L'élue Opaline Meunier cyberharcelée : "J'ai reçu beaucoup de remarques sur mon physique"

L'élue Opaline Meunier cyberharcelée : "J'ai reçu beaucoup de remarques sur mon physique"
L'élue Opaline Meunier cyberharcelée : "J'ai reçu beaucoup de remarques sur mon physique" - © Tous droits réservés

Grosse merde”, “gros tas” ou encore des allusions sexuelles. Ce sont des exemples de messages reçus par la conseillère communale "Mons en mieux" Opaline Meunier après avoir introduit une motion sur le harcèlement sexiste de rue au début du mois de mars. 

Concrètement, il s’agit de reproduire l’expérience liégeoise, c’est-à-dire un dispositif dans lequel une policière en civil se déplace dans l’espace public et verbalise tout comportement "tombant sous le coup de la loi". La loi en question, contre le sexisme dans l’espace public, punit d’une peine d’emprisonnement d’un mois à un an et/ou d’une amende de 50 à 1.000 euros l’auteur de tout geste ou comportement qui a pour but d’exprimer un mépris à une personne en raison de son sexe, que ce soit dans la rue ou d’autres lieux publics (comme internet). 

En l’état, la loi est cependant difficilement applicable, car peu de victimes la connaissent mais également car elles portent la charge de la preuve : c’est à elles d’apporter la preuve de leur agression. Je n’ai pas porté plainte, et ce, pour plusieurs raisons : je ne savais pas qu’on pouvait porter plainte, et puis je pense que ma plainte n’aurait pas été prise en compte. Porter plainte contre qui ? Je n’ai pas su identifier l’agresseur, témoigne une femme à l’association Vie Féminine. 


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Suite à la motion, la majorité montoise a marqué son intérêt pour ce dispositif, ainsi que la police de Mons-Quévy qui va bientôt rencontrer les policiers et policières à Liège. Le parquet a également été contacté à ce sujet

Des remarques grossophobes et sexuelles

J’ai pu lire que j’étais une coupeuse de couilles ou une Amazone. J’ai reçu vraiment beaucoup de remarques venant d’hommes sur mon physique, des messages grossophobes ou sexuels”, explique-t-elle. On a aussi sous-entendu qu’avec mon physique je ne risquais pas de me faire harceler alors que je subis, bien sûr, aussi ce genre de comportement : j’ai dû aller faire des photos dans l’espace public pour un autre article et j’ai été harcelée trois fois rien que durant ce laps de temps”. 


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Opaline Meunier précise que le comportement d’un homme en particulier lui a fait peur”. “C’est un homme qui porte un nom anonyme sur les réseaux sociaux et à qui ma motion a fait péter un câble, je n’ai pas d’autres mots”, observe la conseillère communale.

Pendant les 10 jours qui ont suivi l’introduction de la motion, il m’a envoyé des insultes très violentes, il était visiblement obsédé par mon corps… et j’ai déjà reçu des menaces de viol ou de mort, mais cet homme est encore arrivé à me bousculer. Et juste parce que j’ai dit qu’il ne faut pas insulter les femmes dans la rue ! C’est comme si on s’attaquait à ses certitudes, que personne ne lui avait dit avant que ce n’était pas correct.

On a aussi sous-entendu qu’avec mon physique je ne risquais pas de me faire harceler alors que je subis, bien sûr, aussi ce genre de comportement

“J’ai l’habitude d’être injuriée”

J’ai l’habitude d’être injuriée pour mes idées politiques, ceux qui me traitent d’Amazone par exemple, ils restent dans le champ des idées, ils comprennent visiblement qu’on parle d’émancipation et c’est ça qui les dérange et qui les perturbe. Dans le cas de cet homme, on parle de tout autre chose”, poursuit-elle, en soulignant avoir fait des captures d’écran et avoir bien l’attention de porter plainte. Quand tu ressens le besoin d’envoyer des dizaines de tweets et de messages par semaine à une femme politique d’une ville wallonne, je pense que c’est toi le problème et pas l’élue”, indique Opaline Meunier. 


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Pendant les 10 jours qui ont suivi l’introduction de la motion, il m’a envoyé des insultes très violentes

J’ai été obligée d’avoir le blocage facile sur Twitter et Facebook car il y a tout un tas de comptes qui passent leur temps à injurier les jeunes femmes politiques. Ce sont des attaques sexistes qui sont portées sur nos corps même quand nous ne portons pas de revendications féministes, je vois d’autres femmes en politiques qui subissent ces comportements, dont Maggie De Block."

"Nos collègues masculins ne vivent pas ça, on ne juge pas leur crédibilité en fonction de leur physique. Socialement, il y a un droit de regard sur ce à quoi nous ressemblons et c’est aussi ce qui se passe dans le harcèlement de rue. Les hommes estiment avoir le droit de nous donner leur avis sur notre physique”, analyse la conseillère communale. 


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Lien entre les violences 

En tant que présidente des jeunes cdH, Opaline Meunier a décidé de mobiliser d’autres jeunes conseillers et conseillères politiques en Wallonie et à Bruxelles sur la question du harcèlement sexiste de rue. Des motions semblables à celle qu’elle a introduite à Mons ont été introduites ailleurs dans le pays :Cela a été accepté à Forest, à Charleroi, à Namur ou encore à Mouscron. On change concrètement la vie des femmes, j’en suis fière. Et bien sûr, cela s’inscrit dans mon expérience personnelle. Je suis aussi confrontée au harcèlement de rue, j’ai déjà fait semblant d’écouter de la musique, même si mon gsm n’avait plus de batterie, pour essayer d’avoir la paix alors que je marchais en rue”

Enfin, il existe un lien entre ces violences : le harcèlement de rue et le harcèlement via internet. "Ce qui se passe en ligne, c’est la transposition des rapports qui structurent nos sociétés. C’est un miroir grossissant de phénomènes qui sont des phénomènes sociaux plus généraux [...] On le voit très bien en Belgique, il y a une différence entre les attaques adressées à des femmes et celles faites aux hommes. Les femmes politiques sont particulièrement ciblées par des attaques sur leur physique, leur compétence est remise en cause par des attributs féminins", explique le sociologue Renaud Maes.

Selon les chiffres de l’ONU, 73% des femmes ont déjà connu des violences en ligne, qui passent par des insultes à caractère sexiste, du revenge porn, du cybercontrôle au sein du couple, des photomontages pornographiques ou encore des usurpations d’identité.


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