In Véronique Wouters We Trust, cheffe féministe d’une entreprise de menuiserie

Dans la série In… We Trust (en français : "Nous croyons en"), Les Grenades vont à la rencontre de femmes arrivées là où personne ne les attendait. Dans cet épisode, Véronique Wouters nous emmène dans son entreprise de menuiserie pour discuter construction, stéréotypes de genre et parité salariale.

Il y a quelques semaines, Laura, la fille de Véronique Wouters nous écrivait pour nous parler d’une femme inspirante, active dans un milieu dit masculin. En effet, sa maman, cheffe d'entreprise depuis 25 ans, est directrice d’un atelier d'ébénisterie et de menuiserie. Cette proposition a piqué notre curiosité.

Après un premier contact enjoué par téléphone, nous avons retrouvé Véronique Wouters à la gare de Liège une après-midi d’automne, avant de prendre la direction de Flémalle. C’est là qu’est implanté le siège de Wouters & Green, un entrepôt de plusieurs centaines de mètres carrés au cœur duquel résonnent de grosses machines, vole la poussière et sont façonnés des meubles en devenir...

De l’histoire de l’art à la menuiserie

C’est dans son bureau que notre interlocutrice du jour revient sur son parcours. "Je suis née en 1959 dans une famille de femmes. Ma mère a deux sœurs, moi j’en ai quatre. J’ai toujours été très sensible à la cause féministe, j'ai d’ailleurs grandi dans une période dorée pour les féministes. Dans les années 70 et 80, les femmes ont gagné de belles batailles."

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À l’université, elle se lance dans des études d’histoire de l’art. Une fois diplômée, entrepreneuse dans l’âme, elle crée une première entreprise de communication culturelle avec deux amies. Le succès est au rendez-vous et le rythme de travail extrêmement soutenu.

Alors qu’elle a déjà une fille et qu’elle sapprête à mettre au monde ses deux jumelles, elle doit faire face à un gros coup dur professionnel. Stressée et fatiguée par la situation, elle revend ses parts. "J’avais besoin de prendre du temps pour moi." Alors qu’elle n’y connait encore rien, elle décide de s’inscrire à une formation en menuiserie au Forem. "J’avais déjà voulu faire de la menuiserie en sortant d’humanité, mais pour différentes raisons, j’ai changé de parcours."


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Mère de trois enfants en bas âge et soutenue par son compagnon, au début de la trentaine, elle démarre une nouvelle vie. Lors de cet apprentissage d’un an, elle réalise différents stages. À la fin du cursus, très rapidement, en 1997, elle lance son entreprise de menuiserie. Elle s’associe à Monsieur Green (qui quittera le projet en 2000) et c’est comme ça que nait Wouters et Green. "Un peu tête brulée, j’ai acheté des machines et je me suis dit ‘j’y vais’. J’ai engagé le premier ouvrier Robert, puis le deuxième Pierre, le troisième..."

Au mur de son bureau : une belle photo de toute l’équipe composée de six personnes. Parmi les ouvriers, une ouvrière. Tous·tes sont là depuis plusieurs années. "Robert était un excellent ouvrier. Il est resté des années, il est aujourd’hui à la retraite, mais nous a toutes et tous formés. Grâce à lui, on a une super technique !"

Où sont les menuisières ?

Femmes et menuiserie, l’association est plutôt rare. "Dans les années 90, il y avait très peu de femmes dans la menuiserie. Aujourd’hui, nous ne sommes toujours pas très nombreuses..." Quid du sexisme dans ce monde masculin ? Véronique Wouters explique n’avoir jamais connu de véritables problèmes, sauf sur un gros chantier au début de sa carrière. "Là c’était incroyable, les ouvriers venaient vraiment observer LA femme qui travaillait !", s’exclame-t-elle.

Pour la fête des Mères, mes filles me dessinaient derrière mon établi avec des crolles, des grandes boucles d’oreilles et un marteau...

"Sinon c’est plutôt intéressant : comme je suis une des seules femmes, tout le monde se souvient de moi, que ce soit les fournisseurs ou les clients." Elle se dit optimiste quant à la féminisation du secteur. "Je suis certaine qu’il y aura de plus en plus de femmes." Selon elle, chaque année de futures menuisières se forment, mais c’est au niveau des entreprises que les stéréotypes ont la dent dure. Certains employeurs sexistes refuseraient leurs candidatures. C’est également le témoignage qu’a fait Océane, 19 ans, au journal l’Avenir dans un article titré : "Océane se voit refuser un stage en menuiserie à Verviers, car elle est une fille."

Véronique Wouters reçoit régulièrement des femmes qui lui partagent leurs projets. Elle les écoute, les conseille, les oriente. "C’est important de sortir du rêve. C’est un métier où il faut du courage." Cette cheffe d’entreprise féministe se dit attentive à la parité des salaires, à la prise des congés de paternité comme ceux de maternité. "Pour moi, l’humain c’est très important. On fait tous attention l’un à l’autre."


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C'est sûr, la menuisière est un rôle modèle inspirant. "Pour la fête des Mères, mes filles me dessinaient derrière mon établi avec des crolles, des grandes boucles d’oreilles et un marteau...", rigole-t-elle.

De la poussière, du bruit, du bois

Il est important de ne pas glamouriser le tableau : la menuiserie est un métier dur et fatigant. "J’ai beaucoup de force physique et les ouvriers m’ont beaucoup aidée. Ce qui est plus fastidieux c’est la saleté, mais on s’habille différemment pour travailler, il faut juste s’habituer."

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Si Véronique Wouters est de nature optimiste, son parcours n’a pas été un long fleuve tranquille. Il y a 11 ans, l’atelier qu’elle loue brûle. "Ça a été très compliqué. On avait tout perdu : les machines, les ordinateurs, les fichiers clients, la comptabilité. Tout." À ce moment-là, ce sont ses ouvriers qui lui donnent la force de continuer. "L’incendie s’est passé en août, en septembre Pierre me disait ‘alors cheffe, on redémarre quand ?Un collègue nous a hébergés pendant un an et demi."

Un jour, pour acheter de nouvelles machines, elle se rend dans un atelier en faillite à Flémalle. C’est le coup de cœur. Elle fait une offre pour l'achat des lieux. "J’ai pris beaucoup de risques. Je doublais ma charge financière. Pendant un an ou deux, j’ai eu beaucoup de stress, mais je me débrouille toujours. Ici on est vraiment bien, on a agrandi l’atelier."

Une sacrée charge mentale

Chacune de ses journées est différente. Gestion de l’entreprise, suivi de la conception, fabrication et pose de mobilier sur mesure, tout est à faire. "En plus du travail quotidien, il y a l’argent qui doit rentrer pour payer les salaires, la compta, l’organisation."

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Loin de se plaindre, Véronique Wouters aime relever les défis et elle adore son métier. "On part de bois brut pour aboutir à quelque chose d’extrêmement fini." Pendant notre interview, son téléphone sonne : au bout du fil, un client sinistré par les inondations chez qui son équipe fait des rénovations. Énergique et disponible pour sa clientèle, à la tête de l’entreprise depuis 25 ans, aujourd’hui elle prépare Hugo, son neveu, à la reprise. "Il amène des clients de son âge. Les enfants de mes clients participent aussi au rajeunissement. Il y a des clients que je connais depuis la première année et qui continue faire appel à nous jusqu’à maintenant !"

Quand elle n’est pas en train de travailler, pour se détendre et s’évader de ses responsabilités, elle passe du bon temps avec ses sœurs, ses ami·es, pratique du sport ou du vélo. Les sorties culturelles la nourrissent beaucoup également, même chose pour la lecture qui lui apporte une échappée au quotidien. Et puis, quoi qu’il arrive, Véronique Wouters peut compter sur le soutien de ses proches et de ses ouvrièr·es.


Dans la série In... We Trust (Nous croyons en...)


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Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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