In Laurence Siquet We Trust, du pain et des rêves réalisés

Dans la série In… We Trust (en français : " Nous croyons en "), Les Grenades vont à la rencontre de femmes arrivées là où personne ne les attendait. Rendez-vous farineux avec Laurence Siquet qui a retrouvé le gout de la vie après un burn-out en créant son projet de boulangerie.

Sur les hauteurs dOttignies, avenue du Chêne : une affiche indique "les miches de Lola". Quelques escaliers plus bas et nous y voilà. Laurence Siquet nous reçoit avec un thé chaud. Derrière la baie vitrée, la vue sur la vallée est magnifique. Les couleurs de lautomne sont flamboyantes. Cest ici, dans sa maison, quelle a installé son atelier-boulangerie. Si son parcours est loin d’être lisse, elle a su le faire rimer avec délices...

Se reconstruire

Remontons le temps. À l'université à Louvain-la-Neuve, rien ne prédestine cette étudiante en sciences économiques à devenir boulangère. "Je n’avais jamais pensé faire ce métier. Cependant, je me souviens qu’enfants, on allait chercher le pain avec ma sœur au village. J’aimais bien cet environnement, ces odeurs..."


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Plus tard, elle devient économiste et est employée dans un bureau d’études dans la coopération au développement. Installée dans sa vie de famille, elle découvre dans la boulangerie un véritable hobby. "J’avais participé à un atelier autour du levain, j’en préparais chez moi pour le plaisir. C’était chouette d’avoir une activité manuelle alors que mon travail était très intellectuel." Il y a quelques années, elle décide de prendre un congé éducation (un jour par semaine) pour lui permettre de suivre une formation en boulangerie-pâtisserie. De manière hebdomadaire, elle ramène le fruit de sa production à ses collègues : des tartes, des gâteaux, des viennoiseries. Cependant, au bureau, la masse de travail et la pression s’accumulent, elle craque. "Malheureusement (ou devrais-je dire heureusement avec le recul ?), j’ai fait un gros burn-out. Cet événement a signé un arrêt brutal de mes activités, y compris la boulangerie."

Un long cheminement et beaucoup de remises en question suivent ce basculement, elle prend conscience de son besoin de changer de voie. "Je n’avais plus envie de rester assise devant mon ordi. Je désirais faire quelque chose qui m’inspire, qui me procure de la joie et du plaisir au quotidien." Le pain qui est déjà dans sa vie devient son objectif de carrière.

Changer de vie

Sur le chemin de la guérison, elle reprend sa formation en boulangerie. "Le prof était étonné en entendant mon projet. Il ma dit ah bon, mais je ne te vois pas du tout boulangère, ça mavait un peu vexée." Motivée et décidée à passer à la vitesse supérieure, elle se met en quête de cours plus poussés. Alors quelle et sa famille sont en voyage en 2017 à Saint-Nazaire en Loire-Atlantique, elle découvre une enseigne qui lui plait. "À chaque fois que je pars en vacances, je regarde sil ny a pas des boulangeries que je pourrais visiter. Quand jai gouté cette production, je me suis dit waouw cest le pain que je veux faire. Je les ai contactés en leur demandant sils accepteraient que japprenne avec eux."

Traditionnellement lhomme est au fournil, son épouse est à la boutique. Jai cassé ce cliché puisque je fais tout de A à Z

À 41 ans, elle quitte le plat pays une semaine en novembre pour faire un essai dans cet atelier. Lexpérience est une réussite, les propriétaires sont d'accord de la former sur une plus longue durée. "Javais en tête de partir en stage six mois pour pouvoir me tester et voir si je tenais le coup physiquement. Jai proposé à ma famille dhabiter en France avec moi pendant cette période. Mon mari et mes enfants mont dit okay on y va." Nouvelle maison, nouvelle vie. Les enfants changent d’école, ses proches la soutiennent à fond ! "On est parti en février 2018 jusque fin aout. C’était une mise en situation complète. Jai appris à gérer les processus de différentes pâtes, enfourner, défourner. Jai appris plus en six mois quen deux ans de formation."

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© Tous droits réservés
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Baliser un nouveau métier

En rentrant en Belgique, elle se fait accompagner par la coopérative Crédal qui a un programme dentrepreneuriat en alimentation durable. "Il fallait passer du rêve à la réalité. Au fur et à mesure de mes visites chez les boulangers, je savais assez bien ce que je voulais et ce que je ne voulais pas."

À travers ce changement de carrière, elle devient sa propre patronne et son objectif est notamment de ne jamais revivre un épuisement professionnel. "Le plus difficile est de poser des limites. Jai mis en place une série de choses pour tenir sur la durée." Laurence Siquet produit deux jours par semaine (le mardi et le jeudi). "Traditionnellement lhomme est au fournil, son épouse est à la boutique. Moi jai cassé ce cliché puisque je fais tout de A à Z." La boulangère se lève vers 4 ou 5 heures du matin et commence ses préparations au lever du jour. "Le levain est un processus assez lent. Je cuis les pâtes début daprès-midi et je démarre la vente à 17h."


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Cest à la veille de la pandémie, en février 2020 quelle a lancé officiellement son activité : "les miches de Lola". "Le confinement a bien boosté les ventes j'organisais ça devant ma maison. C’était un peu lattraction de la rue. Le bouche-à-oreille a fonctionné. Ça a démarré sur les chapeaux de roue. Je ne mattendais pas à un succès si rapide."

La vente en direct lui permet de maintenir un contact avec sa clientèle.  "J’écoute les propositions, je madapte puisque je maitrise toute la chaine." Ce lien avec ses client·es, notre interlocutrice y tient beaucoup. La plupart de ses acheteur·ses habitent sa commune, à Ottignies. "Jai rencontré énormément de gens de mon quartier grâce à ce projet, jadore ! On discute, on échange. Parfois, les enfants viennent sans leurs parents, ils savent que je prépare des morceaux des biscuits... Peut-être quils et elles me rappellent ces moments quand avec ma sœur on allait chez le boulanger", confie-t-elle avec malice.

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Femmes et boulangerie

En 2020, le compte "Pépites sexistes" qui dénonce le sexisme et les stéréotypes diffusés par le marketing a secoué la twittosphère. En effet, sur la version numérique du Larousse, le mot boulangère était défini par "femme du boulanger qui travaille à la boutique". Les clichés ont la dent dure. Heureusement, la définition a été modifiée depuis. À savoir, de plus en plus de femmes se lancent dans le métier, particulièrement après une reconversion, à linstar de notre hôte. "Je connais des boulangères, mais surtout pour des petits projets artisanaux qui restent assez discrets. Au niveau du travail physique, cest vrai que cest fatigant pour le dos. Jai un meunier qui prépare des sacs de 20 kilos pour le confort de ses boulangères. Ma demi-tonne de farine déposée en haut des escaliers, il faut que je puisse la descendre !"

Pour se détendre et prendre soin de son corps, Laurence Siquet pratique beaucoup de yoga. "Cest important de trouver l’équilibre et de se préserver pour tenir." Si ce n'est pas simple tous les jours et quil y a toujours des tâches à exécuter, des commandes à planifier, elle ne regrette son changement de vie radical pour rien au monde. "Ce qui est chouette avec le pain, cest que je commence le matin avec de leau, de la farine, du sel et en fin de journée jai un produit fini que je peux proposer aux gens. Savoir que mes client·es le mangent le soir, cest vraiment gratifiant. Jai aussi appris à me remercier moi-même pour le cheminement parcouru."

Sa trajectoire en inspire plus dune. "Pas mal de boulangères en devenir mappellent pour recevoir des tuyaux." Ses conseils à celles et ceux qui voudraient se lancer dans une nouvelle carrière. "Ne pas trop réfléchir et se mettre en action. Pour autant, on ne doit pas vouloir être toujours au top. Jai fait beaucoup dart thérapie ; javais créé le collage dune montagne en marquant mes étapes de travail. C’était une façon de visualiser mon parcours et mon avancement."

Pour découvrir ses délicieux pains (essayés et approuvés !), cest par ici.


La série In... We Trust (Nous croyons en...)


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Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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