"J'étais un moins que rien", un conjoint au passé violent raconte

Partis du constat qu’à l’occasion du 25 novembre, journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, nous n’entendions que les femmes victimes de violences conjugales, nous avons choisi de mettre en lumière les ex-auteurs d’actes violents et leur chemin vers la rédemption.

Un homme ordinaire

Après plusieurs mois de recherches, Stéphane nous reçoit chez lui, dans son salon pour raconter son histoire, son histoire violente. Il est affable et nous accueille avec un grand sourire. Stéphane c’est monsieur “tout le monde”. Pendant que nous nous installons, il nous avoue être un peu stressé. Il n’a pas l’habitude de raconter son histoire. Ce n’est pas la honte de raconter ce qu’il a fait qui l’angoisse. Il est conscient de ses méfaits, de ses excès impardonnables. Il redoute plutôt le jugement et le regard des autres sur les gestes qu’il a commis il y a une dizaine d’années.

J’étais une merde, un moins que rien

A cette époque, Stéphane frappe sa femme hebdomadairement. Il nous décrit des scènes d’une violence inouïe. Quand on lui demande de jeter un regard vers le passé, il n’hésite pas “J’ai agi comme un connard, comme le plus gros des enfoirés, J’étais une merde, un moins que rien.” S’il parvient aujourd’hui à avoir un regard objectif sur cette période de sa vie, c’est grâce à Praxis, une asbl qui travaille avec des auteurs de violences conjugales et intrafamiliales.
 


►►► Retrouvez en cliquant ici tous les articles des Grenades, le média de la RTBF qui dégoupille l’actualité d’un point de vue féministe


 

La thérapie de groupe

Les auteurs se rencontrent par groupe de 9 personnes, accompagnés de deux intervenants de l’association. Ils rentrent alors dans un processus de responsabilisation. Le premier pas vers la rédemption, c’est la prise de conscience. “Quand je frappais sur ma femme, je lui disais que c’était de sa faute. Je la tenais pour responsable des coups que je lui portais” témoigne Stéphane. Un schéma et un état d’esprit classique duquel il n’est pas facile de se détacher.

Quand je frappais sur ma femme, je lui disais que c’était de sa faute

Après avoir suivi les séances chez Praxis, Stéphane nous explique avoir fait le choix de rester en contact avec un des deux intervenants de l’ASBL, Anne Jacob. Son regard s’illumine quand il exprime le profond respect qu’il éprouve pour celle qu’il considère comme sa bienfaitrice, à mi-chemin entre sa thérapeute et une sorte de confidente. Régulièrement, quand il se sent vulnérable, il sollicite un entretien avec Anne pour ne pas déraper. “Quand le groupe a été terminé, chaque fois que Stéphane a eu des soucis avec une relation, il est revenu vers nous. Je pense que depuis qu’il a fini ses séances de groupe, il n’a plus agi de violences physiques graves.” Pendant le confinement, Stéphane, en difficulté pour trouver l’équilibre dans sa relation en cette période particulière, a à nouveau repris contact avec Anne.


►►► Pour recevoir les informations des Grenades via notre newsletter, n’hésitez pas à vous inscrire ici


 

Un problème systémique

Impossible de dresser le portrait-robot d’un être humain violent. Anne Jacob voit passer des personnes de tout milieu social et de toutes origines. Souvent, on se rend compte qu’ils ont été confrontés à un parent violent pendant leur enfance. Néanmoins, on peut dire que 9 personnes violentes sur 10 accueillies par Praxis sont des hommes. “On est dans une société patriarcale et un certain nombre d’hommes continue à penser que la masculinité leur donne le privilège d’agir d’une certaine façon avec leur compagne”, conclut Anne Jacob qui estime qu’on ne peut faire abstraction du contexte social et sociétal dans lequel nous vivons.


Partager mon histoire, c’est mettre ma pierre à l’édifice

Une fois l’entretien terminé, Stéphane se détend. Il redevient la personne affable qui nous avait accueillis. Il nous explique que, pour lui, Praxis avait servi de déclic. Ce témoignage, pour lui, c’est "mettre sa pierre à l’édifice", visibiliser Praxis et permettre à d’autres hommes de se diriger vers l’association.

Si vous vous êtes senti concerné par ce témoignage, n’hésitez pas à contacter le numéro gratuit de la ligne d’écoute violences conjugales, le 0800/30.030 ou à visiter le site internet de Praxis.

 

Si vous souhaitez contacter l’équipe des Grenades, vous pouvez envoyer un mail à lesgrenades@rtbf.be

Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par Alter-Egales (Fédération Wallonie Bruxelles) qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK