L'autre fléau: la pauvreté qui touche les femmes plus durement

L'autre fléau: la pauvreté qui touche les femmes plus durement
L'autre fléau: la pauvreté qui touche les femmes plus durement - © Getty Images

Pour sa rentrée, le Conseil des Femmes Francophones de Belgique a rassemblé plusieurs actrices de terrain qui luttent contre la précarité. Le but ? Discuter et plancher sur le sexisme dans la pauvreté avec pour enjeu principal cette question : quel est l’impact du Covid sur les femmes (déjà) précarisées ?

"Nous vivons dans une société qui est structurellement sexiste pour les femmes. Elles subissent des violences institutionnelles, relationnelles, psychologiques, physiques, etc. La pauvreté chez une femme est en fait une accumulation de discriminations qui la fait basculer dans la précarité", explique Sylvie Lausberg, présidente du Conseil des Femmes Francophones de Belgique (CFFB). Un phénomène qui, en période de crise sanitaire, a été particulièrement exacerbé.

L’impact économique du Covid, plus exacerbé chez les femmes

Selon le Forum économique mondial, les retombées du coronavirus seraient pires pour les femmes que pour les hommes. La pandémie a également mis en lumière que les métiers de premières lignes étaient majoritairement féminins et surtout qu’ils étaient sous-payés.

Aussi, selon les chiffres du CFFB, les femmes occupent davantage d’emplois précaires de manière générale (covid ou non) : elles sont près de 60% à travailler dans l’économie informelle, c’est-à-dire non régulée par l’Etat. Une tendance également présente au niveau mondial et des pourcentages éloquents.

Il y a et aura encore plus de risques pour les femmes de tomber dans la pauvreté

Les estimations de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) montrent que l’impact de la pandémie sur l’économie informelle est sexiste : les femmes sont surreprésentées dans les secteurs dits à risque élevé (42%) contre 32% pour les hommes. Et lorsque que l’on s’attarde sur le risque de perdre un emploi en Europe, force est de constater que ce sont encore les femmes qui triment : "Les femmes se sont pourtant retrouvées en première ligne, au plus fort de la pandémie puisqu’elles constituent les deux-tiers des personnels de santé dans le monde. Au mois de mai le taux de chômage est resté stable chez les hommes, en Europe, mais il a augmenté du côté des femmes", déclare l’OCDE.


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A toute cette panoplie s’ajoute le fameux écart salarial - en Belgique, il s’élève à 6% en salaire horaire - qui renforce les discriminations et le sexisme dans la pauvreté. Les femmes ont un salaire généralement plus bas que les hommes, notamment parce qu'elles sont majoritaires dans les emplois à mi-temps (en partie à cause de la charge du foyer).

La précarité aussi est sexiste

Cela complique la possibilité d’économiser à long terme et a renforcé les inégalités durant la période de confinement. Autant de facteurs qui expliquent pourquoi les femmes sont plus impactées économiquement que la gente masculine et qui montrent que la précarité est aussi sexiste.

Ils permettent également de mieux comprendre en quoi les femmes en situation précaire avant la crise sanitaire risquent de tomber dans l’extrême pauvreté. "Étant donné qu’avant la crise, les femmes avaient un salaire moins élevé et qu’elles sont généralement davantage touchées par les pertes d’emploi que les hommes, il y a et aura encore plus de risques pour les femmes de tomber dans la pauvreté", souligne le CFFB.

"Trop peu de tout"

Les femmes sont plus sujettes que les hommes à se retrouver dans une situation économique précaire. Pourtant, si l’argent est le nerf de la guerre, il est loin d’être le seul "facteur" à user les nerfs des femmes précarisées. Elles subissent davantage de discriminations que les hommes, et pas seulement d’ordre financier.

Des enfants qui vivent constamment à la maison, cela veut dire aussi : plus de chauffage, plus d’eau, plus d’électricité. Donc les factures augmentent tout comme les angoisses de ne pas pouvoir les payer

Christine Mahy, secrétaire générale et politique du Réseau Wallon de Lutte contre la pauvreté était présente à la journée de rentrée du CFFB et elle l'a précisé. Covid ou non, la précarité chez les femmes se traduit par "une superposition de "trop peu de tout"". Trop peu d’argent, trop peu d’accès à la connaissance, trop peu d’accès au logement, trop peu d’accès aux soins de santé pour certaines (report des rendez-vous chez le gynécologue, par exemple), ce qui peut conduire à des maladies chroniques, etc.

"Ce n’est pas leur choix, mais la manière dont la société fonctionne", poursuit Christine Mahy. "La pauvreté a aussi un réel impact sur la santé psychique des femmes, en tant qu’être humain. Cette souffrance est invisibilisée" complète Sylvie Lausberg.

Les femmes solos sont toujours les plus touchées par la précarité

En Belgique, c’est la composition de "ménage" qui expose le plus à la précarité. Selon les derniers chiffres (2018) de l'Etat belge, 41,3% des familles monoparentales (dont 80% sont des femmes seules) sont considérées comme à risque de pauvreté monétaire.

La pauvreté a aussi un réel impact sur la santé psychique des femmes, en tant qu’être humain. Cette souffrance est invisibilisée

Rien d’étonnant donc, à ce que le coronavirus ait aggravé la charge psychologique de ces femmes. La fameuse charge mentale a, elle aussi, été exacerbée durant le confinement : faire les course, le ménage, s’occuper des enfants, aider pour les devoirs, … Mais pas seulement.


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"Des enfants qui vivent constamment à la maison, cela veut dire aussi : plus de chauffage, plus d’eau, plus d’électricité. Donc les factures augmentent tout comme les angoisses de ne pas pouvoir les payer. Quand on a une partie de vie à l’extérieur de la maison, ce sont des coûts extérieurs au foyer qu’on ne doit pas prendre en charge, or ce n’était pas le cas durant le confinement", explique Christine Mahy. 

Et lorsque ces femmes sont en couple, le sexisme et le patriarcat ne sont jamais bien loin :  "Dans une situation de couple, il peut y avoir un partage des tâches dans le ménage, bien que souvent, tout comme lorsqu’elles sont monoparentales, ce sont les femmes qui assument le choc et qui essaient de garder la tête hors de l’eau : contacter le CPAS, demander à l’école de repousser certaines factures, se rendre au colis alimentaire, aller chercher les bons alimentaires etc. Aussi, durant le confinement elles ont également souffert de la fracture numérique", soutient Christine Mahy. Et puis, il arrive aussi que ces femmes culpabilisent car elles ont l’impression de mal faire ou du moins pas assez.


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Que faire ?

Une solution miracle pour lutter contre la pauvreté et le sexisme n’existe pas. En revanche, comme le répète Sylvie Lausberg, "une idée serait que les pouvoirs publics mettent un curseur, un filet de sécurité. Non pas pour réparer, mais pour éviter que ça arrive. Par exemple, ne pas fournir aux femmes précarisées de nouveaux logements, mais faire en sorte qu’elles ne le perdent pas".

Au lendemain de l’adoption du plan droit des femmes par le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, selon Christine Mahy, la pauvreté (et le sexisme qui en découle) est un fléau qui devra être prioritaire, tout comme les mesures concrètes pour lutter contre celle-ci.

Car, la question des inégalités est, selon elle, transversale : "Un plan droit des femmes doit viser évidemment à régler les problèmes d’inégalité hommes-femmes, les problèmes de violence (symbolique, verbale et physique) faites aux femmes. Mais, ce plan doit aussi tenter de régler toutes les autres inégalités : socio-économiques, de statuts, etc."


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"Ces droits ne sont pas accessibles de la même façon pour toutes les femmes et encore plus, pour les femmes migrantes (depuis les sans-papiers jusqu’aux femmes immigrées), les femmes porteuses de handicap ou encore les femmes pauvres", avant de conclure "le pire dans la recherche de solutions pour lutter contre la pauvreté, y compris pour les femmes, ce serait de réfléchir les solutions sans les premiers/premières concernés/ées et ceux qui les représentent ou sans prendre en compte les réalités du terrain ".

Plusieurs actrices de terrain étaient présentes lors de cette journée de rentrée luttent contre la pauvreté (sexiste) et aident quotidiennement les femmes dans le besoin. On a reconnu autour de la table : Awatif Majid de Job Dignity (un incubateur de projets destinés aux femmes SDF), Valérie Machiels de Bruzelle (une association qui distribue gratuitement des serviettes menstruelles aux femmes précarisées), Aude Garelly de l’Ilôt (une ASBL qui lutte contre le sans-abrisme) ainsi que Christine Mahy du Réseau Wallon de lutte contre la pauvreté et Laurence Noël de l’Observatoire de la Santé et du Social de Bruxelles.


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