In Sukma Iryanti We Trust, rebondir face à toutes les difficultés

In Sukma Iryanti We Trust, rebondir face à toutes les difficultés
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In Sukma Iryanti We Trust, rebondir face à toutes les difficultés - © Tous droits réservés

Dans la série In… We Trust (en français : "Nous croyons en"), Les Grenades vont à la rencontre de femmes arrivées là où personne ne les attendait. Pourquoi We Trust ? Parce qu’elles ont suivi leur passion, elles y ont cru. Et nous aussi. Des femmes de caractère qui déconstruisent les stéréotypes à leur manière… Quatrième épisode consacré à Sukma Iryanti, cheffe cuisinière indonésienne, un récit de résilience saupoudré d’épices javanaises.

Nous retrouvons la cheffe indonésienne Sukma Iryanti chez elle à Visé près de Liège. C’est ici dans sa cuisine qu’elle prépare ses plats aux 1000 saveurs. Elle nous accueille avec entrain et bonne humeur. "Au début, je me suis demandé ce que j’allais vous raconter, et après, j’ai réalisé qu’entre la petite Indonésienne arrivée en Belgique sans parler français et la femme entrepreneure d’aujourd’hui, il s’en était passé des choses…", introduit-elle en riant.

De Java à Liège, déchirement et retrouvailles

"J’ai vécu la première partie de ma vie en Indonésie. Quand j’étais petite, mes parents se sont séparés. Ma mère a quitté le pays pour suivre son deuxième mari, un Italien installé en Belgique, j’avais 5 ans. Je voyais mes copines avec leur mère et moi, je n’avais pas de maman, c’était difficile. Je voulais la rencontrer. Mon père m’a dit : ‘Quand tu auras terminé tes secondaires supérieurs, tu feras ce que tu veux’."

Et c’est comme ça qu’à 18 ans, en 2000, elle arrive en Belgique pour retrouver sa mère. "Je ne parlais pas un mot de français, je ne comprenais rien quand les gens me disaient quelque chose." Elle décide alors de prendre des cours intensifs de langue. "Je n’ai pas pu m’inscrire à l’Université parce qu’il y avait des problèmes administratifs, je me suis inscrite en promotion sociale, mais ce n’était qu’une fois par semaine."


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Comme son niveau n’évolue pas assez vite à son goût, elle décide de suivre tous les cours de promotion sociale de la région. "J’allais à Verviers, à Liège, je construisais moi-même ma formation intensive", dit-elle en rigolant. "On n’avait pas encore de GPS à l’époque, je me baladais avec un grand plan de Liège, je savais qu’il fallait prendre le 38b et le reste, je le faisais en trottinette."

Curieuse et avide de savoirs, elle s’inscrit en relations publiques et apprend le néerlandais en cours du soir. "Il y a de nouveau eu des problèmes administratifs, je pouvais continuer en élève libre, mais je n’avais pas le droit d’être diplômée, alors, j’ai arrêté, pourtant, j’adorais. Plus tard, j’ai découvert que tout ça était avait causé par un bête couac :  la carte d’identité de mon beau-père était périmée, personne ne nous avait prévenus. L’impact sur mes études a été énorme."

La cuisine et la liberté

Comme elle ne va plus à l’école, sa mère lui suggère de commencer à travailler, elle démarre une formation en restauration. "Je voyais ma mère cuisiner pour l’ambassade indonésienne pour qui elle travaillait à Bruxelles. Je l’aidais, j’aimais bien. J’ai appris les techniques d’ici à Hors-Château, à Liège."

Elle travaille dans l’Horeca pendant quelques années. "J’ai rencontré un homme, je voulais avoir des enfants et les horaires étaient compliqués alors j’ai arrêté." Elle devient maman et trouve un emploi de caissière dans un supermarché discount. "La relation avec le père de mes enfants s’est tendue au fil des années." Un jour, après neuf ans de mariage, elle quitte cette relation difficile. "C’était dur de partir, mais je n’en pouvais plus. J’ai touché le fond, mais je devais vivre pour mes enfan
ts. On était en 2015, j’ai décidé que je voulais faire quelque chose de mon diplôme de restauration."

Elle retrouve une stabilité et s’informe des opportunités à l’UCM, une organisation qui représente et accompagne les indépendants et PME. "Ils m’ont guidée, et petit à petit mon projet a commencé."

Se réinventer

Sukma Iryanti se lance alors en tant qu’indépendante complémentaire et devient cheffe dans les évènements privés et professionnels, et cheffe à domicile. Le succès est au rendez-vous. Sur le plan personnel, elle refait sa vie et se sent beaucoup plus apaisée. 

Fin 2018, elle a l’idée de reprendre un établissement Horeca au centre de Liège, elle veut proposer de la street food indonésienne. Elle quitte son emploi dans la vente et devient indépendante à titre principal. Début 2020, elle s’apprête à signer l’achat d’un commerce quand son compagnon a un pressentiment et lui demande de reculer la signature. "Deux semaines après commençait le confinement", s’exclame-t-elle, soulagée.

La catastrophe est évitée, mais comme pour tou·tes les professionnel·les de l’Horeca, sa situation se révèle extrêmement complexe. "Plus d’events, plus de prestations pour des sociétés, plus de cheffe à domicile, plus de congrès… Tout s’est arrêté. Je me suis dit : ‘okay, je vais commencer par me reposer… mais après deux semaines, ma maison était plus propre que jamais, je m’ennuyais déjà et je commençais à stresser pour de bon."


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Elle élabore un plan financier en catastrophe et décide de se réinventer en se lançant dans la cuisine pour les particuliers. "J’ai créé ma page Facebook SukmA Exclusive Food from Indonesia, j’ai commencé avec les voisins et le succès a pris", confie-t-elle en pointant les maisons aux aux alentours. Très vite le bouche à oreille fait affluer les demandes.

Concrètement, depuis plusieurs mois, elle propose un plat un dimanche sur deux que les gens doivent commander pour le mercredi qui suit. Elle les livre ensuite le weekend suivant. "Je privilégie la qualité que la quantité, c’est une cuisine qui demande beaucoup de préparation. Aussi, je propose des plateaux pour cinq personnes, et ça c’est n’importe quand." Plusieurs médias locaux l’ont contactée et elle va bientôt collaborer avec l’ambassade d’Indonésie qui va en faire son Ambassadrice Culinaire Indonésienne. Une belle reconnaissance pour la fille de l’ancienne cuisinière de l’institution.

Goûter et rencontrer

Sukma Iryanti fait découvrir à ses client·es ses origines à travers sa cuisine. "Les techniques de travail, de cuisson sont différentes. J’aimerais bien que les Belges les découvrent et les adaptent aux produits d’ici." Définir la cuisine indonésienne semble être mission impossible. "C’est tellement vaste, tellement riche. On utilise des feuilles de kefir, de galanga, des bâtons de citronnelle, beaucoup d’échalotes qu’on transforme en pâtes… Pour comprendre, il faut goûter."

Elle se fournit en tempe, en tofu, en krupuk et en basilic kemangi au Pays-Bas. "L’Indonésie était une de leur colonie alors il y a une plus grande communauté là-bas, mais Maastricht n’est que à quinze minutes en voiture."

Sukma Iryanti a aujourd’hui 39 ans, elle a passé autant de temps en Belgique qu’en Indonésie, et allie ses deux identités dans la vie comme dans l’assiette. "Les boulettes liégeoises par exemple, moi, je rajoute des clous de girofle et de la cannelle. Parce que chez nous, la sauce brune comme ça, c’est au soja caramélisé et on rajoute toujours ces deux épices."


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Son histoire personnelle comme professionnelle, sont avant tout des récits de résilience. Sukma Iryanti explique avoir gagné en autonomie au fur et à mesure de ses expériences, . "Quand je vois des femmes sous l’emprise de leur mari, j’ai envie de leur dire réveillez-vous, soyez indépendantes."

Si longtemps elle ne s’est pas intéressée plus que ça aux questions féministes, elle confie : "Il faut être féministe, c’est génial Les Grenades, les messages d’indépendance que vous transmettez aux femmes. Quand j’étais petite, mon père me disait toujours ‘quoi qu’il arrive, il ne faut pas que tu dépendes de ton mari.’ "

C’est l’heure de passer à table. Elle nous sert une assiette. Un petit bol d’eau citronné est prêt pour nous rincer les doigts. Pour faire honneur au repas, c’est sans couvert que l’on déguste le riz, le tofu cuit dans les feuilles de bananier ou le tempe. Tout est parfum, tout est partage, tout est découverte. Un véritable délice… pour les papilles et pour le cœur.

Pour découvrir la cuisine de Sukma Iryanti.


La série In... We Trust (Nous croyons en...)


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