 octobre à partir de 16h.

S’en suivront, dans le courant de la semaine, plusieurs rencontres et événements à Bruxelles et Louvain-la-Neuve, avec Joan Tronto.

Notamment la projection du film Overseas, suivi d’un débat (animé par Safia Kessas des Grenades) auquel participeront, entre autres, Joan Tronto et la réalisatrice Yung-A-Soon, ainsi qu’Eva Maria Jimenez Lamas (CSC et ligue des travailleuses domestiques) et Sylvie Saroléa (Juriste, UCLouvain). Débat autour du sujet de ce film documentaire, très primé, qui traite de la servitude moderne à travers le destin de femmes Philippines, souvent obligées de s’exiler ailleurs dans le monde pour travailler comme aides ménagères ou nounous.

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Image illustrant l’événement "Les états généraux du care" sur le site de l’UCLouvain, événement du 29/10/21 avec la politologue et féministe américaine, Joan Tronto. © Tous droits réservés, via UCLouvain

Les Etats généraux du care

Enfin, à l’occasion de la présence exceptionnelle de Joan Tronto, l’UCLouvain et Angela. D organisent le vendredi 29 octobre un événement intitulé : "Les états généraux du care", pour ouvrir une réflexion sur la place du care dans les sociétés post-pandémie. Il s’agira d’une rencontre d’une demi-journée, qui examinera l’éthique du care à travers, entre autres, les métiers du soin, mais aussi l’environnement, l’accès au logement, l’espace public, les migrations, etc. Cette rencontre se déroulera à la Faculté d’architecture LOCI, 47-51 rue Henri Wefelaerts, 1060 Bruxelles.

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Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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