Festival sous haute cohérence : "Voix De Femmes" fête ses 30 ans cette année

30e anniversaire et 15e édition du festival bisannuel Voix De Femmes, de retour à Liège entre le 14 et le 30 octobre. Un projet à l’intersection des arts, des cultures et des féminismes. Au menu : de l’art sous toutes ses formes par des artistes femmes ou s’identifiant comme telles. Et la réflexion est poussée loin, le festival se voulant le plus accessible et inclusif possible. Une démarche très cohérente, toute en subtilité et en mouvance constante, destinée à faire entendre les voix des Femmes !

Un festival qui ouvre des VOIES

Concrètement, Voix De Femmes, c'est un enchevêtrement d'événements, d'ateliers, de rencontres, et de collaborations qui vont tou·te·s dans le même sens : encourager et amplifier les voix et les paroles de celles (et ceux) que l'on entend peu, et pourquoi pas ouvrir - ou au moins débroussailler - quelques voies au passage.

Le festival est un espace de diffusion pour les projets artistiques d’artistes femmes du monde entier. Avec un faible non dissimulé pour la recherche, les expérimentations et les tentatives aventureuses.

Un festival pour tou·te·s

La culture, on le sait, est un vecteur d’émancipation, de progrès social, de visibilisation des artistes femmes. Avec les arts, on peut faire évoluer les représentations, dépoussiérer les esprits, ébranler les vieilles croyances et transmettre, voire susciter des vocations.


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Cette année, l’équipe a choisi de Dis/continuer. Tout au long de la programmation, se posera la question des héritages : ce que les artistes, les femmes, l’équipe du festival veulent chérir, transformer, ou arrêter. Et ce qui vaudra le coup d’être célébré. Ensemble ! Ici, la remise en question est permanente.

Le festival Voix de Femmes s’adresse à tou·te·s celles et ceux qui se sentent concerné·es tant par l’égalité femmes/hommes que par le respect et la valorisation de la diversité culturelle. Bref : vous y êtes les bienvenu·es!

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© Festival Voix de Femmes, tous droits réservés

Est-ce que c’est nécessaire, un festival "de femmes" ?

On le sait, maintenant, les femmes ont été en grande partie effacées de l’Histoire. Et notamment de la culture. Leurs travaux, œuvres et réalisations ont souvent été passées sous silence ou pire, attribuées à des hommes. Vous souvenez-vous de la grande peintre Margaret Keane ? Ou plutôt de son époux, Walter Keane, qui a connu le succès en s’attribuant son travail à elle pendant des années ? Leur histoire représente l’une des grandes impostures de l’histoire de l’art. C’est bien Margaret qui était l’artiste.

Tim Burton en a tiré un film avec Amy Adams en 2014, intitulé " Big Eyes ", en référence aux personnages aux grands yeux qui étaient représentés sur les toiles de Margaret.

Mais pour une imposture démystifiée, et une femme remise sur le devant de la scène, combien sont restées dans l’ombre, voire dans les ténèbres dans tous des domaines ? L’exemple de Margaret et Walter Keane n’en est malheureusement qu’un parmi de nombreux autres.

Des voix à voir : car on ne voit pas toujours le travail des femmes

Le festival VDF propose justement, entre autres Re/dessiner l'histoire une rencontre entre Séraphine et Rebecca Ann Rosen sur la place des femmes dans l'histoire de l'art (26/10, KulturA). Elles sont toutes deux bédéistes, installées en Belgique et se passionnent pour des figures historiques de femmes et la ré-écriture féministe de leurs histoires. Comment découvrir et représenter ces femmes, qui souvent ne sont présentes qu’en pointillés dans les livres d’histoire ? 

La bande dessinée, médium volontiers intimiste et personnel, permet de raconter ces parcours d'un autre point de vue : celui des femmes qui les ont vécus, et celui de celles qui les re/découvrent.


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© Rebecca Ann Rosen pour le Festival Voix de Femmes
© Séraphine pour le Festival Voix de Femmes

Reprendre possession de nos corps

Le festival Voix De Femmes propose aussi plusieurs spectacles, rencontres, ateliers et performances axées sur les corps des femmes. Début septembre, vous n’avez pas pu passer à côté de cette nouvelle loi anti-avortement entrée en vigueur au Texas. Loi qui interdit aux femmes d’avorter, même en cas de viol ou d’inceste, dès que les battements de cœur du fœtus sont percevables, soit à partir de 6 semaines de grossesse. 

 

Rappel : il suffit d’avoir des règles irrégulières pour ne pas s’apercevoir avant 6 semaines de grossesse que l’on est enceinte. Et des règles irrégulières, c’est le cas pour un grand nombre de femmes : de 1 sur 4 à 1 sur 10 selon les estimations, soit entre 10 et 25%. Et c’est le cas pour de multiples raisons, temporaires ou permanentes.

 


►►► A lire aussi : Au-delà de 12 semaines : le règne de la débrouille pour celles qui veulent avorter


 

Mon corps, mon putain de choix (Billie Eilish) 

Depuis, de nombreu.x.ses artistes et personnalités prennent la parole. Notamment Billie Eilish, sur scène le 2 octobre dernier au Texas. La très jeune et très juste chanteuse a tenu à s’exprimer

"Quand ils ont fait de cette saloperie une loi, j’ai failli ne pas faire le concert ici, parce que je voulais punir ce foutu endroit d’avoir permis que de telles choses se produisent. Mais voilà, je me suis souvenue que c’est vous qui êtes les victimes, et que vous méritez aussi de belles choses. Et nous devons leur dire de fermer leur gueule. A vous tou.te.s, qui avez peur d’être traumatisé.e.s et traqué.e.s par des chasseurs de primes prédateurs, à toutes les femmes indignées de voir les droits sur nos corps confisqués par l’Etat, et à vous toutes rendues vulnérables parce que vous avez un utérus, je vous dis : je vous vois. Soyez courageuses !"

"Désapprendre à ne pas se battre"

Alors oui, aujourd’hui, il reste nécessaire pour les femmes d’être entendues, vues ou lues. De pouvoir s’exprimer, se rencontrer, parfois juste entre elles, et de réfléchir ensemble, à tous les moyens possibles pour prendre ou reprendre possession de leurs corps (et donc, de leurs vies).  

Dans cette édition du Festival Voix De Femmes, il sera dès lors beaucoup question de colères saines et libératrices, de violence, de force, de sororité, de soulagement. Le festival va aborder les corps et surtout, leur puissance de différentes manières : autodéfense verbale et physique, handicap, transidentité, etc.


Spectacles et RDV  :

- La question des corps et leur puissance avec "Buddy Body" portée par Elsa Poisot : journal de bord d’une femme qui cherche à sortir du cadre et à comprendre les possibles déploiements des (et de son) corps. (Le 21/10 au Manège Fonck)

- Le spectacle "Tiens ta garde" sur l'autodéfense féministe : basé sur l’ouvrage philosophique d’Elsa Dorlin : Se défendre, une philosophie de la violence, publié en 2017. Généalogie de l’autodéfense et mise en lumière de quelques questions fondamentales : Qui peut légitimement exercer la violence? A quelles fins et avec quels moyens? (20/10, Manège Fonck)

- Les ateliers d'Initiation à l'autodéfense physique : les femmes *et personnes se reconnaissant dans cette identité de genre* sont confrontées régulièrement à la violence sexiste (verbale, physique, psychologique, économique, humiliations, harcèlement moral et/ou sexuel, etc.) Les ateliers et stages d'autodéfense féministes permettent de renforcer la confiance en soi et les capacités des femmes à se protéger. (Le 20/10 à La Chaufferie – Acte 1)


Handicap, accessibilité et inclusion : le festival pense à tout et à tou.te.s

Elise Dutrieux, chargée de communication du festival :

Mélanie Cao, nouvelle chargée de médiation pour Voix de Femmes, a mené tout un travail de lien avec des associations locales pour accueillir le mieux possible les différents publics, petits et grands. Les prix des spectacles ont été adaptés à cet effet les bénévoles sont aussi formés pour accueillir de manière adéquate les personnes porteuses de handicap

Plusieurs spectacles du festival seront proposés en langue signée cette année. Le spectacle Tupp', notamment, entièrement pensé sur cette question d'accessibilité. (Le 27/10 au Manège Fonck)


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Et le Manège Fonck proposera également un spectacle né d’une commande de capsules vidéo sur la représentation du handicap : Aux confins du monde (Le 21/10). Joyeux trio qui mêle voix, musique et langue signée dans un conte captivant et poétique.

Non mixité n’équivaut pas à exclusion, au contraire

Toujours cohérent dans ses démarches et soucieux de prendre en compte au mieux toutes les minorités, le festival a décidé de créer des espaces de non-mixité, dont certains pour femmes racisées

Ce sera le cas lors d’un atelier d’initiation à l'autodéfense verbale pour répondre aux violences sexistes et racistes (Le 20/10 La Chaufferie – Acte 1).

Et vous pourrez aussi participer à un après-midi sur les espaces en non-mixité. Précisons que la non-mixité représente en fait l’inverse de l’exclusion, puisqu’elle englobe dans sa réflexion toutes les minorités.

Et donc, également tous les genres, toutes les origines et toutes les sensualités/sexualités.


A découvrir :

- Le spectacle Ma Sœur, mon amour, d’Aline la Sardine, sur les nonnes lesbiennes.

- Lilith(s) : un seule en scène pas complètement seule dans lequel Lylybeth Merle nous partage sa transition de genre.


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Lylybeth Merle pour le spectacle Lilith(s) © Festival Voix de Femmes. Tous droits réservés
Aline la Sardine, pour son spectacle Ma Soeur, mon Amour. © Festival Voix de Femmes. Tous droits réservés.

Des créations artistiques venues du monde entier

Le festival Voix de Femmes s’est également intéressé, et ce depuis toujours, aux femmes du monde entier, et donc, à la "World Music". Poussant la réflexion toujours plus loin, le festival espère poser un regard critique et décolonial sur le secteur et même sur ses propres pratiques.

Plusieurs spectacles, ateliers, concerts et performances seront dès lors proposées au public, par des artistes du monde entier. Comme Unmuted, porté par la danseuse, chorégraphe et activiste Massinda Zinga. Une performance de danses afro-caribéennes, dont le constat est sans appels (#intersectionnalité) :

La voix des femmes est souvent couverte; la voix des Noirs réprimée; la voix des femmes noires étouffée


A découvrir :

- Chants et tambours du Sud de l'Italie avec les musiciennes d'Hysterrae (Centre PolyCulturel Résistances, les 16 et 17/10)

- Le concert de la palestinienne Christine Zayed (Le 17/10 à Kultur A.)

- La rencontre "Le monde, c'est les autres ?" autour du sujet des musiques dites "du monde". Pour les professionnel·les du secteur, amateur·rices de musique et toutes les oreilles curieuses. (Le 16/10 à Kultur A.)


L’importance du collectif

Impossible de passer sous silence le volet collectivité. Le festival VDF est évidemment une œuvre collective :

Elise Dutrieux : "Nous sommes une dizaine à programmer : l'asbl a formé une collective de programmation où chacune gravitant dans le projet par le passé / le présent a pu partager ses découvertes, ses coups de cœur, ses envies."

Construire collectivement, c’est une valeur importante du féminisme actuel, notamment pour apporter des réponses créatives aux enjeux préoccupants de nos sociétés en mutation trop lente.

On peut notamment prendre la mesure de l’importance et de l’engouement des collectifs avec le documentaire d’Elisa VDK : "Les Nouvelles Guérillères", qui sera projeté le mardi 19 octobre au Cinéma Le Parc.

Elisa Vdk donne la parole à la quatrième vague de féministes bruxelloises. Elles combattent à leur manière les inégalités de genre, le sexisme et le racisme dans l’espace urbain. Au-delà d’une saine colère, la réalisation laisse une place de choix à une joie militante contagieuse, qui gagne à être partagée en nombre et en salle !


A savoir aussi : 

Le collectif amenant le collectif et les divers collectivités agissant en synergie les unes avec les autres, un événement fbook a été créé pour celles qui souhaiteraient se rendre à la projection à vélo, depuis l’esplanade Saint-Léonard, avec la Piraterie : " un gang de " bikeureuses " féministes et queers qui a décidé d'agir en mixité choisie (entre femmes et personnes sexisées) et de littéralement rouler sur le patriarcat ! "


Finalement, peu importe comment vous y allez, voilà les infos pratiques

Le festival Voix de Femmes a lieu pendant deux semaines mais trois weekends entre le 14 et le 30 octobre. Onze lieux investis à Liège, avec une centaine d'artistes de tous horizons et disciplines. Expo, musique, danse, théâtre, littérature, performances, slam, bande dessinée, fanzine, illustrations, collages, vidéos, cinéma, contes, créations sonores, ateliers et rencontres.

Pour toutes les infos et les réservations, c’est sur le site de cette 15e édition VOIX DE FEMMES

Si vous souhaitez contacter l’équipe des Grenades, vous pouvez envoyer un mail à lesgrenades@rtbf.be

Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

 

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