In Jeanette Van der Steen We Trust, première femme maître de chai en Belgique

In Jeanette Van der Steen We Trust, première femme maître de chai en Belgique
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In Jeanette Van der Steen We Trust, première femme maître de chai en Belgique - © Tous droits réservés

Dans cette série In… We Trust (en français : "Nous croyons en"), Les Grenades vont à la rencontre de femmes arrivées là où personne ne les attendait. Pourquoi We Trust ? Parce qu’elles ont suivi leur passion, elles y ont cru. Et nous aussi. Des femmes de caractère qui déconstruisent les stéréotypes à leur manière… Cinquième épisode consacré à Jeanette Van der Steen, vigneronne, insatiable curieuse et pionnière.

Dinant, son rocher Bayard, ses splendides bords de Meuse… et ses vignes ! Des vignes en Wallonie ? Hé oui ! Et si la région est reconnue pour ses vins, c’est entre autres grâce aux vigneron·nes pionnier·è·s, à l’instar de Jeanette Van der Steen, surnommée, "la bonne baronne". D’ailleurs, elle est la toute première femme maître de chai sur le sol belge. Chic ! Et aujourd’hui, elle emmène Les Grenades dans son domaine…


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Se reposer et… se lancer dans le vin

"Je suis arrivée ici, il y a 20 ans. A l’époque, je ne parlais pas du tout français", explique la Hollandaise âgée aujourd’hui de 60 ans. "Avec mon mari, on avait une entreprise de consultance en internmangement aux Pays-Bas. On avait beaucoup de travail. On se réveillait avec l’entreprise, on dînait avec l’entreprise et de temps en temps, l’entreprise dormait entre nous deux", rigole-t-elle. Le couple ressent alors le besoin de se reposer. "On venait souvent dans la région de Dinant, pour nous, c’était comme une petite Suisse. Finalement, on a trouvé une maison à Profondeville."

Ils s’installent dans un petit château (qui deviendra le château Bon Baron) sans la moindre intention de faire du vin. "Devant chez nous, de l’autre côté de la rue, il y avait un petit hectare sauvage et j’ai dit à mon mari : ‘si nous n’achetons pas cette parcelle, quelqu’un d’autre va installer une maison devant notre panorama…’ On l’a achetée et nous nous sommes demandé ce qu’on allait bien pouvoir faire avec ce terrain pentu de l’autre côté de la rue…"

Jeanette Van der Steen qui avait suivi, par curiosité, une formation à l'Académie de gastronomie de Peter Klosse à Anvers se lance alors dans le projet de faire son propre vin pour accompagner les mets qu’elle cuisine.

Elle se forme aux bases de la viticulture. "Nous avons fait plein d’erreurs au début." Mais à force d’enthousiasme, la recette prend et les bouteilles s’accumulent rapidement. "Nous avions trop de vin, alors j’en ai proposé aux voisin·es de Profondeville. Une voisine a pris sa bouteille au restaurant et le Chef s’est dit : ‘j’aimerais bien travailler avec du vin de terroir’. " Et c’est comme ça, qu’au début des années 2000, l’histoire des vins Château Bon Baron commence pour de bon… et que Jeanette alors âgée d’une quarantaine d’années devient vigneronne !

Pionnière en Wallonie

Ce qui nous frappe directement chez cette femme rigoureuse et joyeuse, c’est son sens de l’observation et de l’analyse. Ces compétences, elle les a acquises au fil des expériences, dans sa carrière précédente notamment, où elle accompagnait les entreprises à sortir du modèle pyramidal. 

Sa sensibilité et sa ténacité semblent être ses plus belles clés. De quelques bouteilles en amatrice à l’une des plus grandes productions de la région, il n’y a qu’un pas, ou presque… "On a donc commencé avec un demi-hectare chez nous, puis on a planté chez des amis à gauche à droite, on a loué des terrains à la commune... Nous sommes arrivé·es à deux hectares et demi."


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Le couple venu à la base dans la région pour lever le pied, réfléchit à arrêter l’extension ou à se lancer pour de bon… Infatigables, ils optent pour la seconde option ! "On a acheté ce terrain-ci en 2010", dit-elle en pointant les quinze hectares de vignes devant lesquels nous nous trouvons. "On a quatorze cépages. C’est une vallée vierge, très propre parce qu’il n’y a pas d’industrie." Dans le bas de la vigne, coule la Meuse, qui constitue la source de vie de ce sol caillouteux.

Acquérir ce terrain, est à l’époque un sacré défi. "Nous savions que faire du vin en Belgique coûtait plus cher… Il fallait tout démarrer à zéro. En France, il y a une culture de la vigne, il y a les écoles, les fournisseurs, des laboratoires. Ici, tout est plus compliqué."

La Belgique, un royaume de bières, sans culture du vin ? Eh bien oui et non ! Au Moyen Age, on retrouvait une multitude de vignobles en Wallonie, mais la culture du vin s’est perdue au fil des siècles.  Et si le vin local fait son grand come-back, c’est notamment grâce à Jeanette Van der Steen et son mari, Piotr, qui font partie des vigneron·nes précurseur·ses de Wallonie qui ont ouvert la voie. Ces dix dernières années, les surfaces ont quadruplé et la Wallonie compte à présent 70 vigneron·nes.

Il fallait tout démarrer à zéro. En France, il y a une culture de la vigne, il y a les écoles, les fournisseurs, des laboratoires. Ici, tout est plus compliqué


Curiosité, sensibilité, responsabilité

L’objectif de Jeanette Van der Steen : un vin de super qualité. "Seuls des cépages provenant de cépages classiques ont été plantés dans nos vignobles. Les plus importants sont le Chardonnay et le Pinot Noir, suivi par le Cabernet, Pinot gris, Auxerrois, Müller-Thurgau et Acolon", peut-on lire sur le site. La viticultrice suit toute la chaîne, du sol à la bouteille, et continue année après année, de questionner et d’optimiser toutes les étapes. Mi-chimiste-mi-poète, elle porte un regard curieux sur tout ce qu’elle observe et n’en finit pas d’apprendre.

Depuis ses débuts, la vigneronne s’est lancée dans une production durable et responsable. "On utilise ni herbicide, ni insecticide. J’utilise des vrais bouchons de Liège, les bouteilles sont produites en Belgique.  On a des panneaux photovoltaïques. Je lave le matériel avec de la vapeur d’eau, on n’utilise pas des produits chimique… La durabilité, c’est une quête pour la vie", explique-t-elle en nous faisant visiter la cuverie.

Château Bon Baron embouteille entre 50 et 100 000 bouteilles par an, ce qui les classe parmi les grandes productions belges (en 2019, 1.496.186 litres de vin ont été produits en Belgique dont près de la moitié en Wallonie). Tout allait pour le mieux jusqu’à l’arrivée de la pandémie. "On vend principalement à des restaurateurs de Haute Gastronomie. Soudainement, tout était fermé. Les réservations, les commandes, les visites, les avances, les foires, tout a été annulé. J’ai vraiment eu peur, je n’ai pas dormi pendant plusieurs semaines. Je pensais aux personnes qui travaillent pour nous… Les futs étaient pleins, je me suis dit : ‘qu’est-ce que tu peux faire pour récupérer un peu d’argent et payer les ouvriers…’ J’ai contacté Delhaize et je leur ai proposé un assemblage, ils ont accepté, ça nous a sauvés."

Aujourd’hui, trois cuvées sont proposées dans cette enseigne. Une belle manière aussi de démocratiser et faire connaître ce vin de qualité. Pour ses client·es, la vigneronne a également mis en place un e-shop où l’ensemble de la gamme est proposé. "Les épiceries fines, ce sont des ambassadeurs aussi", ajoute-t-elle.

A noter, malgré ce stress, pendant la crise sanitaire, Jeanette Van der Steen a mis 5000 litres de son "Vins de la Vallée Mosane" à disposition, afin qu'il soit distillé en alcool pour lutter contre la pénurie de désinfectant.

Un mari assistant, une véritable équipe

Ce n’est pas un secret, le monde du vin est encore et toujours un monde d’hommes. D’ailleurs, il suffit de parcourir la liste des membres de l’association des Vignerons de Wallonie pour se rendre compte qu’ils sont largement majoritaires. Jeanette Van der Steen fait figure d’exemple dans la profession. "Si maintenant on est à deux, tout au début, c’était surtout moi qui ai lancé le projet.  D’ailleurs, mon mari, il dit toujours : ‘je suis ton assistant’", confie-t-elle en souriant.


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Le couple a deux fils, installés aux Pays-Bas. Jeanette et Piotr forment une équipe à la vigne comme à la vie. Leur complémentarité est la fois touchante et inspirante : les deux savent unir leurs compétences à tous les niveaux et laisser toute sa place à l’autre. "J’aime écrire, lui peindre et prendre des photos." Quand elle est d’humeur, elle rédige d’ailleurs des poèmes sur le vin. Elle nous lit un passage de son dernier écrit en néerlandais : "coucher de soleil d’hiver sur la vigne". "Pour moi, la viticulture, c’est plus un style de vie qu’un métier… A la fin de la journée, on prend un verre de vin avec mon mari. En dînant, on ouvre une bouteille, on goute le vin et on discute…"

La vigneronne a à cœur d’inspirer d’autres femmes à travers la fonction de rôle modèle qu’elle joue.  Bien consciente d’avoir reçu une éducation où elle a pu s’épanouir et devenir qui elle voulait, elle sait que pour d’autres, les inégalités restent une réalité. Et comme ensemble, on est plus fortes, Jeanette Van der Steen est membre de Women do wine et Women in wine, deux associations qui font la promotion des femmes dans le monde du vin. "J’ai rencontré des femmes vigneronnes de partout : Moldavie, Hongrie, Georgie, USA, Pays-Bas, France…"


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La rencontre est l’un des moteurs de cette grande curieuse de tout et de tou·tes. "J’adore parler de ma passion. Si je suis face à un·e géologue, on va parler du vin et du sol, un·e historien·ne, on parlera de la culture du vin à travers l’Histoire ou quelqu’un qui vient d’ailleurs, des traditions de sa région…"

Si maintenant on est à deux, tout au début, c’était surtout moi qui ai lancé le projet. D’ailleurs, mon mari, il dit toujours : ‘je suis ton assistant

Nous passons à table, c’est l’heure de la dégustation. La maitre de chai (et des lieux) nous sert un verre de vin blanc. L’instant est à présent aux confidences… Pourquoi "Bon Baron" ? "J’ai trouvé une dalle où il était écrit ‘Bon Baron’ dans le château et le nom est resté." Tchin, on déguste. Un délice, et connaitre l’histoire du vin de cette bonne baronne, lui apporte encore plus de saveur… Santé !

Le vin a-t-il un genre ? Un podcast Les Grenades


La série In... We Trust (Nous croyons en...)


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Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d'actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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