L'avortement est presque interdit en Pologne

Des femmes défilent lors du "lundi noir", le 3 octobre 2016, à Bruxelles, pour protester contre la proposition de loi interdisant presque totalement l'avortement en Pologne
Des femmes défilent lors du "lundi noir", le 3 octobre 2016, à Bruxelles, pour protester contre la proposition de loi interdisant presque totalement l'avortement en Pologne - © WIKTOR DABKOWSKI / AFP

Ce 22 octobre, le tribunal constitutionnel de Pologne s’est prononcé en faveur d’une limitation de l’accès à l’avortement. Plus précisément, c’est l’avortement sur la base de “déficience fœtale grave et irréversible ou maladie incurable menaçant la vie du fœtus” qui est désormais considéré comme incompatible avec l’article 2 de la Constitution polonaise, un article qui stipule que tout le monde à le droit à la protection de sa vie.

Avec cette décision, les Polonaises ne pourraient donc avorter que lors d’un grave danger pour la mère ou dans le cas d’un viol. “Ces raisons sont minoritaires, elles constituent moins de 10% des avortements en Pologne, explique Kasia Szkuta, féministe polonaise qui vit à Bruxelles et est active dans différentes associations dont “Elles sans Frontières.

Limitation du droit à avorter

"Il n’y a que 1100 avortements légaux chaque année en Pologne, en grande majorité pour cause de malformation du fœtus. Cela ne sera plus possible donc c’est une grande limitation du droit à avorter dans le pays”, estime-t-elle. 

Je n’ai pas de mot, c’est incroyable. Jusqu’au bout, j’ai cru qu’ils feraient un pas en arrière, mais non, ils l’ont décidé. On ne touche pas aux droits des femmes sans raison, selon moi, c’est pour changer de sujet sur la pandémie de coronavirus qui sera très grave en Pologne et les hôpitaux ne sont pas préparés. C’est pour cela que cette décision intervient maintenant, c’est toujours comme ça avec les limitations des droits des femmes. C’est une décision politique”, continue-t-elle.

Je n’ai pas de mot, c’est incroyable. Jusqu’au bout, j’ai cru qu’ils feraient un pas en arrière, mais non, ils l’ont décidé

La Pologne a enregistré 10.040 nouvelles contaminations par le coronavirus au cours des dernières 24 heures, ont indiqué le 21 octobre les autorités sanitaires. Il s'agit d'un nouveau record depuis le début de la pandémie.


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Un groupe de parlementaires a spécifiquement posé la question du motif d’IVG au tribunal constitutionnel. “Ils ne voulaient pas avoir à le faire à la Chambre et à traiter avec l’opposition sur ce sujet”, explique Kasia Szkuta. Ce tribunal constitue l’instance juridique la plus importante du pays et est réputé pour compter dans ses rangs des juges loyaux à la coalition gouvernementale dominée par le parti ultra-catholique PiS (Droit et Justice).

Les femmes avortent illégalement même si c’est dangereux pour elles

Maltraitances institutionnelles

"Ce qui est certain, c'est qu'il était déjà quasiment impossible d'avorter auparavant en Pologne et cela s'accompagne d'une grande maltraitance institutionnelle pour les femmes polonaises qui sont soumises aux jugements répétés de la part des services sociaux, des médecins, etc.", s'insurge Sylvie Lausberg, présidente du Conseil des femmes francophones de Belgique (CFFB).

"Même quand il y a un danger pour la vie de la mère, qui est encore un des motifs acceptés d'avortement dans le pays, on met leur vie en balance avec celle du fœtus, on les pousse à mener la grossesse jusqu'à ce que l'embryon soit viable. On nous présente les choses sous la forme de modifications législatives mais le droit doit préserver l'intégrité physique et psychique des citoyens et citoyennes et la Pologne ne respecte pas ce principe. Des violences institutionnelles jusqu'à l'inscription de ces violences dans la loi, on constate que les femmes n'ont pas droit au chapitre", souligne-t-elle.


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"On va continuer à dire qu'on n'est pas d'accord"

La pilule du lendemain ne peut plus être fournie sans prescription médicale depuis juillet 2017 dans le pays. La loi polonaise sur l’avortement est l’une des plus restrictives de l’Union européenne, ce qui n’empêche pas les femmes d’avorter, rappelons-le.

Les femmes avortent illégalement même si c’est dangereux pour elles. L’organisation "Avortement sans frontières" est présente en Pologne et emmène des femmes en Slovaquie, en Allemagne ou aux Pays-Bas pour avorter. Elle a déjà réagi en disant qu’elle continuerait à le faire et aussi pour le motif de malformation du fœtus. Nous, on va continuer à dire qu’on n’est pas d’accord”, conclut Kasia Szkuta.

Selon des ONG, le nombre d'IVG pratiquées clandestinement en Pologne ou dans des cliniques étrangères pourrait atteindre près de 200.000 par an.

De nombreuses femmes et organisations de défense des droits des femmes ont protesté contre des tentatives légales de durcir la loi, mais la pandémie de Covid-19 a compliqué la mobilisation.


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Pologne: le gouvernement s'en prend aux droits des femmes

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