Horreur: le BIFFF oublierait-il les femmes dans sa programmation?

Horreur ! Est-ce que le BIFFF oublierait les femmes dans sa programmation ?
Horreur ! Est-ce que le BIFFF oublierait les femmes dans sa programmation ? - © Tous droits réservés

Sur 39 films en compétition, seuls 2 sont réalisés par des femmes. Le 37ème Festival du Film Fantastique de Bruxelles (BIFFF pour les intimes), s’est ouvert cette semaine jusqu’au 21 avril. Il présente des films d’horreur et de science-fiction venant du monde entier et se présente comme "l’un des plus grands festivals de films fantastiques au monde". De quoi intéresser le collectif de réalisatrices et de techniciennes du cinéma "Elles font des films" qui travaille à plus d’équité et de parité dans le secteur audiovisuel.

39 films en compétition et 2 films de réalisatrices présentés au festival

Elles ont fait les comptes: sur 39 films en compétition, seules 2 films de réalisatrices sont présentés au festival.  "Dans la situation dans laquelle on baigne, il n’est plus possible de dire qu’on ne savait pas. Dès qu’on ouvre une page internet, il est question de l’égalité homme-femme, notamment dans la culture. C’est un sujet qui nous concerne tous et toutes", explique aux Grenades une scénariste et réalisatrice du collectif. "On ne peut que regretter ce chiffre, c’est dommage. Nous sommes tributaires de la production mondiale de films. On ne demande pas mieux que de montrer des films de réalisatrices mais le cinéma est un milieu masculin, on en parle souvent avec les réalisatrices qui viennent au BIFFF. Nous sommes à la recherche de regards différents, ce sujet nous tient à cœur, d’ailleurs nous avons eu un jury 100% féminin il y a trois ans et personne n’en avait parlé", réagit Jonathan Lenaerts, porte-parole du BIFFF. Cette année sur les 31 membres du jury, on trouve 8 femmes.

Des débats et un univers masculin

Ce n’est pas la seule chose que pointe le collectif.  Une masterclass rassemblera des experts issus du monde du cinéma et de la science pour parler de l’Apocalypse à l’heure du réchauffement climatique, un thème essentiel dans notre société actuelle. Le mot "experts" est laissé sciemment au masculin car sur les 6 intervenants à cette masterclass, aucune femme en vue. "Cela montre qu’il n’y a pas eu beaucoup d’effort. Il y a des femmes scientifiques et il y a de femmes réalisatrices en Belgique", précise le collectif. Selon le porte-parole du BIFFF, cela s’explique par l’urgence dans l’organisation de cette masterclass qui s’est faite sur le tard. On a cherché: aucune autre masterclass ne donne la parole à des femmes durant cette édition du BIFFF.

Fantastique: un univers genré

Sans compter que l’univers fantastique est particulièrement genré. Les représentations des femmes et de leurs corps dans les films de ce genre ne sont pas sans stéréotypes. "Ce sont des petites choses fragiles, des femmes belles perdues dans les bois et qui vont se faire bouffer par Dracula. Il existe aussi des films où la revanche des femmes contre ce système est montrée, heureusement, mais ces films portent encore trop souvent des représentations sexistes", acquiesce-t-elle. Une des particularités du BIFFF est l’expérience collective du cinéma qui y est proposée. Les spectateurs et spectatrices peuvent crier durant les séances, raconter des blagues à voix haute, discuter... c’est par là aussi que le sexisme s’invite dans le festival. Une habituée se rappelle de la projection du film La Dernière Maison sur la Gauche il y a quelques années durant laquelle "lors d’une scène de viol, des hommes se sont mis à encourager le violeur".

Baise-là

Les Grenades ont assisté à l’ouverture du festival ce mardi. Alors que le protagoniste du film parlait à sa femme dans leur chambre à coucher, une voix d’homme a hurlé "Baise-là !", sans que cela n’ait aucun rapport avec l’action en cours sur l’écran. Une femme du public a réagi en huant et en criant que cela n’était pas drôle. "Par le langage et l’humour passent tellement de choses. Nous vivons encore dans une culture du viol, mais c’est nébuleux pour beaucoup de personnes. C’est pour ça qu’en plus de nos boulots respectifs, nous passons du temps à comptabiliser le nombre de femmes présentes dans les festivals. Pour mettre des chiffres, c’est-à-dire des choses factuelles, sur cette invisibilisation que vivent les femmes", réagit la réalisatrice, avant de continuer "Ce n’est pas que le cinéma fantastique, quand tu vas dans les écoles de cinéma, tu découvres qu’il n’y a que des réalisateurs qui sont enseignés. Au mieux, on présente Agnès Varda aux élèves. Ce n’est pas gagné. Nous avons dû intervenir au BRIFF, le nouveau festival bruxellois de films internationaux, parce que sur 32 films, seuls 4 étaient réalisés par des femmes". Le Tumblr belge Paye ton tournage répertorie les phrases sexistes qu’ont pu entendre les femmes qui travaillent dans le cinéma. Morceaux choisis: "Si tu veux être réalisatrice dans ce pays, faudra sucer des bites", "Ah mais t'as un cul d'africaine en fait!", "Wow y'a trop de meufs, je vais pas réussir à me concentrer…", "Si j’étais pas marié et père de famille, je te ferais une Harvey Weinstein à toi !". Le documentaire Et la femme créa Hollywood rappelle que les femmes sont les grandes oubliées de l’histoire du cinéma. Rappelons-nous d’Alice Guy, de Lois Weber ou encore de Frances Marion, des pionnières du cinéma au début du 20ème siècle…

Le BIFFF se montre intéressé par une réflexion globale sur cette question, avec les autres festivals. Pour que les films de genre fantastiques ne restent pas des films de genre masculin.

 

 

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