L’autodéfense féministe : un moyen pour les femmes de (re)prendre du pouvoir dans leurs vies

Cet article est le résumé d'un mémoire, ce travail de recherche universitaire est publié en partenariat avec le master Genre.

Le sujet de l’autodéfense féministe est circonscrit dans cet article aux violences que subissent les femmes. Ne sont pas abordés toutes les violences structurelles et les autres rapports de pouvoir (race, classe, sexualité, âge, être ou non valide, etc.), qui s’imbriquent les uns avec les autres. Cependant, l’apprentissage de techniques d’autodéfense peut être indispensable pour tous les groupes dits "opprimés".

À l’origine de l’autodéfense féministe, les violences faites aux femmes

Ces derniers mois, de nombreuses associations féministes se sont inquiétées de l’augmentation des violences faites aux femmes. Les mesures de confinement ont des conséquences sur les violences conjugales : les victimes sont isolées et enfermées avec leur agresseur, ce qui accroit le risque que ceux-ci passent à l’acte. On a aussi constaté qu’il y avait une augmentation du harcèlement en ligne, et si les femmes sortent moins de chez elles, le harcèlement de rue n’a pas diminué pour autant.

Ces violences multiformes (du harcèlement aux féminicides, en passant par les agressions sexuelles et les violences conjugales) sont faites aux femmes parce qu’elles sont des femmes. Elles font partie du quotidien d’une majorité de femmes, et c’est structurellement que celles‑ci les subissent. Que ces violences soient psychologiques, émotionnelles, verbales, physiques ou sexuelles, le plus souvent, la personne qui agresse est un homme.


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"Nous faisons à peu près quotidiennement l’expérience de ces regards salaces, de ces harcèlements licites, de ces réflexions humiliantes, de ces gestes intrusifs, de ces brutalités nauséeuses, qui endommagent nos corps comme nos vies", écrit l'autrice Elsa Dorlin dans le livre Se défendre. Une philosophie de la violence.

Ces violences abîment l’estime que les femmes ont d’elles-mêmes, leur confiance en elles, jusqu’à leur propre sentiment de sécurité. Dès lors, comment peuvent-elles (re)prendre du pouvoir sur leurs vies ? Dans le cadre de mon travail de fin d’études, je me suis tournée vers le Collectif contre les violences familiales et l’exclusion (CVFE) pour trouver des réponses à cette question.

Le CVFE est une association liégeoise qui lutte aux côtés des femmes contre les violences entre partenaires et l’exclusion socio‑économique. En plus d’être un refuge pour les femmes victimes de violences conjugale, l’association dispose d’une antenne "éducation permanente" qui organise, entre autres, des stages d’autodéfense féministe. Ces stages d’autodéfense féministe permettent de prévenir des violences verbales et physiques.

L’autodéfense féministe, qu’est-ce que c’est ?

L’autodéfense féministe a été inventée et continue d’être pensée et pratiquée comme une réponse féministe aux violences dont les femmes sont les victimes. Elle est définie par Anne‑Charlotte Millepied comme "une pratique qui mobilise des techniques du corps et des techniques de soi afin de donner aux femmes les moyens de faire face au continuum des violences auxquelles elles peuvent être confrontées".

L’autodéfense féministe, loin des clichés des arts martiaux qu’elle peut évoquer, recouvre tout ce qui rend les vies des femmes plus sûres, contre les multiples formes que prennent les violences qui leur sont faites.

L’autodéfense féministe recouvre tout ce qui rend nos vies plus sûres

Un stage d’autodéfense féministe au CVFE se déroule en deux journées (soit un week-end, soit deux dimanches). Ces journées sont intenses, entre autres : déconstruire les mythes qui entourent les violences faites aux femmes, discuter de toutes les stratégies de prévention, connaître nos limites, apprendre les enchaînements d’autodéfense physiques, les techniques d’autodéfense verbale et les exercices de visualisation. Au travers de ces activités, les participantes prennent conscience (en théorie et en pratique) qu’elles sont capables de se défendre par elles-mêmes.

L’autodéfense féministe se présente donc comme un ensemble de techniques efficaces pour (re)prendre confiance en soi et en ses capacités, avoir conscience de ses limites et les faire respecter, et finalement prévenir les agressions dont les femmes pourraient être les victimes, de façon à les limiter.

Les stages d’autodéfense féministe participent à la construction d’un imaginaire de femmes qui ont du pouvoir dans leurs vies

Parmi les activités réalisées durant les stages d’autodéfense du CVFE, les "exercices de visualisation" ont un rôle déterminant dans la construction d’un imaginaire qui donnent du pouvoir (on le retrouve aussi dans les stages organisés par Garance ASBL, une association qui lutte contre les violences basées sur le genre).

Ces exercices sont des entraînements qui permettent, selon Irène Zeilinger,  de "se créer mentalement des souvenirs artificiels utiles" de façon à ce que les techniques de défense physique apprises durant les ateliers deviennent de véritables réflexes. En intériorisant les mouvements et attitudes grâce à ces "souvenirs", les femmes deviennent capables de réagir immédiatement et de manière instinctive en situation d’agression.


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Autrement dit, il s’agit de visualiser ce qui a été appris afin de l’incorporer (littéralement, l’inscrire dans le corps). En ce sens, l’autodéfense vise à armer l’imaginaire des participantes. Ces exercices peuvent alors faire écho aux représentations de femmes ayant les capacités de se défendre, disponibles à la fois dans l’histoire et la fiction. En leur servant de modèles, ces représentations donnent de la force aux femmes et les incitent à croire en elles et en leurs capacités d’agir. Autant des ressources parfois vitales dans un contexte de violences structurelles.

En réponse à notre question de départ, il est indéniable que l’apprentissage de techniques d’autodéfense féministe et les représentations de femmes capables de se défendre est un moyen de (re)prendre du pouvoir dans sa vie. Si ces effets passent notamment par l’imaginaire, ils n’en sont pas moins concrets pour les personnes qui les vivent. En témoigne la puissance des émotions qui se dégage des participantes aux stages d’autodéfense, sans qui ce travail n’aurait pas été possible.
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Manon Roussaux est diplômée en philosophie politique et en études de genre, elle est actuellement animatrice en éducation permanente féministe.

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Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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