La crise du coronavirus, entre visibilisation et invisibilisation des femmes

La crise du coronavirus, entre visibilisation et invisibilisation des femmes
La crise du coronavirus, entre visibilisation et invisibilisation des femmes - © Tous droits réservés

Cette chronique a été écrite pour l'émission radio "Les Grenades, série d'été", à retrouver chaque samedi de l'été sur La Première, de 9h à 10h.

Épisode 3 : est-ce que le Covid a eu la peau de Metoo ?

La crise sanitaire a mis en évidence l'importance des métiers majoritairement exercés par les femmes : les caissières, les infirmières, ou encore le travail du care, du soin aux autres.

C’est justement en plein confinement que j’ai pu lire un article en anglais d’Avivah Wittenberg-Cox qui a mis le feu à Internet. L’article est titré : " Qu’est-ce que les pays qui gèrent le mieux la crise du coronavirus ont en commun ? Réponse : Des femmes dirigeantes ". Citées en exemple : Angela Merkel pour l’Allemagne ou Jacinda Ardern pour la Nouvelle-Zélande.


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L'"amour" des dirigeantes

Il n’en fallait pas plus pour entendre des internautes crier au complot féministe, certains accusant l’autrice de nourrir la fameuse et bien connue guerre des sexes et de parler de la Slovaquie et la Corée du Sud, deux pays qui ont bien géré la crise et dirigés par des hommes.

L'article a créé la polémique sur les réseaux sociaux car des internautes ont aussi estimé que c’était un article "essentialiste", c’est-à-dire qui prône l’existence de caractéristiques par essence féminines, comme la gentillesse, opposées à des caractéristiques naturellement masculines. Il faut dire que l’autrice de l’article évoque l’"amour" des dirigeantes comme atout pour gérer la crise. A peine visibilisées pour leur travail, les femmes étaient donc déjà ramenées à leur supposée douceur naturelle…


►►► A lire : Non, les femmes politiques ne sont pas "naturellement" plus compétentes contre le coronavirus


Mais d’autres ont défendu le propos de l’article en disant qu’il ne s’agissait pas de biologie, mais bien de compétences et qu’il était d’ailleurs prouvé que les femmes doivent être surqualifiées si elles souhaitent atteindre les hautes sphères du pouvoir.

A peine visibilisées pour leur travail, les femmes étaient donc déjà ramenées à leur supposée douceur naturelle…

Christiane Taubira, interrogée par France Inter sur ce sujet qu’elle connaît bien, a répondu ceci : "Je pense sincèrement que des femmes dans des positions d’autorité ou de pouvoir auraient abordé les choses différemment. Plutôt que d’avoir recours à ce corpus viril, martial, elles auraient vu plus facilement que ce qui fait tenir la société, c’est d’abord une bande de femmes".


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"Prenez soin de vous, prenez soin des autres"

La Belgique a elle aussi eu une femme au pouvoir durant cette crise. Notre pays a en effet été dirigé par la Première ministre Sophie Wilmès, qui a justement été remarquée parce qu’elle s’est éloignée des discours "virils, martiaux", pour reprendre les mots de Christiane Taubira, des discours entendus dans d’autres pays dont la France et le "Nous sommes en guerre" du président Emmanuel Macron. Sophie Wilmès, quant à elle, a ponctué ses discours avec la phrase "Prenez soin de vous et des autres". Serait-ce le début d’une société du care, plutôt qu’une société de la guerre ?

En attendant la réponse, pour préparer cette chronique, j’ai tapé le nom de la Première ministre dans un célèbre moteur de recherche, qui m’a tout de suite renseigné les mots les plus recherchés aux côtés de son nom. La recherche "Sophie Wilmès discours" ne venait qu’à la septième place, bien après "Sophie Wilmès mari" ou "Sophie Wilmès mère". L’assignation est toujours bien là.


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"Une femme" est partout

Sur internet toujours, les internautes ont décidé de réagir avec humour par rapport au fait que beaucoup de titres de journaux invisibilisent les femmes. "Une femme dirige les pompiers", "le premier coronavirus a été découvert par une femme", "une femme reçoit le prix Nobel d’économie", Nom : une femme, prénom : une femme, bref cette femme a un beau parcours, elle est partout, elle fait tout. En fait, il s’agit surtout de ne pas citer le nom des femmes quand elles font des choses, du coup on ne les connaît pas.

Pour préparer cette chronique, j’ai tapé le nom de la Première ministre dans un célèbre moteur de recherche, qui m’a tout de suite renseigné les mots les plus recherchés aux côtés de son nom. La recherche "Sophie Wilmès discours" ne venait qu’à la septième place, bien après "Sophie Wilmès mari" ou "Sophie Wilmès mère". L’assignation est toujours bien là.

"Une femme" a même une page Wikipédia sur laquelle est recensé tout ce qu’elle fait, ou plutôt tous les titres de journaux qui ne citent pas les noms.

Visibilisation de leur travail et de leur quotidien d’un côté, invisibilisation de l’autre. Cela amène une question, encore plus prégnante aujourd’hui : quelle place pour les femmes dans le monde d’après ?

Est-ce que le covid a eu la peau de metoo ?

Si vous souhaitez contacter l’équipe des Grenades, vous pouvez envoyer un mail à lesgrenades@rtbf.be.

Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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