Greta et Calamity: le pouvoir des jeunes filles

Greta et Calamity: le pouvoir des jeunes filles
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Greta et Calamity: le pouvoir des jeunes filles - © Periscoop film

Chaque semaine, Les Grenades scrutent les écrans et dégoupillent les sorties ciné. Cette semaine, Elli Mastorou fait un doublé, avec un documentaire et un dessin animé, qui ont en commun des héroïnes au caractère bien trempé.

Cette semaine, on va parler non pas d’un film, mais de deux. Il paraît que choisir c’est renoncer, et je n’y suis pas arrivée. Pourquoi ? Premièrement, comme ça vous avez deux bonnes raisons de soutenir les salles de cinéma (ne riez pas).

Deuxièmement, parce le premier est un documentaire, le second est une fiction d’animation, mais leur point commun est qu’ils ont chacun une jeune héroïne avec une sacrée détermination.

Héroïnes issues de la vraie vie

Dans ‘I Am Greta’, c’est une jeune fille de 15 ans. Elle a les yeux clairs et deux longues nattes le long du dos. Elle aime la nature, les balades avec son cheval, et elle a ce trait particulier : dès qu’elle se passionne pour quelque chose, elle lit absolument tout ce qu’elle peut trouver sur le sujet.

C’est une des caractéristiques de son autisme Asperger. Et c’est ce qui est arrivé avec le réchauffement climatique : à partir du moment où elle en a pris conscience, elle s’est plongée dans des recherches exhaustives. Elle en est devenue tellement inquiète pour le futur de la planète, qu’elle n’arrivait plus à dormir, ni manger. "Elle a traversé une phase quasiment dépressive", raconte son père dans le documentaire.

Et puis un jour Greta a décidé d’agir, puisque les adultes ne le faisaient pas. Armée d’un panneau en carton sur lequel elle a écrit "grève scolaire pour le climat", elle est allée s’asseoir, toute seule, devant le parlement Suédois. C’est un des atouts principaux du film de Nathan Grossman : il a filmé Greta Thunberg avant sa célébrité. Avant les milliers de manifestant-es à ses côtés, avant les sujets dans les médias et les railleries des climato-sceptiques, avant les invitations de l’ONU, du Pape, d’Emmanuel Macron, avant la traversée de l’Atlantique en voilier.

Quand le film commence, nous sommes en juillet 2018, et elle est juste une adolescente parmi d’autres dans Stockholm, - sauf qu’elle est assise par terre avec son carton. La caméra, devant laquelle défilent des jambes pressées, semble être la seule à l’observer. Soudain, une passante s’arrête, lui demande ce qu’elle fait là. "Tu ne devrais pas être à l’école, plutôt ?" s’amuse-t-elle avant de poursuivre sa route. Clairement, ce sera loin d’être la dernière fois qu’une "grande personne" pense savoir mieux qu’elle ce qu’elle devrait faire ou pas…

Dans ‘Calamity’, Rémi Chayé s’est inspiré de l’enfance de celle qu’on surnommera Calamity Jane, pour imaginer une fille de 12 ans aux cheveux bruns et au regard pétillant. Suite à la mort de sa mère, elle veille sur ses jeunes frères et sœurs, tandis que son père conduit le chariot familial sur la route de l’Ouest.

Mais quand ce dernier se blesse grièvement, le reste du convoi, exaspéré, est prêt à les abandonner. Surtout Abraham, le grand homme barbu qui leur sert de chef : avec ses sourcils froncés et son assurance à toute épreuve (même quand il se plante de chemin), il est un peu le cliché suprême du chef de meute plein de virilité.


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Et comme en 1863, les femmes avaient pas grand-chose comme droits à part celui de cuisiner et d’enfanter, imaginez le choc quand Martha prend les rênes du chariot. Pire : pour faire ça plus confortablement, elle enfile un pantalon – là tout le convoi frise la syncope. Forcée de fuir son groupe suite à une fausse accusation de vol, c’est une Martha déguisée en garçon qui se frayera un chemin dans un nouveau monde en construction. Un voyage initiatique, durant lequel elle croisera bien des dangers, mais à travers lequel sa personnalité va s’étoffer…

Je trouve que c’est important de créer de nouvelles alternatives. Là, on a une gamine turbulente, qui ne reste pas à sa place, qui n’est pas spécialement sage

Calamity Jane, Greta, même combat

Je pense que vous commencez, vous aussi, à comprendre pourquoi j’ai voulu rapprocher Greta et Calamity. Dans le parcours de ceux filles intrépides, la première chose qui m’a frappée, c’est le fait qu’elles n’hésitent pas à faire fi de l’avis des adultes pour mener à bien leurs projets.

Personnellement, quand j’avais 12 ans, ça ne me serait pas venu à l’esprit que c’était une possibilité. Je pensais que "les grandes personnes" étaient des figures incontestables d’autorité, et que la sagesse se comptait sur base du nombre d’années. Et ce n’est pas vraiment les héroïnes de mon enfance qui auraient pu m’apprendre le contraire.

Attention, je ne les renierais pour rien au monde, elles ont marqué mon imaginaire, ont été mes premiers repères féminins. Mais du Petit Chaperon Rouge à Martine toujours sage comme une image, en passant par les princesses Disney, leurs récits avaient plutôt tendance à souligner les dangers qu’on encourt en désobéissant à ses parents : se faire bouffer par le loup, choper un gros rhume ou se faire kidnapper par des méchants…

On a besoin aussi de filles comme ça, des Calamity, des Greta. D’autres modèles de petites filles. Des filles indépendantes, qui se définissent par leur caractère, leurs valeurs, leur engagement… et pas forcément par leur rencontre avec le Prince Charmant

Bien sûr, désobéir n’est pas un but en soi : c’est le contexte autour d’elles qui pousse ces filles à le faire. ""Elle (Martha, NDLR) n’est pas contestataire a priori de son statut de fille, elle est bien dans ce qu’elle est, mais la situation la pousse dans la vie des garçons", explique Rémi Chayé sur lavenir.net. Et bien sûr les ennuis ne tardent pas à arriver, tant pour Calamity que pour Greta.

La première devra affronter la sauvagerie des animaux comme celle des hommes, les dangers du travail à la mine, et la crainte qu’on découvre que malgré son pantalon, elle n’est pas un garçon.

La seconde essuiera des quolibets par milliers, du petit troll anonyme d’Internet aux plus grands dirigeants de la planète. (C’est sûr que c’est plus facile de se moquer d’elle que de prendre dix minutes pour écouter son message, nourri de tous les rapports scientifiques qu’elle a ingurgités). Mais ce n’est pas ça qui va les faire baisser les bras. Grâce au soutien de proches (son papa ou Anuna de Wever pour Greta, un toutou fidèle pour Martha), elles gardent confiance en la justesse de leur combat.

Un autre point commun de ces deux films, c’est aussi l’absence d’enjeu romantique. Pour changer. D’ailleurs qui a décidé qu’un mec hétéro cis sur son cheval blanc était l’idéal romantique de toutes les jeunes filles de la société ?

Et franchement, je dis chapeau, parce que moi gamine, le regard condescendant d’un chef d’Etat moustachu aurait suffi pour me persuader que je suis nulle et me faire rentrer chez moi fissa. Heureusement j’ai appris depuis qu’entre un vieux monsieur grisonnant et une jeune fille aux yeux qui pétillent, la personne la plus ‘raisonnable’ ou ‘sensée’ n’est pas forcément celle que les dessins animés m’ont laissé penser. Comme quoi on peut grandir biberonnée aux Disney, et quand même devenir une féministe énervée.


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Petites filles modèles VS nouveaux modèles de petites filles

"Je trouve que c’est important de créer de nouvelles alternatives. Là, on a une gamine turbulente, qui ne reste pas à sa place, qui n’est pas spécialement sage. C’est intéressant de montrer aux enfants des modèles qui s’autorisent à crier et à ne pas faire ce qu’on leur dit de faire", abonde Rémi Chayé.

Et si de son côté Greta n’est pas ‘turbulente’ à proprement parler, avec sa voix douce qui ne s’élève jamais, elle non plus ne reste pas à sa place, et a poussé toute une génération de lycéen.nes à désobéir civilement. Le documentaire sur elle, même s’il manque d’un peu de recul, n’est pas une hagiographie. On la voit douter, s’emporter – et si elle peut paraître énervante par moments, tant mieux : les petites filles modèles, on en a soupé. (Oui, ce roman de la Comtesse de Ségur était dans mes livres de chevet).

On a besoin aussi de filles comme ça, des Calamity, des Greta. D’autres modèles de petites filles. Des filles indépendantes, qui se définissent par leur caractère, leurs valeurs, leur engagement… et pas forcément par leur rencontre avec le Prince Charmant. Car un autre point commun de ces deux films, c’est aussi l’absence d’enjeu romantique. Pour changer. D’ailleurs qui a décidé qu’un mec hétéro cis sur son cheval blanc était l’idéal romantique de toutes les jeunes filles de la société ?

Bref, documentaire ou fiction, aventure dans les plaines colorées de l’Ouest américain ou épopée climatique émouvante et effrénée, cette semaine, les récits inspirants ne manquent pas. Et dans ce monde chaque jour plus incertain depuis six mois, si vous voulez retrouver un peu du monde d’avant dans le monde d’après, et voir des gens pas masqués… la meilleure option pour l’instant reste encore l'écran de vos salles de ciné.


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