Festival de Dour: Viol, le seul responsable, c'est l'agresseur

Dour Festival: Viol, le seul responsable, c'est l'agresseur
Dour Festival: Viol, le seul responsable, c'est l'agresseur - © Tous droits réservés

Trois plaintes pour viol au festival de Dour : l'information a été rapidement relayée par les médias.

Rien de nouveau, hélas, dans les faits eux-mêmes : même si la musique est censée adoucir les moeurs, les festivals, avec leurs effets de foule, d'alcool, de drogue, n'échappent pas aux rapports de domination subis par les femmes dans l'espace public comme privé.

Depuis meetoo, les médias en parlent

Ce qui est nouveau, par contre, c'est que les organisateurs.trices prennent la mesure de la problématique des agressions sexuelles, en mettant en place des campagnes de sensibilisation et un accueil pour les victimes. Ce qui est nouveau aussi, c'est que des femmes portent plainte, et que les médias s'y intéressent. Un effet sans doute du mouvement @MeToo.

Peut-on dire pour autant que les agressions sexuelles sont enfin prises au sérieux, leurs victimes entendues et leurs auteurs sanctionnés ? Une telle vision de l'évolution des mentalités et des services serait trop optimiste. Car les signes ne manquent pas montrant que s'il y a des changements, ils sont extrêmement lents.

 


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Un site qui parle de "victime ambiguë"

Ainsi, un site consacré à la sécurité  trouve pertinent de publier un  article consacré aux " fausses allégations " de viol, recommandant aux policier.es de " cultiver le doute ". Article repris par une zone de police, avant d'être effacé, ce qui n'enlève pas les craintes sur la façon dont les plaignantes sont reçues par les policiers de la zone...

Selon l'auteur du texte, ancien commissaire, une "  victime réelle " " explique sans réticence et de bonne foi, la manière dont les choses se sont passées ". Ce " licencié en psychologie " comme il se présente lui-même (" licencié " dans le sens " jeté dehors "?) semble ignorer ce qu'est le traumatisme subi par la victime d'un viol, la sidération, les trous de mémoire, d'où d'éventuelles incohérences d'un récit qui correspond pourtant à la réalité. Il cite aussi " la victime ambiguë 

 

C'est aussi le cas de la femme qui accepte un rendez-vous avec un homme dont elle a fait la connaissance sur un site internet de rencontre, avec l'intention de conclure une aventure par une relation sexuelle, mais qui se rétracte au dernier moment parce que l'individu ne lui plaît pas 

 

"Celle qui s'est, en toute connaissance de cause, mise dans une situation où elle risquait de subir un viol, en acceptant par exemple de flirter avec un inconnu lors d'une soirée, de l'inviter chez elle ou de le suivre chez lui, sans intention de conclure par un rapport sexuel complet. C'est aussi le cas de la femme qui accepte un rendez-vous avec un homme dont elle a fait la connaissance sur un site internet de rencontre, avec l'intention de conclure une aventure par une relation sexuelle, mais qui se rétracte au dernier moment parce que l'individu ne lui plaît pas ". Certes, il reconnaît que si la femme n'est pas consentante, il s'agit bien d'un viol, mais il précise que dans ce cas, " on peut dire que la victime a quelque peu provoqué l'auteur ".

De la provocation, vraiment?

Cette idée de " provocation " ou au moins d' " imprudence " fait partie de ces idées reçues les plus courantes sur le viol . Pour en revenir à ce qui s'est passé à Dour, la police répandant ses " bons conseils " : " ne rester qu'avec des personnes de son entourage, ne pas suivre d'inconnus dans une tente et se montrer prudent avec les consommations offertes ". Outre que les " personnes de son entourage " ne sont pas forcément les plus sécurisantes (selon les chiffres d'Amnesty, 74% des agressions sexuelles sont le fait de proches), ces " conseils " font peser toute la responsabilité sur les victimes. C'est à elles de veiller sur leurs fréquentations, à elles de limiter leurs déplacements, à elles de surveiller leur consommation... bref de limiter leur liberté. Aucun message à l'intention des agresseurs potentiels.

Petit rappel des règles de base

Il faut donc rappeler quelques faits de base.

Non, le viol n'est pas le résultat d'une " pulsion sexuelle irrépressible ", mais un abus de pouvoir sur le corps de l'autre.

Non, les " fausses allégations " ne sont pas fréquentes. Cependant, les violeurs qui n'ont jamais été inquiétés sont nombreux : on estime que seule une victime sur dix porte plainte. Et selon une étude de la Commission européenne concernant la Belgique, sur un échantillon de 100 dossiers ouverts, " la moitié des auteurs est restée inconnue. Sur les 50 restants, 4 ont été jugés, 3 ont obtenu du sursis, 1 a été condamné à une peine effective. 100 dossiers de viol ? Un auteur a purgé une peine de prison " (3).

Non, le/la policier·e qui reçoit une plaignante ne doit pas être par principe " incrédule " ni " cultiver le doute ", mais être formé·e, savoir que la démarche de la victime est pénible à faire, qu'un traumatisme ne favorise pas un récit cohérent, que les preuves sont parfois difficiles à apporter. Son rôle est bien sûr de chercher la vérité, mais plutôt que le doute, il/elle doit cultiver un minimum d'empathie... et de professionnalisme.

Non, les responsabilités ne sont jamais du côté de la victimes, ni même " partagées " : le seul responsable d'un viol, c'est l'agresseur. Et c'est donc à lui que doivent s'adresser les messages de prévention, c'est lui qui doit être encadré et c'est à sa " liberté " à lui qu'il s'agit de mettre des limites.

 

Irène Kaufer est auteure et membre de Garance ASBL

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