In Astrid Genette We Trust, maman solo et maraîchère

Dans cette nouvelle série In… We Trust (en français : "Nous croyons en"), Les Grenades vont à la rencontre de femmes arrivées là où personne ne les attendait. Pourquoi We Trust ? Parce qu’elles ont suivi leur passion, elles y ont cru. Et nous aussi. Des femmes de caractère qui déconstruisent les stéréotypes à leur manière… Deuxième épisode consacré à Astrid Genette, les mains dans la terre, une histoire de militance féministe et paysanne.

Le rendez-vous est fixé à Haut-Bois, hameau de la commune de Gesves située dans les magnifiques vallées du Condroz. Face à nous, une grande maison, dans le jardin des caisses de légumes, des jouets pour enfants, Gaïa la chienne pleine de vie, un arbre auquel sont accrochées les chaussures de Naël et Astrid, les habitant·es des lieux. Derrière nous, un potager, des serres, des moutons et un poulailler.

Astrid Genette nous accueille les joues rougies par les premiers rayons du soleil. Cette maman solo, agricultrice et féministe s’est installée ici en pleine campagne en 2012. "Moi je viens d’Auvelais, près de Sambreville. C’est mon arrière-grand-père qui a acheté la maison dans les années 30. J’y suis venue pendant toute mon enfance." Elle ne savait alors pas encore que cette maison deviendrait son refuge et que les terrains la porteraient loin…

Il faut désherber, soigner les plantes, récolter…  Je ne mets aucun pesticide, je laisse la nature se faire. Ça a un côté magique, tu pars d’une graine et ça devient un légume que tu mets dans ton assiette

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In Astrid Genette We Trust, maman solo et maraîchère © Tous droits réservés

Transition intérieure

Le récit de cette femme proche de la terre est avant tout celui d’un déclic, d’un grand bouleversement. "J’adorais la nature, mais je n’aurais jamais pensé en faire un métier. En 2013, quand Naël, mon fils est né, j’ai eu envie de recommencer quelque chose de plus simple. Je voulais des aliments naturels pour le nourrir. J’ai commencé à m’occuper du potager qui se trouvait déjà là, je voulais lui montrer qu’on pouvait travailler dans la terre pour que lui aussi apprenne plus tard à ses enfants, j’étais vraiment dans une optique de transmission."

Parallèlement à ce besoin de retour à l’essentiel, sa vie bascule. "Je venais d’une relation compliquée, je me suis retrouvée maman solo avec un bébé de quatre mois, j’ai tout remis à zéro. Ça a été le tsunami."


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Astrid Genette qui travaillait comme illustratrice enchaine alors les difficultés. "J’ai été au chômage, j’ai perdu mon chômage, j’ai été femme de ménage, puis j’ai à nouveau perdu mon chômage."

Elle se tourne vers le CPAS de Gesves et découvre leur service de réinsertion professionnel en maraîchage. Elle se lance. "J’ai travaillé 18 mois chez eux comme article 60 à temps plein et en parallèle je me suis formée aux cours du soir du MAP, le mouvement d’action paysanne. En fin de parcours au CPAS, c’était clair, c’était ça que je voulais faire."

Une trajectoire qui n’a rien eu de facile, qu’elle a menée avec force et conviction tout en élevant son petit garçon.

Conscientiser les client·es

Nouveau métier, nouveau départ, derrière sa grande maison, 30 ares prêts à être transformés. Elle achète un motoculteur et commence à faucher. C’est parfois dur, lourd, fatigant, mais la puissance du Vivant est avec elle. Elle baptise son projet Le Jardin des Mycorhizes (la mycorhize nait de la symbiose entre un champignon et d'une racine).

Après être passée en couveuse d’entreprise, elle est récemment devenue totalement indépendante et vend ses courgettes, gousses d’ail et salades via le réseau des Gasap (Groupes d'Achat Solidaires de l'Agriculture Paysanne). Le principe du mouvement ? Recréer des liens entre les mangeurs et mangeuses et les producteurs et productrices. Si la plupart des producteurs et productrices des GASAP se déplacent à Bruxelles, la maraîchère a décidé de vendre ses légumes aux client·es de sa région. "Mon désir, c’était de tout mettre en local, de nourrir les villageois."


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Concrètement, chaque semaine, les client·es se rendent chez Astrid Genette pour récupérer leur panier de légumes. Autre point fort, le système des GASAP requière un engagement de la part des mangeurs et mangeuses, pour permettre à celles et ceux qui produisent d’être moins exposé·es à des problèmes de trésorerie, et ainsi réduire leur stress et leur permettre de se concentrer sur le travail aux champs. "Je produis 54 paniers par semaine et j’aimerais arriver à 80 familles. Les client·e·s payent par trimestre, par semestre ou par année, mais s’engagent sur la durée. Ça me permet de voir venir. Je peux payer mes plants, mes semences ou investir dans du nouveau matériel sans m’endetter."

Cette transparence au niveau des transactions financières et de la filière est une belle manière d’échanger et de partager les réalités du monde agricole. Et en cas de galère, les solidaires répondent présent·es.

Mon désir, c’était de tout mettre en local, de nourrir les villageois

"En mars, je suis tombée malade, probablement le Covid, mais il n’y avait pas encore de tests. J’étais cloitrée deux semaines au début du confinement, en plein début de saison ! Les mangeurs et mangeuses se sont mis·es ensemble, ils et elles m’ont dit ‘on va venir planter tes légumes et faire tes paniers à ta place.’ J’étais au téléphone depuis ma chambre vue sur le jardin et je leur disais ‘faut faire ceci, faut faire ça’. Je suis vraiment bien entourée.", explique-t-elle en riant. "J’ai l’impression que cette expérience a été une prise de conscience pour certain·es du travail au champ."

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In Astrid Genette We Trust, maman solo et maraîchère © Tous droits réservés

Au rythme des saisons

Tout comme la nature, Astrid Genette vit au rythme des saisons. "Le printemps pointe le bout de son nez. La saison commence maintenant, je sens que la sève remonte, même à l’intérieur de moi", confie-t-elle. "On va se donner à fond pendant 4 mois. Là, je n’ai qu’une envie, c’est de semer mes tomates."

Si toute l’année, il y a quelque chose qui pousse grâce aux serres, en hiver Astrid Genette complète ses paniers avec les légumes des producteurs et productrices du coin. "Histoire que les personnes ne s’ennuient pas avec seulement du pourpier ou du cresson. Mais les gens comprennent qu’ici ce n’est pas comme dans les supermarchés, on mange au rythme des saisons. Au fur et à mesure qu’on avance dans l’année, mes paniers se remplissent de plus en plus avec mes légumes. En juin, juillet, août, il n’y a que mes produits dedans."

Elle cultive des légumes fruits (tomates, haricots, aubergine, courgette), des légumes racines (carottes, radis), des légumes feuilles (les salades) et des légumes fleurs (choix-fleurs). "Il faut désherber, soigner les plantes, récolter…  Je ne mets aucun pesticide, je laisse la nature se faire. Ça a un côté magique, tu pars d’une graine et ça devient un légume que tu mets dans ton assiette. Si j’en ai trop, je les dépose à la coopérative cocoricoop, un projet créé par des producteurs et consommateurs."

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In Astrid Genette We Trust, maman solo et maraîchère © Tous droits réservés

Une femme sait le faire

La reconversion d’Astrid Genette s’inscrit dans une tendance de retour à la terre. "C’est la mode, mais c’est une belle mode. Je crois qu’il y a un intérêt d’autonomisation."

À travers son activité, elle veut aussi permettre aux autres de se faire du bien. Elle accueille par exemple des personnes en burn-out. "La plupart du temps, quand des gens viennent, ce sont des femmes. On papote ça fait du bien, j’appelle ça le ‘papotager’, on parle et on est heureuses les mains dans la terre, c’est très enrichissant." On pourrait dire qu’elle pratique une sorte d’éco-sororité.

Je veux travailler sur le militantisme féministe et paysan

Astrid Genette a eu 40 ans cette année et elle explique avoir fait la paix avec beaucoup de blessures, y compris celles causées par des hommes. "Cette année, j’accepte qu’ils m’aident, d’ailleurs, je vais accueillir un stagiaire homme. Avant, j’aurais dit non. Je ne voulais pas qu’un homme m’explique comment je dois faire le travail que je sais faire moi-même."

Une femme seule, dans les environs son parcours impressionne. Astrid Genette revendique sa posture féministe. "Je veux travailler sur le militantisme féministe et paysan. C’est mon étendard. Parfois, ma grand-mère me dit : ‘C’est dur quand même pour toi.’ Je lui réponds : ‘Je sais le faire, une femme sait le faire.’ Pour moi ce travail c’est l’indépendance, l’autonomisation sous toutes ses formes."


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Elle a par ailleurs rejoint un groupe qui milite pour la reconnaissance des maraîcher·es sur petite surface.

Si le métier est difficile et qu’en plus du travail au champ, il faut ajouter la comptabilité, la communication et le service client, la maraîchère ne reviendrait en arrière pour rien au monde. "C’est grâce à la terre que j’ai repris vie après mon passage à vide."

Pour la suivre sur les réseaux rendez-vous .


La série In... We Trust (Nous croyons en...)


 

 

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Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d'actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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