In Leïla Maidane We Trust, entrepreneuse sociale et féministe

Dans la série In… We Trust (en français : "Nous croyons en"), Les Grenades vont à la rencontre de femmes arrivées là où personne ne les attendait. Pourquoi We Trust ? Parce qu’elles ont suivi leur passion, elles y ont cru. Et nous aussi. Des femmes de caractère qui déconstruisent les stéréotypes à leur manière… Huitième épisode consacré Leïla Maidane, qui fait rimer la tech’ et l’humain.

Nous retrouvons Leïla Maidane à son co-working, "Spaces", un immense espace fraichement rénové à Tour et Taxis. Elle nous accueille avec un grand sourire. Cette jeune entrepreneuse de 29 ans, hyper active travaille sur plusieurs projets en même temps : Femmes Fières, une asbl dont l’objectif est de rendre l’entrepreneuriat accessible aux femmes et BeGreator une entreprise tech’ qui promeut des pratiques inclusives en matière d’accès à l’emploi.

La débrouille dans les veines

"Depuis que je suis gamine, j’ai le réflexe de me débrouiller pour trouver une solution quand je suis face à un dysfonctionnement. Dès que j’ai eu 14 ans, j’ai bossé dans une salle de sport pour être autonome, l’indépendance a toujours été ma priorité", introduit Leïla Maidane. À 18 ans, elle quitte le plat-pays pour le Canada. "J’avais besoin de découvrir autre chose, de reconstruire ma vie toute seule ‘from scratch ("à partir de rien", ndlr).’"


►►► Retrouvez en cliquant ici tous les articles des Grenades, le média de la RTBF qui dégoupille l’actualité d’un point de vue féministe


En septembre 2010, elle commence à étudier à Solvay, mais ça ne lui convient pas. Elle se lance dans des petits jobs, économise et met les voiles vers l’Angleterre, où elle étudie le business et la finance pendant cinq ans. Pour payer l’Université à Londres, elle travaille comme serveuse dans un bar à desserts la journée et le soir dans un "private dinning" où sont organisés des dîners d’affaires. "La comptable du lieu cherchait une assistante comptable, j’ai postulé et j’ai eu le job ce qui m’a permis d’avoir plus de stabilité dans cette ville très coûteuse en tant qu’étudiante."

En 2015, une fois diplômée, se pose la grande question "rester ou partir" ? Le coût de la vie de la capitale anglaise a raison de son choix. "Je suis rentrée en Belgique et j’ai commencé dans le recrutement informatique. Mais vite, je me suis rendu compte que ça ne me parlait pas, ce n’était pas assez humain."

Elle se lasse. Une porte s’ouvre à elle dans la consultance informatique. "C’était chouette d’améliorer les systèmes de grosses boîtes, mais il y avait un manque de sens à ma fonction."

Besoin de social

Parallèlement à ce travail, la jeune femme fait de nombreux voyages au Maroc. "Une partie de ma famille est encore là-bas, en grandissant j’ai eu envie de mieux connaitre le pays. En 2017, un soir au sud-est vers le Sahara, avec une amie, on a rencontré Ali qui nous a expliqué qu’il venait d’un village où vivait une collectivité de femmes qui voulaient se lancer dans un projet entrepreneurial, mais qui manquaient d’accompagnements, d’outils."

Leïla Maidane contacte quelques entreprises en Belgique, collecte des fonds et lance un projet d’apiculture et de tapis berbères en partenariat avec Min Ajliki, un programme d'appui à l'entrepreneuriat féminin au Maroc. Son asbl Femmes fières voit le jour. "Je l’ai co-créé avec une amie Wassila Tahere. Elle est vraiment une femme de terrain, alors que moi je suis plus cérébrale, on est très complémentaires."

Ce projet social l’anime, tandis que son emploi de consultante la mine de plus en plus. En 2018, un jour, elle n’arrive plus à se lever. "Je suis allée voir le médecin, et c’est là que j’ai décidé d’arrêter de travailler comme consultante. Mes grands-parents, ma mère, qui ont tellement galéré pour avoir une stabilité financière, me répétaient ‘Leila regarde tous tes avantages, pourquoi tu changes de job ?’ Mais je ne pouvais plus."

En 2019, elle rencontre Ibrahim Ouassari de MolenGeek qui remplit une mission de sensibilisation à l’entrepreneuriat. "Le courant est bien passé, mon aventure MolenGeek a commencé. Je suis devenue responsable des opérations, COO. Mon rôle était de permettre au projet de se développer de manière durable. J’ai travaillé là, un peu plus d’un an jusqu’au mois de juillet 2020, avant de me mettre à mon compte pour de bon."

2 images
In Leïla Maidane We Trust, entrepreneuse sociale et féministe © Tous droits réservés

Sexisme et discrimination à l’emploi

Riche de toutes ces expériences, en aout 2020, elle lance BeGreator dont le principe est de mettre l’Intelligence Artificielle au service des citoyen·nes pour garantir une visibilité aux candidat·es aux compétences équivalentes et assurer l'accessibilité du marché du travail pour toutes et tous.

"Ce projet fait suite aux constats que j’ai posé en tant que femme d’origine maghrébine dans le monde du travail, aux expériences de mon entourage et d’autres personnes qui sont aussi issues des minorités. Les préjugés à l’emploi et/ou les remarques sexistes qui peuvent se transformer en harcèlement une fois dans l’entreprise sont le quotidien de toute une série de personnes."

Un outil bien utile car comme l’indique l'étude de view.brussels de 2019, "les populations d’origine non-UE subissent un phénomène aigu de sur-chômage et de sous-emploi."

"Aujourd’hui, à compétences égales, les critères discriminatoires tels que l’âge, le sexe, l’origine ethnique ou la formation académique, viennent encore empiéter sur les chances de trouver un job, et de se faire entendre une fois dans l'entreprise. Mon objectif, c'est que tout le monde bénéficie d'une égalité des chances et de traitement dans le monde du travail."


►►► A lire : Nouvelles technologies: à la recherche des programmeuses de la sororité


Tout frais, tout neuf, le projet de Leila Maidane attend des financements, mais elle ne manque pas d’ambition. "Il y a une phrase que je répète tout le temps : ‘Diversity Is What You See, Inclusion Is What You Do’. Si l’entreprise ne fait pas un effort, il y aura toujours des discriminations."

Les préjugés à l’emploi et/ou les remarques sexistes qui peuvent se transformer en harcèlement une fois dans l’entreprise sont le quotidien de toute une série de personnes

Transmettre la confiance

Depuis ses débuts au Maroc, l’asbl Femmes Fières n’a jamais cessé ses actions de promotion de l’entreprenariat féminin. À la suite du confinement et de la crise sociale, les activités de l’association se développent aussi à Bruxelles. "Des femmes me contactent par rapport à leurs projets. Je les coachs, je leur explique par où commencer. On a mis en place la sosheweek en mars dernier, une semaine avec dix ateliers complets pour avoir une vue globale des outils essentiels pour lancer un projet."

Lors de cet événement, l’entrepreneuse sociale a eu à cœur de faire découvrir des femmes de terrain, des rôles modèles de différents horizons comme Diane Ndamukunda, make-up artist fondatrice de Tamiim ou Catherine Detaille co-fondatrice de JukeBox Clothes, la mode à louer. "On a eu 544 inscriptions. J’ai reçu des retours magiques."

Mon objectif, c'est que tout le monde bénéficie d'une égalité des chances et de traitement dans le monde du travail

Leïla Maidane ne s’arrête jamais, outre la promotion de l’entreprenariat féminin, avec son asbl, elle met en place des actions solidaires, en organisant deux fois par mois des récoltes de vêtements pour les plus démuni·es.

"J’ai été élevée par ma mère infirmière qui m’a transmis de belles valeurs sociales. Aujourd’hui, même si elle ne comprend pas toujours ce que je fais, elle est ma plus grande fan, et est toujours là pour m'encourager. C’est ma première femme fière", sourit-elle.

Des encouragements qu’elle transmet aux autres, jour après jour. Quoi qu’il arrive, la jeune CEO veut rappeler aux femmes, qu’elles peuvent être fières et arriver là où elles veulent.


►►► Pour recevoir les informations des Grenades via notre newsletter, n’hésitez pas à vous inscrire ici


Les femmes et la tech, le nouvel eldorado - Un podcast Grenades


La série In... We Trust (Nous croyons en...)


Si vous souhaitez contacter l’équipe des Grenades, vous pouvez envoyer un mail à lesgrenades@rtbf.be

Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d'actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK