Katie Bouman, la chercheuse derrière l'image du trou noir

Katie Bouman, la chercheuse derrière l'image du trou noir
Katie Bouman, la chercheuse derrière l'image du trou noir - © Tous droits réservés

Katie Bouman est devenue une icône sur internet pour avoir mis au point l’algorithme qui a permis la première photo d’un trou noir. La reconnaissance de son travail est bienvenue alors que les stéréotypes de genre façonnent encore nos manières de penser les sciences.

Ce mercredi 10 avril, la première photographie de la silhouette d’un trou noir a été révélée lors de six conférences de presse organisées dans différents pays. Derrière cette prouesse scientifique, plus de 200 chercheurs et chercheuses à travers le monde, et notamment l’informaticienne américaine Katie Bouman. Celle-ci a dirigé l’équipe qui a travaillé durant trois ans sur l’algorithme qui a rassemblé les données récoltées par les huit télescopes pour en faire une seule image. Elle était encore étudiante à l’époque. "Nous avons vu l’image apparaître sur nos ordinateurs. La bague est apparue si facilement. C’était incroyable", raconte-t-elle au Times. Katie Bouman est diplômée en génie électrique à l’Université de Michigan et à l’Institut de technologie du Massachusetts (MIT).

Sexisme et stéréotypes de genre

Un parcours prestigieux qui contredit les stéréotypes de genre qui voudraient que les femmes soient mauvaises en mathématique  et en informatique. Selon les chiffres de l’Unesco pour 2018, moins de 30% des chercheurs dans le monde sont des chercheuses. "De nombreuses études ont révélé que les femmes dans les domaines des STIM [science, technologie, ingénierie et mathématiques] publient moins, qu’elles sont moins payées pour leurs travaux de recherche et que leur carrière ne progresse pas aussi rapidement que celle des hommes", explique encore l’UNESCO. Ce sexisme imprègne les fillettes dès le plus jeune âge. Dans une expérience menée en 2016, la chercheuse Isabelle Régner a demandé à des écoliers et écolières de 12 ans de mémorier une figure complexe, avant de la reproduire. Lorsqu’on leur disait qu’on allait les juger sur la géométrie plutôt que sur la qualité du dessin, les filles ont moins bien réussi l’exercice. Lorsqu’on leur présentait l’exercice comme un travail artistique, un dessin à faire, les résultats entre les filles et les garçons étaient similaires.

Les exemples de femmes scientifiques ne manquent pourtant pas. Hypatie, née entre 355 et 370 en Grèce, est la première mathématicienne et astronome dont on connait le parcours. Au 18ème siècle, l’astronome Nicole Reine Lepaute calcule la trajectoire de la comète de Halley.  Au 19 ème siècle, l’astronome Maria Mitchell calcule celle de Vénus. A la même époque, c’est une femme, Ada Lovelace, qui crée l’ancêtre de nos ordinateurs, appelé à l’époque "machine analytique". Elle écrit le premier algorithme pouvant être lu par une machine. Le film Les Figures de l’ombre montre le sexisme et le racisme au sein de la NASA durant les années 60, qui emploie nombre de calculatrices humaines, dont la mathématicienne Katherine Johnson. Celle-ci a calculé les trajectoires de la mission Apollo 11 vers la Lune en 1969.  Un an plus tard, c’est le code informatique, écrit à la main, de Margaret Hamilton qui permet à la mission Apollon 13 d’être un succès.

Effet Matilda

Malheureusement, les cas où leurs travaux sont invisibilisés ne manquent pas non plus. Si Einstein est fort cité depuis la révélation de la photo du trou noir (les trous noirs prouvent sa théorie de la relativité), on ne sait toujours pas à quel point sa première femme, la physicienne serbe Mileva Marić, l’aurait aidé dans ses travaux sans qu’il ne la mentionne. Les travaux de Nicole Reine Lepaute, citée plus haut, sont intégrés à ceux de son mari, Jérôme de Lalande. La physico-chimiste Rosalind Franklin, qui a participé de manière déterminante à la découverte de la structure de l’acide désoxyribonucléique (ADN), a vu ses collègues Watson et Crick s’attribuer la découverte de la structure en double hélice et obtenir le prix Nobel de biologie.

Ce déni des contributions des femmes dans les sciences porte un nom: l’effet Mathilda, une théorie mise en avant dans les années 80 par l’historienne des sciences Margaret Rossiter et inspirée par la féministe Matilda Joslyn Gage qui avait fait remarquer au 19ème siècle que des hommes s'attribuaient les pensées intellectuelles des femmes, réduisant leur apport à des notes de bas de page. Dans ce contexte, la reconnaissance du travail de Katie Bouman est plus que bienvenue.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK