Grève des femmes: "On se lève et on se bat"

Grève des femmes: "On se lève et on se bat"
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Grève des femmes: "On se lève et on se bat" - © Tous droits réservés

A Bruxelles, un dimanche plus féministe que jamais a eu lieu ce 8 mars 2020. Dès ce matin, des centaines de personnes se sont rassemblées pour faire entendre les droits des femmes. À partir de 14 h, des milliers d’autres sont arrivées pour rejoindre la Marche Mondiale des Femmes et participer à une journée de lutte et de sororité.

Toute la matinée, des activités de sensibilisation ont eu lieu au Carrefour de l’Europe et à la place de l'Albertine à Bruxelles, mais aussi un peu partout dans le pays. À l’occasion de cette 43e Journée internationale pour les droits des femmes, le Collecti.e.f 8 mars et le mouvement de la Marche Mondiale des Femmes ont appelé à descendre dans les rues pour rendre visibles les inégalités et les injustices causées par notre système patriarcal. Cette après-midi, 6.300 personnes, ont défilé dans la capitale selon les estimations de la zone de police Bruxelles-Capitale/Ixelles. Sur place, nous avons recueilli quelques paroles...

Faire converger les luttes

La journée a commencé en beauté. Dès 10h du matin, place Albertine, des ateliers thématiques et des débats étaient organisés. Des moments de rencontres et questionnements aussi riches que passionnants.

La domination du corps des femmes, c’est le cœur du patriarcat

Par-là un atelier sérigraphie, où Juliette et d’autres s’affairaient à créer un maximum de foulards féministes, par ici un débat autour des violences obstétricales. Autour de la table, notamment, Fabienne Richard, directrice du Gams et Marie-Hélène Lahaye, autrice du blog Marie accouche là. "Il faut changer de modèle et mettre la femme au centre. La domination du corps des femmes, c’est le cœur du patriarcat", a appuyé l’une des participantes.

Sara de son côté, a animé un atelier de bien-être pour femmes racisées en non-mixité. "L’approche intersectionnelle est très importante pour nous. On subit les discriminations de genre et de race. À travers cet atelier, on se rappelle qu’on peut prendre notre place, qu’on peut prendre le temps de prendre soin de nous, parce que si on ne le fait pas pour nous-même, personne ne le fera."

Un peu plus loin encore, sous la tente "Droits au logement", Anne-Sophie a mis en lumière les injustices que subissent les femmes. "Pour les femmes monoparentales, c’est très difficile de trouver un logement familial avec un seul revenu. Sans oublier les femmes victimes de violences conjugales, il y a des centres d'hébergements, mais pas assez de logements pour le long terme. Plus le marché de l’immobilier est tendu, plus il y a de discriminations en fonction du revenu et de l’origine. Il faut créer plus de logements publics et sociaux."

On se met ensemble, et cette sororité nous donne la force

Sous une tente transformée en plateau de fortune, ZIN TV, Axelle magazine, Alter Échos, et d’autres se sont associées pour proposer une émission en direct. "On a préparé l’émission entre femmes en prenant compte des compétences et revendications de chacune, c’était une construction collective", témoigne Manon.

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Solidarité avec les femmes du monde entier

Au fur et à mesure de la journée, de plus en plus de gens ont rejoint le mouvement. Cette après-midi, malgré la pluie, le vent, le corona et tout le reste, des milliers de personnes ont marché dans les rues suite à l’appel du Collecti.e.f 8 mars et du mouvement de Marche Mondiale des Femmes, un réseau mondial qui regroupe une série d’associations, de syndicats et de campagnes.

Sur la scène installée devant la gare centrale, des femmes du monde entier se sont exprimées pour visibiliser celles qui sont à l’avant des luttes contre les régimes réactionnaires et oppresseurs. Une série d’activités ont été organisées pour donner la parole à celles qui subissent les violences ici comme ailleurs. "A l’occasion des 75 ans de la sécurité sociale, nous voulons mettre en avant que lutter contre le démantèlement de la sécurité sociale, c’est aussi lutter contre les violences sexistes. En effet, l’égalité entre hommes et femmes est cruciale, mais sans moyen financier elle reste lettre morte ! Sans sécurité sociale, il y aurait trois fois plus de pauvres en Belgique. Aucune égalité de genre n’est possible dans une société aussi inégalitaire", a déclaré le mouvement de la Marche Mondiale des Femmes dans un communiqué.  

Citoyen.ne.s, monde associatif, syndicats, tout le monde s’était donné rendez vous autour de la gare centrale. La grande manifestation nationale a démarré à 14h.

 

Il faut continuer de visibiliser la cause féministe. Être ici, c’est aussi l’occasion de discuter de plein de sujets, de trouver des réponses à mes questions, de me positionner

Dans les rangs, des slogans forts, des chants de révolte à l’unisson, des fumées roses et mauves. On pouvait notamment entendre : "Le patriarcat, on n’en veut pas", "Sexisme ordinaire, femmes en colère", "Trop de tâches ménagères, femmes en colère", "Solidarité avec les femmes du monde entier" ou encore "Bruxelles réveille-toi". Dans la foule, des femmes de toutes les origines, de tous les âges, de nombreux hommes alliés également.  "Je trouve que c'est vraiment important d’être là. Il faut continuer de visibiliser la cause féministe. Être ici, c’est aussi l’occasion de discuter de plein de sujets, de trouver des réponses à mes questions, de me positionner", nous a témoigné Morgane pendant le cortège. 

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Quand les femmes s’arrêtent, le monde s’arrête

Un appel international à une grève des femmes* été lancé, à l’initiative du mouvement argentin Ni Una Menos et de la Women’s Strike étasunienne. Le Collecti.e.f 8 maars a appelé les femmes* de Belgique à deux jours de grève ce dimanche 8 et lundi 9 mars 2020. Une grève féministe qui s’organise autour de quatre axes : la grève du travail salarié, la grève du travail domestique, la grève de la consommation et la grève des études et de la formation. Le collectif rappelle que ce 8 mars 2020 tombe un dimanche, jour de congé pour beaucoup de travailleuses, mais pas pour toutes. "En outre, s'occuper des tâches familiales et ménagères est un travail quotidien pour la plupart des femmes*, même pendant les jours de repos.", continuent-elles. "Je remercie les Argentines d'avoir lancé l'idée de l'outil de la grève, ça peut avoir un impact", confie Pamela. Pour Louise, "cet appel à la grève, c’est un passage à l'action On se lève et on se bat. On a beau dire qu’on en marre, le patriarcat est là et a un impact à tous les niveaux de la société. La cause féministe, c’est une convergence de luttes. On se met ensemble, et cette sororité nous donne la force."

Rappelons que le 8 mars, c'est tous les jours. "On marche pour toutes celles qui ne peuvent pas être là, celles qui ne sont plus là. On s'arrête pour défendre nos droits, pour arracher de nouveaux et se battre contre ce système qui nous exploite", a déclaré une membre du Collecti.e.f 8 maars.

*et toutes les personnes s’identifiant et/ou étant identifiées comme femme

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Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d'actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.