Graines de cinéastes, le festival qui sème

Le vendredi 7 mai, un nouveau festival de cinéma ouvre ses portes (pour l’instant virtuelles) en Belgique francophone. Sous le nom évocateur “Graines de cinéastes”, ce projet émane du festival Elles Tournent, organisé depuis de nombreuses années et qui met en avant le travail de réalisatrices du monde entier. 

Nous avons répondu à un appel à projet d’Equal.Brussels qui souhaitait relancer certains pans de la société pendant cette crise sanitaire avec une attention particulière pour l’égalité des genres. Cela nous a semblé être le bon moment pour proposer ce nouveau festival, qui se distingue du festival Elles Tournent de deux manières : nous programmons uniquement des jeunes réalisatrices (toutes les personnes qui s’identifient en tant que femmes peuvent nous soumettre leur film) et nous nous concentrons sur les réalisatrices qui travaillent sur le territoire belge, là où le festival Elles Tournent est international”, souligne Axelle Pisutto, qui fait partie de l’équipe du festival Graines de cinéastes.


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Avec ce festival, nous voulons montrer l’avenir du cinéma belge, nous voulons partager des regards plus diversifiés et inclusifs

Lever les freins et les obstacles

Et quand nous disons “jeunes”, nous ne faisons pas référence à un âge mais au fait que les réalisatrices débutent dans le métier. Concrètement, nous nous rendons compte qu’il y a de multiples freins et obstacles pour les femmes qui réalisent des films, entre leur sortie de l’école et leur entrée dans le métier. La crise sanitaire a exacerbé cette situation. Avec ce festival, nous voulons montrer l’avenir du cinéma belge, nous voulons partager des regards plus diversifiés et inclusifs”, précise-t-elle.


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Au programme de cette première édition, plusieurs dizaines de court-métrages qui sont le premier ou le deuxième film des réalisatrices. “Le court-métrage est très peu représenté dans les festivals en Belgique. Nous avons été très surprises de recevoir 150 films dans lesquels nous avons dû faire une sélection. Nous avons sélectionné les films dans lesquels la personnalité et la vision des réalisatrices transparaissaient le mieux” continue Axelle Pisuto.

Le festival est organisé en deux temps : d’abord, deux soirs de projection en direct sur la plateforme Viméo, les 7 et 8 mai, en collaboration avec Bozar, et accompagnés d'une session de questions-réponses avec les réalisatrices animé par notre journaliste Jehanne Bergé.

Le samedi 8 mai, deux tables-rondes sont également prévues en direct, une sur l’impact du mouvement #MeToo dans l’audiovisuel belge francophone et l’autre sur l’état de santé de l’audiovisuel belge francophone.

Ensuite, place à la deuxième partie du festival du 9 au 16 mai : 34 films, dont des inédits, seront disponibles sur la plateforme de streaming Sooner. De la fiction, du documentaire et de l’animation sont programmés.

Le milieu est plus compliqué pour les femmes, on ne connait que trop bien les principes des boys club

Relayer le message de la nouvelle génération

Les films seront à chaque fois accompagnés d’une interview de leur réalisatrice, parce qu’il est vraiment important pour nous de leur donner la parole. C’est une visibilité de leur travail mais aussi une façon de jeter un pavé dans la mare et d’éveiller les consciences puisque toutes disent qu’il ne faut pas douter, qu’il ne faut rien lâcher, que ce n’est pas un métier d’homme. Cela montre que le milieu est plus compliqué pour les femmes, on ne connait que trop bien les principes des boys' club… Nous voulons relayer le message de cette nouvelle génération et créer des liens entre elles, leur permettre de créer de la sororité. Nous voulons aussi faire des ponts entre les écoles, les associations de terrain et les réalisatrices”, explique Axelle Pisuto.

A l’avenir, le festival entend évoluer. L’équipe évoque des formations, des projections à d’autres moments de l’année, des débats et des ateliers de productions. Comme autant de graines semées. “Nous sommes là pour soutenir les jeunes réalisatrices qui ont le droit de refuser l’ambiance machiste de ce milieu”, conclut-elle.

Une sélection de trois court-métrages

Dans la catégorie fictions, le film d’ouverture “Window” de la réalisatrice Violet Braeckma est à ne pas rater. Cette nouvelle visuelle est basée sur un poème du poète et cinéaste iranien Forough Forrakhzad, à propos d’une jeune femme qui grandit. En se remémorant son enfance, elle réalise soudain qu’elle est une femme. “Il s’agit d’un vrai coup de cœur de l’équipe, il y a beaucoup de magie et de poésie dans ce film, il y a aussi la métaphore d’aller de fenêtre en fenêtre… la réalisation est très intéressante”, explique Axelle Pisuto.

Dans la catégorie documentaires, Pyrale de la réalisatrice Roxanne Gaucherand. Été 2016, Drôme provençale : des nuées de papillons blancs ont envahi la région. À l’approche de la nuit, on se calfeutre chez soi. Tandis que la vague approche, Lou découvre ses sentiments pour son amie Sam. À la fin de la saison, la pyrale aura dévasté les buis centenaires de la région, laissant derrière elle un paysage de ruine. ”Ce film brasse beaucoup de thèmes qui me sont chers comme l’environnement et la nécessité de préserver un territoire mais il y a aussi une très belle métaphore avec le sentiment amoureux, le premier amour qui laisse des papillons dans le ventre”, observe-t-elle.


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Dans la catégorie animations, Hégémonie du vide de Maëva Jacques. Immersion dans un monde contrôlé par des hommes à tête d’oiseaux entièrement dénués d’émotions. “Ce film a un côté loufoque, il sort des sentiers battus, il porte une critique de la société de surconsommation, le titre dit tout. Avec aussi l’importance de la technique de Maëva Jacques dans les dessins”, précise Axelle Pisuto.

Toute la programmation du festival est à retrouver par ici.

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Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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