In Angélique  de Lannoy We Trust, soulager les nœuds du corps

Dans la série In… We Trust (en français : "Nous croyons en"), Les Grenades vont à la rencontre de femmes arrivées là où personne ne les attendait. Pourquoi We Trust ? Parce qu’elles ont suivi leur passion, elles y ont cru. Et nous aussi. Des femmes de caractère qui déconstruisent les stéréotypes à leur manière… Treizième épisode consacré à Angélique de Lannoy, masseuse au rire communicatif.

Un après-midi de printemps, devant l’opéra de Bruxelles, comme chaque jour depuis le début de l’occupation de la Monnaie des artistes, activistes, citoyen·nes prennent le micro face à l’assemblée. Les discours sont politiques, engagés, ils prennent aux tripes. Et puis soudain, Angélique de Lannoy s’adresse à la foule, tout sourire et propose une séance de yoga du rire. Elle fait résonner les "ohohoh", les "ahahaha". Le public se laisse entrainer, en quelques minutes, toutes et tous sont détendu·es, gloussent et se saluent les un·es les autres... Une expérience collective hors du commun.

Tu es trop petite

Quelques semaines plus tard, nous retrouvons Angélique de Lannoy autour d’un thé. Elle n’est pas que faiseuse de rires, mais aussi masseuse. Faire du bien aux autres, dénouer les tensions, c’est sa passion. Aujourd’hui, elle nous conte son histoire de rapport au corps.

"Je suis plus petite que la moyenne, c’est vrai, mais l’avantage c’est qu’on me reconnait très vite", introduit-elle. "Mon père et ma sœur jumelle sont aussi des personnes petites de taille. Le mot nain a été péjoratif et le reste pour beaucoup de gens. Le terme a été associé au milieu de la magie, du surnaturel..."

6 images
In Angélique  de Lannoy We Trust, soulager les nœuds du corps © Tous droits réservés

Elle a six ou sept ans, quand elle commence à sentir le regard des autres. "Les enfants disaient ‘tu ne peux pas jouer avec nous parce que tu es trop petite’. C’était compliqué parce que souvent les enfants veulent être adultes avant l’âge, et être adultes, c’est être grand. C’était comme si moi je n’avais pas accès et n’aurais jamais accès à ce monde-là."

Si à l’école, le quotidien n’est pas toujours rose, à l’Université, la situation s’apaise. Après des études d’Histoire de l’Art, et une expérience en Angleterre, elle est embauchée par la Fédération Wallonie-Bruxelles comme gestionnaire des bases de données du patrimoine culturel. "Au boulot, certaines personnes pensaient que parce que j’étais petite, je n’avais pas de diplôme. J’étais un peu étonnée." Si l’emploi lui plait, Angélique de Lannoy sent bien que d’autres portes sont à ouvrir...

Soulager les tensions

En quête de nouveaux horizons professionnels, tout en continuant à travailler, elle entreprend un deuxième master en communication et se lance dans une formation de massage. Il faut dire que le massage a toujours fait partie de sa vie : "J’ai eu de la kiné pendant des années, et enfant, je massais mes parents. Plus tard, dans ma coloc, on organisait des jams de massage." Cette première formation est un coup de cœur. Progressivement, elle apprend à déceler les zones de tensions et les techniques pour les soulager.

6 images
In Angélique  de Lannoy We Trust, soulager les nœuds du corps © Tous droits réservés

En mars 2016, c’est le choc, elle perd une amie dans les attentats de Bruxelles. Ce drame entraine une série de remise en question. Elle a trente ans et décide de faire une pause carrière. Elle part en Australie, un vieux rêve.... "J’avais envie pendant mon voyage de rencontrer des femmes qui massaient." Après quelques semaines sur l’île-continent, elle bifurque vers la Nouvelle-Zélande. Elle y découvre la méthode maorie. "On défait les nœuds liés à des mémoires d’aujourd’hui, d’hier, d’une autre vie ou des ancêtres." Elle prolonge sa formation à Bali.

En rentrant au plat pays, elle explique avoir pensé : "Soit je reste comme un oiseau en cage dans mon petit CDI, soit je vole de mes propres ailes..." Elle quitte son travail et se lance pour de bon dans sa mission bien-être.  Elle ouvre un cabinet à Saint-Gilles et retape une micro-caravane : la RelaxMobile. Au programme des "mains angéliques" : un mélange de techniques issues des traditions des quatre coins du monde.

6 images
In Angélique  de Lannoy We Trust, soulager les nœuds du corps © Tous droits réservés
In Angélique  de Lannoy We Trust, soulager les nœuds du corps © Tous droits réservés
In Angélique  de Lannoy We Trust, soulager les nœuds du corps © Tous droits réservés

Se libérer du regard des autres

Masser l’autre, c’est l’aider à se sentir bien dans son corps. Un rapport à soi qu’Angélique de Lannoy a particulièrement exploré. "Je ne suis pas dans les standards esthétiques de la masseuse donc peut-être que les personnes se jugent moins elles-mêmes."

A l’écran, les personnes en situation de handicap, et parmi celles-ci encore davantage les femmes, restent une minorité pratiquement invisible

Elle explique avoir l’habitude qu’on la regarde, qu’on la montre du doigt, que les gens se retournent sur son passage. Si aujourd’hui, cette jeune femme de 34 ans s’est libérée des jugements d’autrui, le regard validiste de nos sociétés n’est pas toujours simple à supporter. "Parfois je me dis que je me mettrais bien une cape de transparence, mais d’un côté ça me donne de la force aussi de me dire ‘bon voilà, on me regarde et je suis comme je suis’."


►►► Retrouvez en cliquant ici tous les articles des Grenades, le média de la RTBF qui dégoupille l’actualité d’un point de vue féministe


Elle ponctue tout l’entretien de son rire vibrant. "J’adore rire, je trouve que ça permet de désamorcer tellement de problèmes... Je suis assez connue pour ce rire communicatif, je voulais pouvoir le propager." Récemment, elle s’est lancée dans le yoga du rire en plus du massage.  

"Le rire envoie une dose d’hormone du bonheur. Avec le yoga du rire, on apprend à se reconnecter à son corps, à lâcher l’esprit.  Ensuite, on fait des petits gestes qui ont l’air ridicules, mais qui permettent au fur et à mesure d’amener le rire. Je crois que les gens se disent ‘elle n’a pas peur du ridicule, alors allons-y aussi.’"

Visibiliser les corps

Angélique de Lannoy insiste : "On ne voit pas assez les personnes handicapées dans notre société." Pour expliquer cette invisibilisation, elle pointe un reliquat de l’éducation catholique qui a longtemps gardé les personnes porteuses de handicap à l’écart de la société, dans des institutions spécialisées.

Elle souligne également le manque de diversité dans les modèles proposés. "Je pense que les médias ont un énorme rôle à jouer. Il y a toujours ces représentations idéalisées qui sont très loin du monde réel. Et quand on représente des personnes handicapées, c’est souvent en chaise, le handicap est porté sur la chaise plus que sur le corps."

De fait, comme l’indique l’analyse des Femmes Prévoyantes Socialistes : "A l’écran, les personnes en situation de handicap, et parmi celles-ci encore davantage les femmes, restent une minorité pratiquement invisible sur nos écrans et réduite dans les fictions à des rôles stéréotypés très éloignés des vécus réels." "Le nombre de fois où on ne m’a pas appelée ‘Passe Partout’ ou ‘Mimie Mathy’...", soupire Angélique de Lannoy.


►►► Pour recevoir les informations des Grenades via notre newsletter, n’hésitez pas à vous inscrire ici


La masseuse dénonce également les discours misérabilistes. "Ça m’énerve cette image de la pauvre personne handicapée. Parfois il faut un peu batailler pour rappeler que je suis un être humain comme tout le monde avec mes besoins, mes envies, mes désirs, mes colères. Je n’ai pas besoin de la pitié."

Femme porteuse de handicap, c’est la double discrimination : le sexisme et le validisme. "Il faut apprendre à prendre sa place et pas que quelqu’un te la donne. Et quand tu es petite encore plus."

Elle rigole : "Je suis l’être humain du futur, je consomme moins, je mange moins, j’ai besoin de moins grand espace. Faire la fête, ça en revanche, c’est au même niveau..."

Pour découvrir les massages d’Angélique de Lannoy.


La série In... We Trust (Nous croyons en...)


 

Si vous souhaitez contacter l’équipe des Grenades, vous pouvez envoyer un mail à lesgrenades@rtbf.be.

Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK