In Nafissa Yaouba We Trust, photographe et féministe

Dans la série In… We Trust (en français : "Nous croyons en"), Les Grenades vont à la rencontre de femmes arrivées là où personne ne les attendait. Pourquoi We Trust ? Parce qu’elles ont suivi leur chemin, elles y ont cru. Et nous aussi. Aujourd’hui, place à Nafissa Yaouba qui visibilise les femmes à travers à la photo.

Nous retrouvons Nafissa Yaouba, au studio La fabrique 22A à quelques pas du canal, dans le centre de Bruxelles. Cest ici quelle réalise ses portraits de femmes. Une manière pour elle de les visibiliser et de leur donner plus de place. Et aujourdhui, cest à notre tour de mettre la photographe en lumière...


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Se reconnecter à soi

Nafissa Yaouba sest formée en photographie à lInraci. Après ses études, elle dit suivre un chemin "conditionné". Elle trouve un emploi dans la vente, dans le milieu du maquillage. "Jai commencé comme caissière réassortisseuse, puis je suis passée seconde et enfin responsable boutique." Quand naît son deuxième enfant, elle prend conscience du schéma dans lequel elle sest engouffrée. "Je me suis dit : il y a quelque chose qui ne va pas.Je travaillais pour respecter des chiffres. Il y avait énormément de contraintes, de protocoles de vente. Je devais sanctionner les gens par des évaluations. Je me suis demandé : ‘À quel moment jai bifurqué de ce qui compte vraiment ?"

Au niveau de sa vie privée, elle ne trouve pas l’épanouissement. "Javais le projet de vie tel que je lavais perçu en tant que jeune fille : la maison, le mari, les deux enfants, la voiture, le job... mais ça ne marchait pas. Je me voyais m’éteindre, je m’épuisais." Elle décide de changer la donne et de mettre un terme à cet engrenage.  Elle se sépare du père de ses enfants, change de travail et revient à sa passion de toujours : la photographie. "Je me souviens, javais le choix entre acheter un nouveau canapé et un appareil photo numérique, jai choisi lappareil", confie-t-elle en riant.

Quand on met une photo sur la table, on va tou·tes la voir différemment selon nos perceptions du monde, c’est vraiment intéressant

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In Nafissa Yaouba We Trust, photographe et féministe © Tous droits réservés

Des portraits de femmes

Depuis trois ans, la voilà donc redevenue photographe. Elle s’est spécialisée dans les portraits de femmes, un intérêt qui date depuis longtemps, puisque c’était déjà le thème de son travail de fin d’études. Après des photos de mode et des commandes, elle décide de mener ses propres projets : photographier les femmes qu’elle choisit. C’est comme ça, entre autres, que le 8 mars 2020 elle photographie Zofia Wislocka dont nous avons, nous aussi, réalisé le portrait dans le cadre de cette série.

Et puis arrive la crise sanitaire et son lot de remises en question. Elle crée une association : Women We share. "Je suis dans un mode associatif, coopératif et collaboratif. Jai créé une ASBL pour mettre en avant les femmes par limage au travers du médium photo." Son envie part du besoin de montrer ce que font les femmes en dehors des stéréotypes de genre. Son premier projet denvergure est porté sur les femmes dactions. Elle décide pour ce faire de sélectionner trente femmes de différents domaines et de réaliser leur portrait pour raconter leur histoire.

Parmi les trente femmes, des réalisatrices, des militantes, des autrices, des sportives... Et même une Grenade !

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In Nafissa Yaouba We Trust, photographe et féministe © Tous droits réservés
In Nafissa Yaouba We Trust, photographe et féministe © Tous droits réservés
In Nafissa Yaouba We Trust, photographe et féministe © Tous droits réservés

Des triptyques multifacettes

Chaque femme est déclinée en une série de trois photographies noir et blanc : une sur un fauteuil en studio avec un objet symbolisant le domaine dans lequel elles œuvrent, une sur leur lieu daction et une en phase de repos. "Jai en mémoire beaucoup dimages dhommes assis sur ce type de fauteuil en noir et blanc. Je voulais recréer une histoire sur ce fauteuil dinspiration patriarcale : finalement, elles reprennent la place de laquelle on les a chassées. Cette image raconte cette reprise de position."

En rencontrant toutes ces femmes, je me rends compte que le prisme du genre est immense. Et un féminisme n’est pas du tout l’autre

Dans la phase daction, nous pouvons appréhender qui sont ces femmes et ce quelles font. Enfin, pour la photographe, il est essentiel de visibiliser aussi les femmes dans leur phase de ressourcement. "À une époque, je ne prenais pas le temps de ce repos. Je ne suivais pas mon cycle, ni mon flow, ni quoi que ce soit. Il y a un conditionnement à la rentabilité de l’être humain. Montrer les femmes qui se reposent, ça me renvoie à moi qui ne le faisais pas. Dans le schéma parfait où tout devrait être parfait, tu donnes du temps pour ton travail, ton linge, ta famille... Mais en fait, il y a un lâcher-prise à explorer. Je trouvais important de montrer ces femmes qui se baladent en forêt, prennent un verre entre copines."

Ce travail sera rassemblé lors dune exposition à lautomne et dans la publication dun catalogue.  "Au détour des rencontres, jai décidé de rajouter un portrait classique en studio de cinq collectifs. Ce qui fait au total 30 triptyques et 5 portraits de collectifs." Cest dans un esprit dempowerment quelle présente les actions de ces femmes.  "Je voudrais que dautres femmes se disent moi aussi je peux le faire."

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In Nafissa Yaouba We Trust, photographe et féministe © Tous droits réservés

L’image pour révéler

"Je suis issue dune famille monoparentale. Jai été élevée par ma maman, les questions féministes sont présentes dans ma vie depuis longtemps, mais je nen avais peut-être pas forcément conscience." Cest à larrivée de ses 40 ans que sest opéré le véritable switch. "En rencontrant toutes ces femmes, je me rends compte que le prisme du genre est immense. Et un féminisme nest pas du tout lautre. Cest très riche de voir la multitude des profils."

J’ai en mémoire beaucoup dimages dhommes assis sur ce type de fauteuil en noir et blanc. Je voulais recréer une histoire sur ce fauteuil dinspiration patriarcale : finalement, elles reprennent la place de laquelle on les a chassées. Cette image raconte cette reprise de position

Dans son prochain projet, elle aimerait se concentrer sur la visibilisation des femmes âgées. Aussi, dans un esprit de transmission et de sororité, Nafissa Yaouba donne des cours de photos aux femmes "pour sortir du mode automatique et apprendre à gérer son appareil." Elle organise par ailleurs des balades photographiques. "Ça fait sortir les femmes de chez elles, on part toutes ensemble en forêt."

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In Nafissa Yaouba We Trust, photographe et féministe © Tous droits réservés

Tout au long de sa pratique, de sa démarche, la photographe questionne le rapport à limage. "Ce que les médias nous présentent comme de la photographie thérapeutique, ce sont des mises en beauté de femmes. Mais en fait, lobjectif est dutiliser le support photographique comme un chemin entre le conscient et linconscient. Dentendre le vocabulaire de la personne et la manière dont elle se perçoit et se juge. Quand on met une photo sur la table, on va tou·tes la voir différemment selon nos perceptions du monde, cest vraiment intéressant."


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La perception que nous avons de nous-mêmes dépend bien entendu souvent de toute une série dinjonctions extérieures. Selon elle, le rôle du ou de la photographe est de mettre la personne à laise le temps de la séance. "Cest important de regarder les personnes. Parfois, je fais le clown, du coup, elles rigolent et cest à ce moment-là que je les prends en photo. Elles ne sont dès lors plus coincées par le je naime pas mon image, mais sont juste en train de rire..."

Se réconcilier avec l'image, avec son image... Tout un programme !

Pour découvrir le travail de Nafissa Yaouba cest par ici et ici.


La série In... We Trust (Nous croyons en...)


 

Si vous souhaitez contacter l’équipe des Grenades, vous pouvez envoyer un mail à lesgrenades@rtbf.be.

Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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