L'interdiction quasi-totale de l'avortement est suspendue en Pologne

L'interdiction quasi-totale de l'avortement est suspendue en Pologne
L'interdiction quasi-totale de l'avortement est suspendue en Pologne - © JANEK SKARZYNSKI - AFP

En Pologne, le gouvernement semble reculer face à la mobilisation de la population. Le gouvernement polonais a en effet retardé la mise en œuvre d'une décision de justice controversée du tribunal constitutionnel qui interdirait presque tous les avortements, après que cette décision ait suscité d'énormes manifestations dans le pays depuis le 22 octobre.

"Une discussion est en cours, et il serait bon de prendre un peu de temps pour le dialogue et pour trouver une nouvelle position dans cette situation difficile qui suscite de vives émotions", a déclaré mardi 3 novembre à la presse polonaise Michał Dworczyk, le chef du bureau du Premier ministre.

Pour rappel, le 22 octobre, le tribunal constitutionnel de Pologne s’était prononcé en faveur d’une limitation de l’accès à l’avortement. Plus précisément, c’est l’avortement sur la base de “déficience fœtale grave et irréversible ou maladie incurable menaçant la vie du fœtus” qui est désormais considéré comme incompatible avec l’article 2 de la Constitution polonaise, un article qui stipule que tout le monde à le droit à la protection de sa vie.

Avec cette décision, les Polonaises ne pourraient donc avorter que lors d’un grave danger pour la mère ou dans le cas d’un viol, qui constituent moins de 10% des avortements dans le pays.


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Or, selon Le Guardian, la décision n'a toujours pas été publiée et n'est donc pas entrée en vigueur. "C'est clairement une décision politique", a déclaré au journal Anna Wójcik, chercheuse à l'institut d'études juridiques de l'Académie polonaise des sciences. "Les arrêts sont censés être publiés sans délai. C'est une astuce juridique de ne pas les publier".

Une nouvelle proposition de loi

La décision du tribunal, qui faisait suite à une question d'un groupe de députés de droite, a focalisé la colère sur le parti Droit et Justice (PiS). "Le PiS dirige la Pologne depuis 2015 et a été accusé d'avoir érodé les normes démocratiques pendant son mandat, notamment en remplissant le tribunal constitutionnel avec ses partisans",  écrit Le Guardian.


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Pour tenter de calmer les foules, une nouvelle proposition de loi du président Duda a été déposée au Parlement afin de redéfinir les cas de malformation du fœtus. L'avortement serait à nouveau légal en cas d'une malformation létale, c'est-à-dire  quand fœtus est déjà mort ou va mourir juste après l'accouchement. "Une solution qui ne plait pas, ni aux conservateurs ni aux activistes dans les rues. Ils se sont piégés", précise Kasia Szkuta, féministe polonaise qui vit à Bruxelles et est active dans différentes associations dont “Elles sans Frontières".

Entre-temps, la gauche a déposé une proposition de la loi qui dépénalise avortement, il n'y a cependant pas de majorité au Parlement pour voter cette proposition.

La pilule du lendemain ne peut plus être fournie sans prescription médicale depuis juillet 2017 dans le pays. La loi polonaise sur l’avortement est l’une des plus restrictives de l’Union européenne, ce qui n’empêche pas les femmes d’avorter

Colère

Les manifestant.es, dont de nombreuses femmes, ont ignoré l'interdiction des rassemblements de plus de cinq personnes, prise contre le coronavirus. Plus de 100.000 personnes se sont rassemblées dans les rues de Varsovie le vendredi 30 octobre pour le plus grand rassemblement à ce jour. Elles ont crié des slogans pro-choix et anti-PIS.

Les revendications sont larges. Outre que l'avortement devienne légal, les manifestant.es demandent également de l'argent pour les soins de santé publics, un soutien aux travailleurs et travailleuses, aux entreprises, à la culture et aux personnes handicapées en temps de crise sanitaire, mais aussi du respect pour les droits des femmes et de l'éducation sexuelle à l'école.


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Une loi restrictive

La pilule du lendemain ne peut plus être fournie sans prescription médicale depuis juillet 2017 dans le pays. La loi polonaise sur l’avortement est l’une des plus restrictives de l’Union européenne, ce qui n’empêche pas les femmes d’avorter. 

Selon des ONG, le nombre d'IVG pratiquées clandestinement en Pologne ou dans des cliniques étrangères pourrait atteindre près de 200.000 par an.

Pologne : mobilisation massive des femmes contre l'interdiction de l'IVG - JT

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